Vers la résolution de l’énigme Naundorf ? (7)

Louis XVII Plaidoirie de Maître Jules Favre du 4 avril 1874

PARIS LIBRAIRIE INTERNATIONALE
14, rue Mézières.
1885

…/… p 39 …/…

AUDIENCE DU SAMEDI 7 FÉVRIER.
Me Jules Favre continue ainsi
Messieurs,

Le récit que j’ai eu l’honneur de présenter à la cour à l’audience dernière, nous a conduit à l’incident le plus lamentable dnns l’histoire de celui dont nous recherchons l’origine. Frappé par la justice du pays qu’il habite d’une condamnation infamante, il ne pouvait en être relevé par la bienveillance de son gardien, pas plus que par le bénéfice de la grâce royale. Il sort de sa prison, il n’a devant lui qu’humiliations, opprobre et suspicion. On lui indique une résidence forcée à une très-grande distance de Berlin, au fond de la Silésie. On lui laisse à peine quelques jours pour arranger ses affaires à Brandebourg. Il y vient; il y vend à la hâte son chétif mobilier!… Il ne lui reste plus rien. Écrasé par le chagrin, il part avec sa femme et ses deux enfants, et arrive dans la ville de Crossen, qui devait lui être si inhospitalière. Cependant, chose bizarre! par suite des contradictions étranges qui caractérisent la conduite tenue envers lui, contradictions que nous rencontrerons à chaque pas dans cette extraordinaire aventure, cet homme, ce condamné qui vient à Crossen pour y subir la continuation de sa peine, y est immédiatement recommandé, si bien qùe l’un des premiers actes de son séjour est d’être reçu bourgeois de cette ville, où la moralité était cependant comptée pour quelque chose !

Nous en avons la preuve. Voici la pièce officielle qui constate la réception de Naundorff comme bourgeois, dans les conditions du passé, c’est-à-dire en dehors de toutes les prescriptions usitées en pareil cas et formulées par les lois. Il ne produit aucune pièce. Il aurait pu montrer sa sentence de condamnation; il ne l’avait pas. Du reste, c’eût été là une triste recommandation. Voici ce que je lis dans le procès-verbal de la déclaration à la suite de laquelle il a été reçu bourgeois de Crossen :

« Le magistrat de la ville de Crossen (royaume de Prusse) certifie que l’horloger C. W. Naundorff, après avoir satisfait aux conditions requises, a été reçu, selon son désir, comme citoyen de ladite ville, et qu’il a prêté aujourd’hui devant nous le serment suivant : « Je, C. W. Naundorff, promets et jure, après avoir été reconnu par le magistrat comme citoyen de cette ville, d’être soumis et fidèle à Sa Majestéle roi de Prusse, mon très gracieux souverain,et de rendre obéissance au magistrat de cette ville. En outre, je jure de contribuer, selon mon pouvoir, au bien de cette municipalité, de remplir consciencieusement tous mes devoirs de citoyen, de me conformer en tous points à la loi municipale du 19 novembre 1808, et de me conduire en toutes circonstances selon qu’il convient à un fidèle citoyen. Que Dieu, la Vierge Marie et tous les saints me soient en aide. Amen.
« En vertu du présent serment, nous, maire, déclarons que le susdit C. Wilhelm, (Guillaume) Naundorff jouira de tous les droits et privilèges de citoyen de cette ville, et nous lui promettons de lui garantir la jouissance de ces droits aussi longtemps qu’il s’en montrera digne.
Crossen, le 24 juin 1828. Signé : LE MAIRE. »

C’était assurément une réhabilitation pour ce malheureux mais ce n’était pas un moyen d’existence. Il fallait pourvoir aux besoins de chaque jour. La lutte fut cruelle… Si bien, Messieurs, que souvent il était près de succomber au désespoir. Il avait été placé sous l’œil vigilant d’un magistrat, considéré comme sévère entre tous ; c’était M. Pezold, syndic du gouvernement et commissaire de justice de Crossen. Il s’était présenté à lui et en avait été reçu avec froideur. Justement inquiet, il en était réduit à cet état moral où l’homme est près de se manquer à lui-même, et s’il n’eût été soutenu par la vue de sa femme et de ses enfants, il aurait fléchi sous son fardeau. Un soir, la journée avait été mauvaise, tout avait été pour lui déception et chagrin, et son âme brisée ne lui offrait plus le ressort nécessaire au soutien de son courage.

Il était à genoux, priant Dieu dans son modeste atelier, quand tout à coup la porte s’ouvre; c’était le magistrat! Il lui parla avec bonté et lui demanda des confidences. Vous jugez s’il était possible de les refuser. Ce fut au milieu des sanglots qu’elles se produisirent, et alors, par une transformation inattendue, M. Pezold devint le plus indulgent des hommes. Tout à l’heure il sera le plus zélé de ses amis. Je voudrais bien, Messieurs, que ceux qui sont chargés d’expliquer cette affaire au point de vue de l’imposture de celui qui a joué le rôle principal, m’expliquassent cette circonstance qui vient confirmer les précédentes; c’est à croire au miracle ! Nous voyons les magistrats chargés de faire respecter la loi, de maintenir l’ordre, d’écarter les personnes équivoques, et à plus forte raison les criminels, aller au-devant de cet homme, lui tendre la main et devenir son appui : Le Coq, Seckendorff, Pezold!

Qu’on m’explique ce mystère, car la raison a besoin d’une base fixe pour asseoir son jugement. Jusqu’ici, en voyant cet enchaînement qui relie, dans un même ordre d’idées, tous les faits que j’énumère, il est évident qu’on peut croire à l’existence de raisons supérieures, qu’une attention soutenue peut faire découvrir aisément.

