Fouilles du cimetière Sainte-Marguerite en 2004-2005 (58)

Voici la photo absolument inédite découverte par notre ami Philippe :

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Le texte qui l’accompagne permet d’affirmer qu’il s’agit d’une photo des fouilles de février 1904 ! En raccourci, c’est une simulation de ce qu’on aurait pu voir  le 12 juin 1816, si Louis XVIII n’avait pas suspendu l’exhumation du cercueil que l’abbé Haumet découvrira en 1846 à l’emplacement où il fera édifier l’appentis, visible à côté de la porte Nord d’entrée dans la chapelle de la Communion, que nous avons codifiée par « NBP7 » dans notre livre, par référence à la porte cotée « B » sur le plan de la CVP du 10/12/1979 ou « P 7 » sur celui du rapport DHAAP 2008 ! 

Et voici ce que nous avons écrit dans notre livre «  Louis XVII Autopsie d’une fausse vérité  » ( p 225 et suivantes ) que nous pourrons compléter  dans une future édition [ voir ADDENDUM ci-dessous ] par cette photo : 

«  » …/… Un des opposants les plus farouches à la thèse évasionniste ou survivantiste, Paul-Eric Blanrue n’a-t-il pas écrit sur son site personnel[1] :

<< Le cimetière Sainte-Marguerite était, …/…, un lieu longtemps destiné au service des hôpitaux. A cet effet, une multitude de corps ayant subi des autopsies semblables à celle pratiquée sur le petit roi y furent inhumés. Y trouver un crâne scié n’a rien d’étonnant : c’est le contraire qui aurait été étrange. >>

Qu’est-ce donc qui est étrange aujourd’hui, si ce n’est le fait que, parmi la multitude d’ossements exhumés depuis 1846, on n’ait retrouvé aucun autre crâne scié présentant les stigmates de l’autopsié du 9 juin 1795 et pas le moindre vestige ou morceau d’un cercueil de plomb ? En résumé, en l’état actuel de nos connaissances, la question à laquelle nous devons répondre aujourd’hui est la suivante :

Quelle théorie a la plus forte probabilité d’être vraie et de rendre compte de la manière la plus juste possible de la réalité historique ?

*** Est-ce la thèse que nous pourrions appeler du hasard seul (ou thèse « H ») qui expliquerait qu’on ait retrouvé dans un cimetière un cercueil de plomb contenant la dépouille mortelle d’un inconnu, sans aucun lien de quelque nature que ce soit avec l’énigme Louis XVII ?

On notera en passant que cette thèse implique la présence nécessaire de deux crânes sciés dans l’ancien cimetière, celui de cet inconnu et celui de Louis XVII, enfoui quelque part dans la fosse commune, où la tradition historique rapporte qu’il a été inhumé et dont il n’aurait donc jamais été exhumé !

*** Est-ce la thèse que nous appellerons, thèse du jeune adulte de 18 ans substitué à Louis XVII et décédé au Temple sous l’identité de Louis Charles Capet (ou thèse « L17-18ans ») ?

Arrivé à ce point de notre réflexion, alors que tout concourt en faveur de la thèse « L17-18ans », nous disposons d’un nouvel argument que nous avons volontairement négligé jusqu’à maintenant, car il nous aurait éloigné de l’objet même de nos réflexions et de nos recherches, concentrées sur le seul lieu controversé de réinhumation des restes de « Louis XVII » désigné par la tradition historique !

Ce sont les résultats des fouilles réalisées par la CVP en 1904, dont la lettre de la Ville de Paris du 21/12/2004 fait état !

Voici le PV  de la CVP du 17/03/1904[2] que nous reproduisons intégralement en raison de l’importance décisive que ce document va prendre dans notre argumentation !

«  17. — Rapport présenté au nom de la 2° Sous-commission, par M. Charles Sellier, sur les fouilles de l’ancien cimetière Sainte-Marguerite.

M. Charles Sellier : Messieurs, je dois vous rappeler que, avant d’entreprendre les fouilles demandées par la Commission du Vieux Paris dans l’ancien cimetière Sainte-Marguerite, à l’effet de rechercher les restes de Louis XVII, dont l’inhumation a été indiquée par des documents officiels comme ayant eu lieu dans cet endroit, une première réunion de ladite Commission avait eu lieu à l’Hôtel de Ville, le 29 janvier dernier, pour entendre toutes communications relatives à cette question ; puis qu’un rendez-vous fut pris pour se réunir sur les lieux, le 4 février, afin d’examiner le terrain et de déterminer le point où il conviendrait d’exécuter les fouilles.

