Louis XVII Autopsie d’une fausse vérité (16)

Reprenons maintenant la publication des premières pages de notre livre ( pp 39-43) 

Le livre LouisXVII Autopsie d\'une fausse vérité

FAIBLESSES DE L’ARGUMENTATION DE LA THESE ADVERSE  

Et force est de constater que rien de sérieux n’a été opposé à ce qui est devenu la thèse officielle ; celle-ci a donc pu s’imposer fort légitimement jusqu’à maintenant, en prétendant clore tout débat sur cette énigme du cimetière Sainte-Marguerite, et au-delà même sur ce que d’aucuns appellent désormais « la fausse énigme Louis XVII », à la suite de Me Maurice Garçon!

En effet à la force de l’argumentation de la CVP, les meilleurs auteurs de la tradition survivantiste n’opposent qu’un silence prudent ou des hypothèses que chacun est en droit de rejeter !  Nous n’en citerons que quatre exemples tirés des meilleurs auteurs illustrant cette  tradition :

Paul Sainte-Claire Deville, qui n’a aucun doute au sujet de la réinhumation de « Louis XVII » par Bertrancourt, écrit dans «  A la recherche de Louis XVII » (p 38) :

«  Il veut donc dissimuler le corps dans un endroit facile à retrouver, et où il ne risque pas d’être troublé dans son dernier sommeil par la fouille d’une fosse quelconque. Pouvait-il trouver mieux que ce petit espace au droit du pilastre gauche de la porte de la chapelle ?

Un peu plus à gauche, une saillie de l’église produit un angle rentrant, et c’est dans ce rentrant qui est, de tous les points du vieux cimetière le moins désigné pour une inhumation normale, qu’il fera l’inhumation clandestine.

Rencogné comme il va l’être entre ces murs à angle droit, le brave fossoyeur a encore plus de chances d’échapper à un regard indiscret qui, plongeant d’une maison de la rue Saint-Bernard, essaierait de démêler ce qui se passe dans la nuit obscure »  

Et dans son ouvrage publié en 1946, lorsqu’il fait le compte-rendu des fouilles de 1846, Paul Sainte-Claire Deville ne se pose aucune question sur la position précise du cercueil dans le mur de fondation, à l’origine de l’objection majeure qui sera présentée de nombreuses années plus tard par Michel Fleury !

 De même Jean-Pascal Romain, concentré sur l’arbitrage de tous les autres éléments de la controverse de la double inhumation de  « Louis XVII » et des lieux précis étudiés par les uns et les autres, a totalement négligé l’objection de la CVP qu’il a connue,  à la différence de Paul Sainte-Claire Deville, dont il reprend par ailleurs l’ensemble des conclusions !

On lit dans son ouvrage publié à titre posthume « Louis XVII roi de Thermidor » [1](p 84) :

«La nuit même de l’inhumation ou la nuit suivante, Bertrancourt creuse une fosse particulière perpendiculaire au mur de l’église, près de la chapelle de la Communion et y transfère le cadavre secrètement.»

Et p 80, on lit même un témoignage de Decouflet rapporté par l’abbé Raynaud en 1837 et publié par l’historien de Beauchesne, sur lequel nous serons appelé à revenir car il pourrait prendre une importance inédite, suite à notre découverte :

«  … Ils [Bertrancourt et Decouflet] avaient creusé une autre fosse sous la porte du cimetière donnant dans la chapelle de Saint-Vincent-de-Paul, [nom à cette époque de la chapelle de la Communion] et y avaient enfoui la bière du jeune Prince »

Mais c’est en vain qu’on cherche dans l’œuvre de Jean-Pascal Romain, à qui nous devons tant par ailleurs, une esquisse de réponse à l’objection de la CVP !  D’où l’aveu qu’on trouve sous la plume de Maurice Etienne,  dans l’édition du printemps 1982 de la revue   «  La science historique »,  fondée par Paul Watrin.

Après avoir fait le résumé de la position développée par Michel Fleury, Maurice Etienne a écrit p 22 : « Certes les dernières fouilles n’ont pas permis de trouver l’anfractuosité signalée par la veuve de Bertrancourt et Decouflet, mais ces deux derniers ne pouvaient pas deviner que par un effet du hasard, un enfant dont le signalement correspond à celui de l’enfant mort au Temple sous le nom de Louis XVII était enterré à cet endroit»

Maurice Etienne développe ensuite toutes ses conclusions contraires à celles de Michel Fleury, mais n’oppose aucune contre-argumentation sur la position très précise du cercueil !