Quant à moi, j’affirme ceci, c’est que, pour Pezold comme pour les autres, le prétendu Naundorff n’avait pas besoin de révélations. C’est que déjà ceux qui les lui demandaient étaient au courant de sa situation, c’est que le secret d’État était entré dans les chancelleries peut-être dès 1810, secret qui le protégeait en même temps qu’il était pour lui l’occasion d’une persécution perpétuelle. Quant à Pezold, peut-on douter qu’il n’obéisse à un mobile supérieur aux confidences de cet homme? Quelles sont-elles, en effet, ces confidences? Voilà un condamné qui sort de prison ; il vient on ne sait d’où. C’est un artisan sans valeur sociale, et le magistrat croirait aux premières paroles prononcées par lui dans le désordre de ses idées ? Le magistrat croirait à ce que dirait cet homme qu’il est le fils de Louis XVI?

Je disais hier, Messieurs, qu’il eût été plus naturel de dire que Naundorff était plutôt fou que criminel. Mais voilà bien des insensés, et en voici un que nous saisissons en flagrante invasion d’aliénation mentale : c’est ce magistrat qui, sans d’autres indications que celles que lui donne le malheureux qui est devant lui, va se compromettre vis-à-vis de son gouvernement, vis-à-vis des cabinets étrangers, vis-à-vis des personnes les plus élevées dans le monde et qui doivent être pour lui l’objet d’un grand respect, considérations puissantes qui, certes, l’auraient arrêté s’il n’avait eu d’autres raisons pour agir. Eh bien! Messieurs, nous voyons immédiatement Pezold se mettre en rapport avec les personnes qui peuvent protéger cet homme persécuté; il devient subitement l’un des plus ardents partisans de ses revendications.

En effet, dès 1829, il écrit à Mme la duchesse d’Angoulême pour réclamer en sa faveur, et le 16 juin 1829, il reçoit cette lettre qui serait bien singulière si elle n’était en tout conorme à la ligne de conduite que nous allons voir adopter par ies personnes auxquelles Naundorff s’est adressé, tout aussi bien que par les magistrats et les dépositaires de l’autorité publique,qui laissent se briser dans leurs mains les armes de la loi pour avoir plus tard recours à celles de l’arbitraire.

Voici la lettre, ou plutôt le billet écrit à M. Pezold par la duchesse de Damas :

« J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez adressée pour Mme la Dauphine. Je l’ai remise à S. A. R. qui m’a chargée de vous mander qu’elle ne voulait nullement se mêler de l’affaire dont vous désirez l’entretenir. Je m’empresse de vous en instruire, Monsieur, et j’ai l’honneur d’être votre très-humble et très-obéissante servante. La duchesse de DAMAS  Ce 16 juin 1829. »

Pourquoi, Messieurs, ces réticences ? Que Mme la duchesse d’Angouiême n’ait voulu avoir aucune relation avec un imposteur, soit!  Mais qu’elle se taise sur la qualification que mérite celui qui l’importune, qu’elle n’avertisse pas un homme d’honneur qui peut s’égarer, qu’elle ne dise pas à Pezold : Pourquoi m’entretenez-vous d’un fils de Louis XVI, mon frère est mort au Temple; vous êtes dupe d’un intrigant, vous jouez un rôle indigne de vos fonctions? Ah! Messieurs, quel est celui de nous qui, en pareille circonstance,aurait agi ainsi ? Eh quoi ! il s’agirait de l’honneur de notre famille, on songerait à s’introduire de force dans notre foyer, et nous dirions dédaigneusement que nous ne voulons pas nous mêler d’une pareille affaire ! Non, Messieurs, aucun de nous ne tiendrait ce langage. La vérité a sur les âmes honnêtes une action si violente qu’elle se fait jour à travers tous les systèmes ; elle se montre, bien qu’on ait intérêt à la cacher. Ici, on la dérobe, et je n’ai pas besoin d’en dire les raisons. Il en sera de même partout: J’ai dit quelle a été l’attitude constante de la duchesse d’Angoulême en présence des interpellations réitérées de Naundorff…

Quelle situation bizarre ! Je demande qu’on me cite une histoire pareille à celle que je raconte et dont j’apporte la justification! Voici ce commissaire de justice. ce magistrat qui prend en mains la cause d’un condamné, le croit le fils de Louis XVI, s’adresse à la duchesse d’Angoulême, envoie des notes aux différents gouvernements et notamment à celui d’Autriche. Or, l’ambassadeur de Sa Majesté autrichienne pouvait tenir, vous l’avouerez, un autre langage que celui de sa lettre du 18 juillet 1831 :

« L’ambassade autrichienne informe M. le syndic Pezold, en lui renvoyant les papiers ci-joints, qu’elle ne peut s’occuper de l’affaire à laquelle ils ont rapport. Berlin, 18 juillet 1831. »

C’est toujours, Messieurs, la même fin de non-recevoir, je ne dirai pas hautaine, mais évasive. Rien sur le fond des choses. On ne dit pas à Pezold qu’il s’égare, mais seulement qu’on ne veut pas se mêler de l’affaire dont il parle. La cour d’Autriche a des rapports trop étroits avec la famille royale ; elle donne l’hospitalité à la duchesse d’Angoulême, en exil pour la deuxième fois ; la cour veut rester neutre. Vous croyez que Pezold va se décourager ? Loin de là ! Vous allez voir quelle campagne agressive ce commissaire de justice, ce syndic de la ville de Crossen va entreprendre contre son gouvernement qui n’a pas la réputation d’être doué d’une trop grande patience. Il écrit d’abord au ministre de la justice pour obtenir la révision du procès de Naundorff, et voici dans quels termes :

« Crossen, 18 juillet 1831.
A Son Excellence Monsieur le Ministre de la justice. « Excellence, L’horloger Naundorff, demeurant maintenant à Crossen, a eu le malheur d’avoir été mis deux fois en accusation à Brandebourg où il avait alors son domicile. La première fois, il a été entièrement acquitté sur une accusation d’incendie ; la seconde fois, comme prétendu faux monnayeur, il a été condamné. S. M. le roi de Prusse a daigné, sur la demande de son épouse, lui faire remise du reste de peine qu’il avait encore à subir aux termes de sa condamnation.