Le point désigné, ainsi que nous avons eu l’honneur d’en rendre compte dans notre précédent rapport; comportait un espace mesurant 5 mètres de long sur autant de large, à gauche de la croix du cimetière en tournant le dos à l’église Sainte-Marguerite. On avait alors décidé de creuser cet espace jusqu’à 1 m. 50 de profondeur et d’aviser la Commission aussitôt que cette profondeur aurait été atteinte, ce qui fut fait. Le 13 février, la Commission se rendit de nouveau sur place pour constater que cette fouille, arrêtée ainsi à 1 m 50 de profondeur, n’avait présenté aucun autre résultat que la rencontre de quelques ossements humains très épars dans le sol, lequel était très bouleversé par suite des exhumations successives dont il avait été l’objet depuis le commencement du XIXe siècle.

 C’est alors qu’il fut décidé de descendre la fouille à 0 m. 50 plus bas, et d’ouvrir une deuxième fouille contre le mur longeant la rue Saint-Bernard à 20 pieds (ou 6 m 66) du petit pavillon du sacristain attenant à ce mur.

Cette fouille devait avoir 2 mètres de long sur 2 mètres de large, et le point ainsi désigné était celui qu’indiquait une deuxième déposition du sieur Voisin, en 1816, et dont l’original avait été produit par M. Le Voyer. A cette réunion furent présents : M. Georges Villain, Froment-Meurice, Gosselin Lenotre, Georges Gain, Capitan, Augé de Lassus, Laugier, Léopold Gravierl, Gruillemet, Edgar Mareuse, César Caire, Lucien Lambeau, Tesson et Sellier ; M. Chausse, conseiller municipal … et M. Ginisty prirent part à ce rendez-vous.

La grande fouille de 5 mètres sur 5 mètres ayant été descendue, comme il avait été décidé, à 0 m. 50 plus bas et sans amener aucun résultat, le 18 février, la Commission se réunit encore une fois sur place pour faire la même constatation. Il fut alors adopté de ne pas poursuivre davantage cette fouille et de la remblayer aussitôt, Quant à la deuxième fouille, celle située contre le mur de la rue Saint-Bernard, comme elle n’était encore descendue qu’à 1 m 75 de profondeur, sans donner non plus le moindre résultat, il fut décidé de la poursuivre jusqu’à 0 m. 50 c. plus bas, puis de revenir le soir même à 5 heures, voir ce que cet approfondissement aurait donné. A cette réunion assistèrent     MM. Georges, Quentin-Bauchart, Capitan, Le Voyer, Gosselin Lenotre, Guillemet, Georges Cain, Laugier, Edgar Mareuse, Augé de Lassus, Lavedan, Lucien Lambeau et Sellier.

Le jour même, à cinq heures, je retournais au rendez-vous pris le matin, M. Mareuse seul y vint avec moi. Nous pûmes néanmoins faire constatation que l’approfondissement de 0 m 50  exécuté comme il avait été prescrit pour la deuxième fouille, n’avait amené de même aucun résultat. Ordre fut donné aussitôt de faire remblayer les fouilles immédiatement. Ces travaux ont été exécutés en régie par les soins du service des Carrières aux frais de la Commission du Vieux Paris.

Quant au petit hangar situé derrière l’église Sainte-Marguerite, on nous avertit de la très prochaine démolition, afin que nous nous en occupions au point de vue des fouilles qui  pourraient en résulter, M. l’abbé Tournaire, premier vicaire de Sainte-Marguerite, vient de nous informer qu’il n’y a encore rien de décidé et qu’il nous préviendra dès qu’il apprendra quelque chose à cet égard. Charles SELLIER. »

Dans l’ouvrage «  On tue encore Louis XVII » (Philippe Boiry, p 89) on peut lire ces précisions extraites de  « L’Echo de Paris » (19 février 1904):

« Hier matin, par un temps affreux, les membres de la commission sont venus se rendre  compte des travaux : des centaines de crânes s’entassent au fond de la fosse voisine de la croix

            Sur les déblais, des ossements, tibias, fémurs s’empilent en un amoncellement jaunâtre près du mur de la rue Saint-Bernard, chaque pelletée de terre amène des quantités de débris humains. Mais aucun de ces ossements n’est en place, tous sont confondus, mélangés, pêle-mêle dans un sol qui, si l’on en juge par des fragments de poterie et des morceaux de marbre a été complètement bouleversé. Et l‘on a I’ impression que les  » fouilleurs » et la commission exécutent là des recherches absolument inutiles ».