Or il s’agit d’un argument crucial qui permet de refuser toute crédibilité aux témoignages de la veuve Bertrancourt  et de Decouflet et par là-même aux dires du fossoyeur Bertrancourt !  

Et ce n’est que dans le célèbre «  Louis XVII »  de Xavier de Roche qu’on trouve pour la première fois une tentative de réponse à l’objection majeure apportée par Michel Fleury, mais sans qu’il y soit fait référence de manière précise !

Xavier de Roche s’appuie p 141 sur le témoignage attribué au Dr Pelletan, publié dans la Revue Rétrospective (p 165-166) du 1er mars 1894 :

 «  … un document peu connu le « Mémoire historique sur les derniers jours de la vie de Louis XVII et sur la conservation de ses précieux restes », rédigé par le Docteur Philippe-Jean Pelletan, au moment des enquêtes de 1815-1817, déposé aux minutes de Me Paul Tollu notaire à Paris et publié dans la Revue Rétrospective, du 1er mars 1894, nous apprend que le Docteur alla rendre visite à l’abbé Dubois à Sainte-Marguerite et le bon curé lui montra le lieu où Bertrancourt avait ré-inhumé l’enfant du Temple …/…

« On retrouve ici, sous la plume du Docteur et sous une forme sans doute plus exacte, avec une plus grande propriété des termes, ce que Decouflet et la veuve Bertrancourt ont, peut-être plus maladroitement, exprimé dans leurs témoignages devant Simon et Petit, car ce n’est pas sous les pierres du mur de fondation que Bertrancourt a engagé le cercueil !

Mais (c’est) plus précisément  sous une avancée que  formait la pierre de fondation du pilastre de la porte, à gauche en entrant : cette précision topographique ressort bien des termes employés par Pelletan, qui a vu les lieux : l’abbé Dubois les lui a montrés, comme Bertrancourt et peut-être les autres témoins visés dans la déclaration du prêtre-sacristain les lui avaient montrés à lui-même.

Si donc un jour on veut vérifier matériellement l’exactitude de la version donnée par Bertrancourt, il faudra : creuser sous cette avancée de pierre du pilastre gauche de la porte de la chapelle ; trouver un autre cercueil que celui d’origine, puisque la bière de bois (d’origine), encore assez bien conservée, fut retrouvée vide, lors des fouilles Fouché-Savary et qu’il est avéré d’autre part que Bertrancourt utilisa un cercueil de plomb ; enfin, dans ce cercueil de plomb, trouver le squelette d’un enfant de sexe masculin, au crâne trépané. C’est ce qui aura lieu en 1846. »

Nous reviendrons plus loin sur ce témoignage du Dr Pelletan, suite à sa visite à l’abbé Dubois !

Pour l’instant retenons cette déclaration, telle qu’elle nous est parvenue, en y ajoutant cette observation : la petite porte mentionnée ici ne serait pas, aux yeux de certains auteurs, la porte du transept Nord qui nous intéresse tant en [NBP7][2], mais la petite porte latérale Ouest, du transept Nord, correspondant à [OAP5] !

Dans ce cas, le témoignage du Dr Pelletan pourrait conforter la théorie de Pascal-Sol[3], qui y a engagé des fouilles en 1979, suite à l’échec de 1970 ! Et comme on y trouve la confirmation de l’ensevelissement partiel du cercueil sous « l’une des  pierres des fondations du pilier de l’église (pour 1/3)  et le reste sous la terre », force serait donc de conclure : la théorie survivantiste ou simplement évasionniste n’a rien à opposer aujourd’hui à l’objection cruciale de Michel Fleury qui, seule, doit être raisonnablement retenue !  

Comment dès lors oser poursuivre notre projet qui vise à remettre en cause cette thèse officielle généralement admise ? C’est le rapport DHAAP 2008 qui, d’une manière tout à fait paradoxale et imprévisible, va nous offrir cette incroyable opportunité, en légitimant notre curiosité instinctive !

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[1] Cet ouvrage a été publié en 1995 ; son auteur, de son vrai nom, Jean-Pascal Roumanes, né en 1909, est décédé en 1985.

[2] Selon la codification que nous en avons déjà donnée, voir supra

[3] Nous verrons qu’il n’en est rien, bien au contraire en étudiant « Le témoignage de l’abbé Dubois rapporté par le  Dr Pelletan en 1894 ». 

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