Ce Naundorff ne porte ce nom que comme un nom adopté, que les circonstances du temps passé lui ont imposé. Il est Français de naissance et fils de l’infortuné roi Louis XVI, mort sur l’échafaud ; par conséquent, autrefois dauphin de France, duc de Normandie, que l’histoire prétend être mort sous le nom de Louis XVII, roi de France. Muni de pleins pouvoirs, comme son chargé d’affaires, j’ai remis sous la date du 4 mars de cette année, entre les mains de M. Albrecht, conseiller privé du cabinet de Sa Majesté, la biographie de mon mandant, sollicitant l’autorisation de la faire imprimer. Soit pour convaincre ce fonctionnaire distingué de l’innocence de mon mandant, soit parce que le même motif d’opprobre m’a été opposé par l’ambassadeur de Saxe et de Hesse, j’ose prier Votre Excellence, en vertu des pleins pouvoirs ci-joints, de daigner ordonner que le tribunal de Brandebourg remette entre mes mains le dossier relatif à l’accusation dirigée contre l’horloger Naundorff comme incendiaire et faux monnayeur ; attendu que je suis chargé de présenter les moyens de révision, et de faire toutes les  démarches nécessaires et convenables pour prouver l’innocence de mon mandant.  En raison du devoir qui m’est imposé comme fonctionnaire public, et de la nécessité absolue de ne m’arrêter à aucune considération contraire à l’innocence de celui que je suis chargé de défendre,  j’ose espérer que Votre Excellence daignera accéder à ma très-humble demande.  Je suis avec le plus profond respect… PEZOLD. »

Vous semble-t-il, Messieurs, que le rédacteur de cette lettre ait l’ombre d’un doute ? Je n’insiste pas! Ce qu’il demande est ce qu’il y a de plus raisonnable, de plus logique et de plus juridique au monde. Il veut faire disparaître l’objection formidable d’une condamnation méritée qui serait venu frapper son mandant. Il réclame le dossier de l’affaire. Il veut se pourvoir en révision ; et c’est à la suite de l’examen de ce dossier qu’il a pu constater les motifs de la sentence, que je mettais hier sous les yeux de la Cour. Depuis, nous avons fait tous nos efforts pour obtenir communication de cette sentence, et il a été répondu que la législation prussienne s’y opposait. Il a fallu l’intervention royale, la volonté expresse du roi de Prusse pour que ce dossier fût mis, quelques heures seulement, sous les yeux de Pezold.

Le 22 juillet de la même année 1831, ce dernier écrit au ministre de l’intérieur. Or, vous allez voir avec quelle fermeté, avec quelle indépendance de langage, qui n’auraient certes pas été tolérées si une intervention supérieure n’eût protégé Pezold. Le 22 juillet 1831, M. Pezold adressa au ministre de l’intérier de Prusse une lettre semblable à celle que nous venons de lire, et il lui disait en outre :

« Votre Excellence sera probablement informée par le cabinet de Sa Majesté, et sans aucun doute par le président en chef, M. Wismann, à Francfort-sur-l’Oder,qu’il existe à Crossen un horloger qui assure être le fils de l’infortuné Louis XVI, et dont je suis le mandataire spécial. J’ai remis, le 4 mars de cette année, la biographie du nommé Naundorff, intitulée  Existence et aventures de « Louis XVII, entre les mains de M. le conseiller privé  Albrecht ; j’ai eu l’honneur de le prier de déposer cette biographie aux pieds du trône; j’y ai joint en même temps une très-humble demande au roi de vouloir bien en permettre l’impression, attendu que Naundorff, réduit par une concurrence d’indicibles malheurs à la plus cruelle misère, devait trouver, dans la publication de ces mémoires, les  ressources financières qu’exigent son affreuse position et celle de sa malheureuse famille.  C’est pourquoi je fis un rapport à S. M. notre roi, dans lequel je spécifiai que j’étais chargé de demander l’appui de S. M. le roi des Français, afin que mon mandant pût rentrer dans sa fortune paternelle. Je suppliai S. M. le roi d’appuyer cette demande par son intervention puissante. J’ai remis cette demande à S. M. le roi des Français, entre les mains de son ambassadeur accrédité à la cour de Prusse; j’en ai informé les cours de Russie, de Suède, de Bavière, de Saxe, de Naples, de Danemark, et j’ai supplié les monarques de ces pays d’appuyer la demande de mon mandant auprès du roi des Français. L’ambassade autrichienne m’a renvoyé la notification, ainsi qu’une lettre ouverte à S. M. l’empereur et une lettre autographe de mon mandant au duc d’Angoulême, en me répondant que l’ambassade ne pouvait pas s’occuper de cette affaire! L’ambassadeur des Pays-Bas me rendit la notification, avec ces paroles que rien ne justifie, que c’étaient des bêtises déjà connues de lui!  Si la justesse de ce jugement de M. l’ambassadeur était si claire et si avérée, qu’il ait pu procéder avec une si étrange sévérité, certes, moi, comme fidèle et heureux sujet de S. M., et particulièrement en ma  qualité de fonctionnaire prussien, je n’aurais jamais osé importuner le roi mon maître dans une semblable circonstance, si je n’étais convaincu que mon mandant est en vérité celui qu’il dit être; car j’ai eu le temps de l’étudier dans une longue intimité, et de le connaître conséquemment à fond depuis l’année 1828. Mes rapports continuels, mes occupations journalières avec lui, mes observations attentives de chaque jour, de chaque instant. tout a concouru à établir dans ma conscience la conviction inaltérable et profonde qu’il ne peut être question ici ni d’une erreur ni d’une imposture, dont les suites seraient un mépris général et une peine infamante. Je prie, en conséquence,Votre Excellence, de vouloir faire attention que mon mandant demande :

  • qu’on cherche, par tous les moyenspossibles, les preuves contraires de ce qu’il déclare comme une vérité;
  • qu’on considère qu’une preuve d’imposture ne peut pas être administrée raisonnablement dans l’espèce;
  • que mon mandant provoque une déclaration décisive de S. A. R. Madame la duchesse d’Angoulême comme sa sœur, qui connaît très-exactement sa vie et les détails de son séjour au Temple;
  • que l’on peut s’en rapporter, relativement à la ressemblance de mon mandant avec les membres de la famille royale à laquelle il appartient, au témoignage du prince de Carolath, qui a vu, ainsi que le baron de Senden, mon mandant il n’y a pas encore longtemps.
  • Pourquoi le président, M. Le Coq, a donné l’ordre au magistrat de Spandau de recevoir mon mandant comme bour« geois, SANS QU’IL AIT FOURNI LES DOCUMENTS PRESCRITS PAR  LA LOI?