          [ ADDENDUM que nous pourrons ajouter avec l’autorisation de notre ami Philippe 

            Et voici qu’un ami vient de nous faire découvrir une photo de ces fouilles de 1904 qui n’ont donné aucun résultat, si ce n’est de nous apporter la preuve du caractère extraordinaire de la présence d’un seul crâne scié au milieu de tous les squelettes qui ont été exhumés du cimetière Sainte-Marguerite, depuis 1846 !…] 

             Avant de conclure, on rappellera que pour les défenseurs de la « vérité historique définitivement établie » (voir la lettre de la Ville de Paris du 21/12/2004) les restes de Louis XVII sont aujourd’hui enfouis quelque part dans la terre de l’ancien cimetière, sous le sol ou à proximité de la crèche municipale, construite peu de temps après les fouilles dont nous venons de faire état, grâce au PV de la  CVP du 17/03/1904 ![3] …

Selon la thèse « H », seul un extraordinaire hasard, permettrait de comprendre qu’on n’a jamais pu retrouver les restes de Louis XVII, au cours de toutes les fouilles et travaux de tous ordres réalisés de novembre 1846 jusqu’au chantier de l’INRAP de 2004/2005 !

Et par un hasard non moins extraordinaire, on aurait exhumé en 1846 les restes d’un inconnu, sans aucun rapport avec l’Affaire Louis XVII, alors que la thèse radicalement inverse « Louis XVII-18ans » présente un faisceau d‘indices, autorisant à conclure qu’il s’agit d’un jeune adulte d’environ 18 ans, décédé au Temple sous l’identité de Louis Charles Capet le 20 prairial an III ou 8 juin 1795 !

Où est le fantasme ? Dans cet appel à un extraordinaire hasard pour expliquer la pérennité, deux siècles après, de la plus grande énigme de toute l’histoire de France ou dans la recherche patiente de la vérité historique sur le destin du fils du Roi Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette ? …

Et alors que tout nous inclinerait à clore ici notre réflexion, nous devons revenir sur la dernière et grave objection présentée au siècle dernier par le très célèbre avocat Me Maurice Garçon, dans sa plaidoirie [4]en faveur de la thèse de la mort légale de Louis XVII : selon cette argumentation de référence jusqu’au PV de la CVP du 10/12/1979 et à la publication en avril 2000 des résultats des analyses ADN du « cœur dit de  Louis XVII » , il aurait été matériellement impossible au fossoyeur Bertrancourt d’exhumer la dépouille mortelle de Louis XVII enterrée dans un cercueil de bois blanc et de la réinhumer ensuite dans un cercueil de plomb !

C’est à l’étude de cette dernière controverse que nous allons nous attacher immédiatement …/…   

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[1]http://www.blanrue.com/dossier_louis_XV … ie%203.doc

[2] Pour en faire une bonne lecture et interprétation, se reporter au dossier «  Le témoignage de l’abbé Dubois rapporté par le  Dr Pelletan en 1894 »

[3] Nous ne saurions trop recommander à tout esprit curieux de lire sur Gallica le PV du 11/02/1904, qui fait un point complet sur cette affaire, aux dimensions historiques et politiques évidentes !… 

[4] « Louis XVII ou la Fausse énigme » Maurice Garçon Hachette, 1968 – 416 pages

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PS : Notons en passant que la croix élevée en 1717 sur le terre-plein du cimetière, ( qu’on peut voir encore sur cette photo de 1904 ) , a disparu du fait de la persécution anti-catholique de 1905, grâce à laquelle la République a préparé la France à l’immense catastrophe de la guerre de 1914-1918, vers laquelle elle roulait à tombeaux ouverts dans sa course folle vers l’abîme, ouvert sous ses pas en 1789-1793  ! …

2 réflexions au sujet de « Fouilles du cimetière Sainte-Marguerite en 2004-2005 (58) »

  1. Êtes vous sur que la croix ait disparue ? Elle semble avoir été déplacé au moment de la construction de la crèche. Une photo de 1914 la montre encore présente à son nouvel emplacement. Peut être a t’elle disparue depuis. On ne trouve pas de photos actuelles.

    1. Merci cher Philippe de m’avoir corrigé !

      La croix avait effectivement disparu sur la documentation qui a servi à illustrer la couverture du livre  » Louis XVII Autopsie d’une fausse vérité  » ! …

      Mais d’après cette photo du site du  » pieton de Paris  »

      http://pietondeparis.canalblog.com/archives/2009/01/10/12035096.html

      qui semble tout à fait récente, elle est à nouveau positionnée ! Comme vous le suggérez c’est à l’occasion de son déplacement que cet enlèvement suivi d’une restitution a du être réalisé …

      Voir le plan du cimetière sainte-Marguerite de Jean-Pascal Romain dans son  » Louis XVII Roi de Thermidor  » où sont figurés les deux emplacements très distincts l’un de l’autre ! … Ce plan a été repris dans le livre en votre possession à propos de l’étude du témoignage d’Alcide de Beauchesne publié en 1867 et repris dans le PV de la CVP du 10/12/1979 …

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