« Je crois que dans peu de cas, on peut rejeter tant de « preuves concluantes, qui deviendraient bientôt une certitude inaltérable, si l’on voulait permettre la publication de la biographie; mais il paraît que des raisons politiques s’y s’opposent. Je prie donc Votre Excellence de donner les ordres nécessaires pour que le manuscrit des mémoires, qui se trouve encore dans les mains de M. Albrecht, soit examiné rigoureusement, et que la permission de le faire imprimer ne soit pas plus longtemps ajournée; car c’est le seul et unique moyen pour le moment de procurer quelque secours à mon mandant et à sa famille. J’ai l’honneur….. « PEZOLD. »

Eh bien! Messieurs, si tout est imposture et chimère, le ministre de l’intérieur de Prusse a dû recevoir, en lisant une pareille lettre d’un de ses obscurs subordonnés, une désagréable impression !… Elle devait le conduire à le destituer immédiatement; c’est tout ce qu’il méritait, en effet, cet homme qui, prenant sous sa tutelle un repris de justice, fatiguait ses supérieurs de ses obsessions. Eh bien! rien de tout cela n’arrive. Le ministre de l’intérieur semble, comme les autres, vouloir éluder la question, et, en répondant au. magistrat prussien, il ne lui parle que de la biographie qui est entre les mains du conseiller, M. Albrecht :

« A M. Pezold, commissaire royal de justice, à Crossen.

En réponse à votre requête du 22 de ce mois, je vous informe que, si vous désirez le renvoi du manuscrit qui contient la vie de l’horloger Naundorff, de Crossen, il faut que vous le redemandiez au magistrat, M. Albrecht, conseiller secret du cabinet, auquel vous l’avez remis. Quant à l’impression de ce manuscrit, vous n’avez qu’à vous adresser à l’autorité de la censure. Berlin, ce 24 juillet 1831.
« Le ministre de l’intérieur et de la police : « BRENN. »

Au reste, pas un mot des prétentions du mandant de Pezold… De l’importance trop grande que leur donne son défenseur? Rien! Le ministre de l’intérieur demeure indifférent a toutes ces choses. Évidemment, il a une raison quelconque pour ne pas s’expliquer. Pezold ne se lasse pas. J’ai dit qu’il s’était adressé au roi ; voici sa requête, respectueuse, pleine de l’affection que tout Allemand porte à son souverain, mais en même temps témoignant une conviction profonde des droits de son mandant. Il réclame le dossier de la condamnation, afin de pouvoir en poursuivre la revision et faire éclater l’innocence de Naundorff :

« Crossen, 24 septembre 1831.
« SUPPLIQUE DE M. PEZOLD EN RÉVISION DU PROCÈS « DE LOUIS XVII.
A Sa Majesté le roi de Prusse, à Berlin.

« Sire, Le duc de Normandie, Louis-Charles, fils de Louis XVI, habitant Crossen sous le nom de Naundorff, avait eu le malheur, pendant son séjour à Brandebourg, d’être placé deux fois sous le poids d’une accusation criminelle. Il fut acquitté sur le premier fait et condamné extraordinairement la seconde fois comme suspect d’être faux monnayeur. Un tissu d’astuce et de méchanceté, qu’il ne pouvait pas détruire plus tard, d’autant moins qu’il avait toujours été fort du sentiment de son innocence, avait assuré facilement le triomphe de ses adversaires, pressés de réaliser tous leurs coupables projets. C’est ainsi qu’ils voulurent flétrir mon mandant par des accusations aussi insolentes que criminelles ; c’est ainsi que les vrais coupables, pour se soustraire à un châtiment bien mérité, cherchèrent à jeter sur lui le soupçon du crime commis. Le succès de cette machination odieuse s’appuya sur le concours de plusieurs circonstances, sur l’audace de faux témoins qui déposèrent contre lui, et dont deux furent convaincus plus tard de parjure. Enfin le préjugé défavorable et la partialité du juge instracteur, que, fort du sentiment de l’injustice dont il était l’objet, il avait hautement récusé, et qui estima si peu sa réputation de juge, qu’au lieu de se retirer de cette instruction, afin de ne pas même se charger de l’apparence de l’imputation alléguée, il la continua à dessein jusqu’à la  fin ; toutes ces circonstances, d’après ses déclarations, ont eu pour résultat d’amener sur lui l’affreux malheur de l’accusation d’un crime dont il n’aurait jamais pensé pouvoir être déclaré coupable, ni condamné à souffrir la peine infligée en pareil cas. Pendant sa captivité, et postérieurement encore, des communications lui ont été faites de vive voix et par écrit, dont il résulte qu’il était la victime d’une cabale qui protégeait les coupables du crime commis, et exerçait une grande influence; qu’il était ainsi dangereux de témoigner en sa faveuir, bien que tout le monde à Brandebourg fût convaincu de son innocence. Je fus chargé, il y a déjà plus d’un an, de provoquer par les voies de droit la restitution contre les deux sentences, afin de rétablir, dans le cours de la nouvelle instruction, l’entière innocence de Naundorff, par des preuves qui n’avaient pas été admises dans la première, et d’en faire la révision nécessaire.

Sous la date du 16 juillet, je communiquai d’une manière circonstanciée, au conseiller privé, la vraie situation de l’affaire, l’informant en même temps que j’avais annoncé au ministère de la justice la poursuite en révision, avec l’offre de produire, selon les prescriptions légales, la démonstration de l’entière innocence de mon mandant, par la manifestation de preuves directes à cet égard. J’exposai encore que je réclamais qu’il me fût remis, par la justice locale, les actes requis pour former la demande en révision ; on a refusé de faire droit à ma demande… Je suis en conséquence chargé de prier très-humblement Votre Majesté de daigner ordonner que, en ma qualité de défenseur élu, le tribunal de cette ville remette à mon inspection les actes concernant l’instruction, afin que je sois en état de former légalement le recours en restitution; pour que, soumis ensuite humblement à l’examen de Sa Majesté, elle en ordonne la continuation..

 Je suis avec le plus profond respect, de Votre Majesté….  PEZOLD. »

Ce que Pezold réclame, c’est la possibilité d’obtenir ce qu’il appelle une œuvre de justice, c’est-à-dire la révision. Sur l’intervention personnelle du roi, le dossier fut envoyé à Crossen. Il n’y resta que quelques heures et bientôt, en vertu d’un nouvel ordre, il reprit le chemin de Berlin. Ce fut justement pendant ces quelques heures, ainsi que je le disais hier, que Pezold put copier les motifs que j’ai mis sous vos yeux. Mais écartons les détails… Je m’attache au fond des choses, à leur moralité ; je cherche la vérité, vous la cherchez avec moi…; tâchons qu elle ne s’égare pas dans toutes ces circonstances minutieuses!… Ne la voyez-vous déjà pas luire à travers ce dédale?  Repoussé ainsi, ne pouvant obtenir que la communication des pièces lui permît de se livrer au travail de révision projeté, Pezold fait ce que font toutes les personnes qui n’ont plus de confiance dans les pouvoirs officiels : il s’adresse à la presse.

La Galette de Leipsick insère quelques-unes de ses annonces ; mais quand il en envoie à un journal de Hambourg, l’ambassadeur de France fait connaître au cabinet de Berlin que son gouvernement serait contrarié de semblables publications. Voici à ce sujet une lettre écrite à Pezold par un de ses correspondants, le libraire Schrœder, à Hambourg :
« Nous avons remis l’annonce qui nous a été envoyée à la rédaction du Correspondant hambourgeois, qui nous a répondu que la dite annonce ne pouvait être insérée dans cette feuille, l’ambassadeur français ayant fait opposition. « Nous avons l’honneur de vous saluer avec la plus parfaite considération.
« Signe: SCHRŒD’ER. » « Hambourg, 12 août 1831.
A Monsieur le commissaire, notaire a et syndic, Pezold, « à Crossen. »

Eh quoi! un ambassadeur de France s’occupe de telles choses! un insensé, un maniaque, un repris de justice, un indigne a l’audace de se dire fils de Louis XVI, et le cabinet français s’en émeut, et des correspondances s’échangent, et le représentant de la France prend la peine de compromettre son caractère à disputer le passage à de telles inepties ! Mais prétendre arrêter la voix de la réclame est une entreprise au-dessus des forces humaines, et tous les dieux de la fable n’auraient pu en venir à bout.
. Qu’arrive-t-il, en effet ?

Tandis que notre ambassadeur s’inquiète de ce qui se publie à Hambourg, il ne voit pas ce qui se publie à Paris, dans le vénérable Constitutionnel, qui, le 7 août 1831, reproduit en ces termes l’annonce de la Gazette de Leipsick :

« — La Gazette de Leipsick publie dans ses annonces l’avis suivant qui ne laisse pas que d’être curieux :
A Crossen, à peu de distance de Francfort-sur-l’Oder, réside, sous un nom supposé, le fils du roi Louis XVI, Louis-Charles, duc de Normandie, et, après la mort de son frère aîné, Dauphin de France. Pour bien asseoir l’opinion sur son compte, il a écrit l’histoire de sa vie, de ses souffrances. Forcé par les circonstances de la faire imprimer, il cherche un éditeur pour les conditions. On pourra s’adresser franc de port à son mandataire spécial, le commissaire de la justice Pezold, à Crossen  » .

Assurément, Messieurs, cette annonce n’a rien de bien digne; elle ressemble plutôt à une réclame de librairie qu’à une prétention d’Etat. Mais enfin. comme disait le Constitutionnel, elle ne laissait pas que d’être curieuse ; elle pouvait éveiller certaines susceptibilités, d’autant plus que pendant ce temps Naundorff continuait ses instances auprès de sa sœur et des membres de sa famille; et, entres autres pièces qui ont échappé à des destructions naturelles, nous trouvons à la date de i832 un reçu de la poste de Crossen qui constate l’existence d’une lettre envoyée par Naundorf àla duchesse d’Angoulême.

« Reçu du bureau de poste de Crossen. « L’autorité certifie par ce reçu qu’une lettre pesant deux onces, à l’adresse de Mme la princesse royale de France, Mme la duchesse d’Angoulême, a été remise pour être expédiée par la poste. Crossen, 25 mars I832. « (Bureau de la poste royale de Prusse.) « Signature illisible. »

La persistance des réclamations, des démarches, des importunités, si vous le voulez, est donc hors de doute. Quant à Pezold, il en avait vainement fatigué l’administration et la justice de son pays. Il commençait , comme je l’ai dit, à en entretenir la presse, lorsqu’il mourut subitement. Quel est le secret de ce trépas? Dieu seul le sait, mais vous concevrez facilement que les persécutés et le frère de Pezold l’aient attribué à une cause peu naturelle.

Laissons leurs inductions; nous n’avons pas le droit, nous, de soulever le voile qui couvre ce mystère. Notre tâche est assez lourde sans en augmenter le fardeau par des investigations secondaires. Ce qu’il y a de certain, c’est que Pezold disparut subitement dans la force de l’âge, sans que rien ait expliqué sa mort. Il est tout simple que les membres de sa famille et les parties intéressées aient attribué ce trépas au poison. Quoi qu’il en soit, voilà Naundorff seul ; son surveillant des premiers jours, devenu son ami, son soutien, son défenseur, a succombé. Le voilà seul ! Il ne se décourage pas. Il continue la lutte, et lorsqu’en 1832, paraît dans un journal très-autorisé de Leipsick, la Comète, un article violent contre lui, contenant toutes les calomnies et toutes les absurdités qui n’ont cessé de se dresser contre lui, il prend la plume, et dans une lettre adressée au directeur du journal, il explique sa situation. Voici cette lettre, datée du 26 juillet i832 :

« Si je suis celui que je prétends être, mes longs malheurs « méritent au moins quelques égards; si je ne le suis pas, « pourquoi me persécuter sourdement et ne pas nie fcire « publiquement mon procès? Pourquoi m’a-t-on calon.nlc « dans les gazettes de Hambourg? Hélas’ si je n’étais « que le fils d’un pauvre ouvrier, peut-être n’aurais-je « pas été si malheureux! Craint-on que je vienne à 1 éllai-iier « une couronne qu’on a dérobée à ma naissance et à mes « droits? Je ne désire que la tranquillité et rien de plus.

Que celui qui croit mon esprit aliéné revienne de son erreur ; que celui qui me considère comme un méchant vienne à moi; il se persuadera facilement que je ne connais d’autre vengeance que l’oubli et le pardon, et que je voudrais faire à mes ennemis autant de bien qu’ils m’ont fait de mal. En arrivant à Benlin en 1810, j’avouai qui j’étais à M. Le Coq, président de police. Celui-ci mit quelque argent à ma disposition, en me faisant observer qu’il me fallait garder un silence absolu sur le secret de ma naissance, si je tenais à la vie. En 1824, je fus accusé d’avoir pris un faux nom pendant le procès que j’eus à soutenir. Pressé par le juge d’instruction de déclarer mon véritable nom, sans cependant vouloir y consentir, je m’écriai, l’âme froissée de douleur et d’indignation : Eh bien ! je suis prince natif, et par cette raison je ne me crois pas obligé de vous dire ici mon nom. Alors le président me dit : Comment prétendez-vous nous prouver cela ? Je proposai, comme témoin de ce que j’avançais, M. Le Coq. Le président me regarda avec étonnement et ajouta : Alors nous devons prendre des ordres supérieurs ; et les choses en restèrent là. Dans une autre occasion, pressé de nouveau de fournir de semblables preuves , je m’en rapportai encore au même témoin, M. Le Coq, auquel, je crois l’avoir dit, j’avais remis les papiers qui m’étaient restés : deux écrits, l’un de mon père et l’autre de ma mère. Le référendaire de Renné dit à cette occasion : M. Le Coq ne peut plus donner de renseignements à ce sujet, il est « mort ! Alors le juge lui répondit brusquement : « Qui vous a chargé de le lui apprendre?… Jamais depuis ce temps on ne m’a demandé des preuves de mon origine. Cependant la sentence par laquelle je fus condamné portait en substance : Bien que les indices qui s’élèvent contre l’accusé Naundorff ne soient pas suffisants pour le condamner, une condamnation devient cependant nécessaire dans ce cas, parce qu’il s’est conduit, pendant le cours du procès, comme un menteur impudent se disant prince natif, ET LAISSANT SUPPOSER QU’IL APPARTIENT A LA « FAMILLE DES BOURBONS. « Mais d’où vient cette conclusion? Ai-je décliné mon nom? Est-ce que j’ai dit que j’appartenais à cette famille ? Si on me veut punir d’une prétention à laquelleje ne renoncerai qu’avec la vie, je demanderai à mon tour de quel droit et avec quelle loi ?… « Crossen, 26 juillet 1832. Louis-CHARLES, duc de Normandie. »

Cette lettre dont je n’ai lu qu’un fragment est très-longue; elle est écrite en entier de la main du Prince. Le journal la Comète l’a insérée sans en rien retrancher. Le journaliste l’a même fait précéder de quelques lignes qui la recommandent à l’intérêt de ses lecteurs. Le gouvernement poursuit-il? Il est cependant directement mis en cause? Et vous voyez, dans quels termes, si clairs, si honnêtes, si sages, si raisonnables. Voici un homme qui se prétend le fils de Louis XVI, qui dit que ses papiers ont été par lui confiés au cabinet de Berlin, qui ajoute qu’au moment où, soupçonné de crime, il s’est trouvé en face d’un magistrat instructeur, il lui a fait connaître qu’il était prince natif… et qu’on a faussement inséré dans la sentence qu’il s’était dit fils de Guillaume Naundorff, alors qu’il ne l’avait pas dit! Tout cela est écrit dans une gazette, et personne ne se lève pour rechercher la vérité.Je me trompe, quelqu’un recherche la vérité, c’est le journaliste ! Ils sont assez souvent attaqués pour qu’au moins on les défende quelquefois, et qu’on constate qu’ils cherchent à se rendre compte des mystères devant lesquels s’inclinent les pouvoirs publics. Le journaliste de Leipsick envoie donc un reporter qui fait exprès le voyage de Crossen. Il voit le pauvre horloger, et par suite de cet enchantement dont nous rencontrons tant d’exemples dans la cause, d’antagoniste il devient son défenseur ! C’est toujours la même conversion… je suis obligé de le répéter, et si cette répétition est fatigante, elle est cependant instructive.

Dans le numéro de la Comète qui parut après le retour du reporter, voici comment s’exprimait le rédacteur du journal:

« Il existe à Crossen un homme dont on ne connaît pas la famille, et qui est regardé par les gens bien informés comme le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Je n’ai pu résister au violent désir de voir un homme qui a dû éprouver des vicissitudes aussi étranges. Je me rendis donc à Crossen, et lui demandai une entrevue, qu’il voulut bien m’accorder. Malgré les traces bien visibles du malheur dont sa physionomie mélancolique portait l’empreinte, je ne puis  m’empêcher de reconnaître dans ses yeux attristés par la souffrance, et dans tout son air, une grande analogie avec la race des Bourbons. Il fut d’abord silencieux et réservé; mais bientôt il s’aperçut de l’émotion dont je n’étais pas maître, et rassuré sur le but de ma visite, il s’écria : « Oui! « je suis le fils du malheureux Louis XVI et de Marie-Antoinette, plus malheureux encore, qui ont péri sous la hache révolutionnaire… Mais je donnerais volontiers dix années de mon existence pour être né le fils d’un pauvre artisan : je n’aurais pas été en proie à des persécutions odieuses, à des souffrances aussi amères. Ce discours était empreint d’une profonde mélancolie, et portait tous les caractères de la vérité, et j’acquis la conviction intime qu’il était sincère; car on peut bien feindre la joie, mais jamais la douleur. Je ne pus me défendre d’une impression profonde en voyant qu’un prince, à qui la belle France était promise dès sa plus tendre jeunesse, était obligé de se résigner à des chagrins aussi violents. Il me raconta diverses particularités de sa vie privée ; mais, quelle que fût ma curiosité, un sentiment de convenance et la crainte de réveiller des souvenirs cruels m’empéchèrent d’entrer avec lui dans des détails qui l’auraient trop vivement affecté. En le quittant, je cherchais à m’expliquer quels avaient, pu être les desseins de la Providence en conservant ce rejeton des rois, et je garde encore une bien vive impression de cette entrevue. »

Ainsi donc, cet homme que la veille on attaquait, et Dieu sait si les prétextes abondaient, on va le voir ! on entre en communication avcc lui, et le correspondant du journal la Comète revient de son voyage persuadé qu’il s’est trouvé en face du fils de Louis XVI ! Il était difficile, vous le comprenez, que de semblables faits s’emparassent de la publicité sans causer en Allemagne une émotion quelconque, je dirai, pour ma part, profonde. Il était difficile aussi que la France ne la partageât pas, au moins dans une certaine mesure. Il existait, en effet, dans notre pays, un groupe de personnes restées attachées à l’ancienne maison de Bourbon, ayant dans le cœur toutes les faiblesses d’une affection respectable. Parmi ce groupe de fidèles, il s’était établi une sorte de notoriété de l’évasion du Dauphin des prisons du Temple. On ne savait pas ce qu’il était devenu ; mais dans ces âmes loyales, la conviction de son existence subsistait inébranlable. On se communiquait tout cela discrètement , car il n’était pas prudent de parler tout haut… mais c’était là des souvenirs conservés religieusement comme des traditions de famille. On comprend quel effet dut produire sur ce petit groupe de fidèles l’annonce des faits que je viens de relater. Et comment en aurait-il été autrement? Permettez-moi à cet endroit de ma cause, de résumer d’un mot l’ensemble des événements qui se sont produits dans cette période de 1810 à 1832…

Est-ce que cet ensemble de circonstances est conforme à ce qui se passe ordinairement? Est-ce qu’il n’y a pas une offense permanente au bon sens, au respect de la loi et à la sécurité de tous dans l’existence merveilleuse de cet homme sans cesse soupçonné, et protégé sans cesse; et qui, placé dans ces étranges conditions vis-à-vis de l’autorité publique, frappe vainement à toutes les portes officielles, sans qu’aucune s’ouvre pour lui laisser entrevoir un rayon de vérité ?

Je disais qu’aucun exemple semblable ne s’était jamais rencontré dans l’histoire. Me suis-je trompé? Je demande à ceux qui ont le droit de parler avec plus d’autorité que moi qu’ils me reprennent et qu’ils me disent où ils découvriront cette complicité de l’autorité publique pour entretenir la crédulité de tous dans une erreur condamnable?… Et ce n’est pas tout. Si la conduite des autorités et des agents de la loi est incompréhensible, ce qui l’est plus encore, c’est la persistance de cet homme, qui, pendant vingt-trois ans, du fond de l’Allemagne, où il exerce une profession qu’il aime, engagé dans les liens d’un mariage qui le sépare à jamais de toute prétention politique, ne cesse cependant, malgré toutes les invraisemblances qu’on lui reproche, malgré l’inanité de ses plaintes, de se dire le fils de Louis XVI et deMarie-Antoinette! Il faut toujours en revenir à ce soupçon de monomanie, le seul raisonnable. Et cependant, l’homme dont il s’agit a toujours été traité comme un homme sain d’esprit; cherchant à tromper, a-t-on dit, mais ne pouvant l’être lui-même par aucune illusion. Néanmoins, pendant vingt-trois ans il a persisté. Toujours bafoué, toujours écarté, toujours dédaigné, il n’en a pas moins toujours continué à faire entendre ses plaintes et ses revendications. Assurément, Messieurs, je ne veux pas vous présenter ces faits comme une démonstration de la vérité juridique. Seulement, j’ai le droit de vous les signaler comme la rendant probable, comme n’étant pas un obstacle à ce qu’elle se puisse produire, comme étant enfin ce qu’il y a de plus singulier et de plus instructif. Et c’est à cet enseignement que je m’attache pour trouver le chemin de vos consciences. Voilà cet homme qui réclame depuis vingt-trois ans sans rien obtenir! Le voilà qui va venir en France! Car ce que je disais tout à l’heure de l’état des esprits dans notre pays, dans une classe peu nombreuse, j’en conviens, cette pensée que j’exprimais va me servir de transition pour arriver aux événements de France.

Au nombre de ceux qui croyaient à l’évasion du Dauphin se trouvait un ancien magistrat très-honorable, nommé M. Albouys. Il avait été pendant longtemps juge d’instruction à Cahors, fonction qui ne prédispose pas à une grande crédulité. En 183o, il avait donné sa démission et s’était honoré par cet acte d’indépendance. Il vivait dans la retraite à la campagne, entouré d’une belle et nombreuse famille, et ne demandant à Dieu que la continuation d’une existence si douce.

Un jour, son attention fut attirée par la publication dans le Constitutionnel de l’annonce dont j’ai parlé. La lecture du Constitutionnel était peut-être pour lui une lecture téméraire; mais enfin, il se l’était permise !… Frappé par la rédaction de cette annonce, il écrivit à M. Pezold. Une correspondance s’engagea entre eux; elle est volumineuse. Je ne veux pas en infliger la lecture à la Cour ; qu’elle me per-mette seulement de mettre sous ses yeux la lettre que, le 15 janvier I832, deux mois avant sa mort, M. Pezold adressait à M. Albouys :

 » … Relativement aux observations faites dans votre lettre, je me permets de vous faire remarquer quelque peu,  à l’égard de mon constituant : « Pour prouver son existence ou que la démonstration de sa mort ne s’ensuivît pas au Temple, il y revient que sa sœur le sait exactement. « Voulez-vous encore d’autre témoignage dont vous pouvez vous informer le plus vite? Ayez la bonté de vous adresser à M le Tort, ex-officier, à Paris, rue des Mathurins, n° 26, près l’Ecole de Médecine. Celui-ci a connaissance exacte que le fils de Louis XVI a été enlevé du Temple. Il demanda entre autres l’explication sur un objet que mon client hésita de donner au premier abord, c’est-à-dire à l’égard des sceaux qui se trouvent sur les papiers déjà nommés. Comme j’ai l’honneur de parler à un homme qui connaît les lois et qui en est au fait, il suffit de dire que le Code criminel chez nous inflige les peines les plus sévères à toute diffamation incompétente, et, enquête faite, les exécute rigoureusementet sans délai : aussi l’étranger a déjà puni une telle fraude….. Une négative se résout quelquefois dans une affirmation, et le cas actuel en paraît exiger l’application. L’usurpation d’un attribut, que le gouvernement révoque en doute, imposerait à celui-ci l’obligation de prouver qu’il s’agit ici d’une imposture. Pourquoi à lui seul (le mandant de M. Pezold), accorder une indulgence qu’il ne demande pas et qu’il n’a jamais recherchée ? Quant à ses papiers, qui pour sa légitimation sont de poids, je vous en rapporterai sitôt que je les aurai reçus. Ce qu’il désire le plus ardemment, c’est que ses parents voudraient bien lui envoyer un confident, à qui il pourrait prouver qu’il est réellement celui qu’il se dit, et qu’il mérite autant de foi que de pitié « Signé : PEZOLD. »

[ Sauf erreur ou oubli involontaire, nous avons sous les yeux tous les éléments du dossier pour la période dite obscure de   » Naundorf- Louis XVII « , de 1793 aux premiers échos publics de sa présence à Crossen ! Il ne nous reste plus qu’à faire quelques vérifications dont une sur un dossier capital, avant de pouvoir ouvrir le feu tous azimuts ! … ]

Vers la résolution de l’énigme Naundorf ? (6)

Avant de vous proposer nos premières réflexions, il nous semble opportun de compléter tout ce que nous avons publié par l’argumentation tirée de la plaidoirie de l’avocat Jules Favre, devant la Cour d’Appel de Paris, le 4 avril 1874, qui demeure en l’état de la question la pièce de référence  ; nous y ajouterons diverses autres pièces accessibles ici ou là, et qui pourront être utiles, avant d’oser faire un quelconque arbitrage ! 

Et quelle stupéfiante pertinence de la devise de notre forum «  lire c’est relire  » nous est offerte, en publiant et en lisant et relisant cette plaidoirie de Me Jules Favre, près d’un siècle et demi après !

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Louis XVII Plaidoirie de Maître Jules Favre du 4 avril 1874

PARIS LIBRAIRIE INTERNATIONALE
14, rue Mézières.
1885

…/… ( p 16 )  Ce point de départ est dans le fait par lequel j’ai commencé ma plaidoirie. Nous avons à nous demander d’où venait l’étranger qui apparaissait à Paris le 26 mai 1833 ; s’il nous es. possible d’obtenir des renseignements certains sur ses anté cédents.

Or, en remontant à vingt-trois ans en arrière de l’époque, à laquelle je laisse l’étranger chez la vieille femme indigente de la rue Ménilmontant, nous le retrouvons à peu près dans une situation identique, entrant à Berlin, inconnu, avec un passeport qu’un voyageur, qu’il avait rencontré sur sa route, lui avait charitablement prêté pour pénétrer dans cette capitale; fuyant l’œil de l’autorité, cherchant à s’effacer, avide de repos, de silence et de travail. Il avait, à cette époque, vingt-cinq ans. Il descendit d’abord dans un hôtel dont le maître, après quelques hésitations, lui procura un permis de séjour. Bientôt il s’établit chez lui, dans une modeste petite chambre qu’il avait louée pour y exercer la profession d’horloger (1).

[ En note de bas de page on lit :

(1) A sa sortie du Temple, le Dauphin fut confié à la veuve d’un Suisse de la garde tué dans la journée du 10 août 1 792. Celle dame se remaria avec un de ses compatriotes qui était horloger, et c’e?t en voyant travailler celui-ci que le Prince, qu: avait le génie de la mécanique, prit les premières notions de l’horlogerie qui devaient plus tard lui servi à gagner son pain en arrivant en Prusse ]

Ceci se passait en 1810. Il vivait là obscur, dans une retraite conforme à ses goûts, et se croyait ignoré du monde entier. Le passeport qui lui avait été donné portait les noms de NaunJorff, Charles-Guillaume, né à Weimar, âgé de 43 ans. Il était évident que ce passeport ne s’appliquait ni à son âge, ni à son extérieur, il suffisait de voir le porteur pour en être convaincu.

Cependant la police de Berlin, police active s’il en fût, s’en était contentée, et Naundorfl, puisque Naundorff il y a, vivait ainsi dans le travail et la retraite, évitant les confidences et ne se permettant aucun rapport d’amitié. Pourtant on le découvrit, on l’appela chez le gouverneur, on provoqua des explications, qui ne furent plus sollicitées cette fois avec bienveillance. Il se troubla, demanda à parler au chef supérieur, et on le conduisit devant le directeur, qui fort heureusement était Français d’origine. C’était M. Le Coq.

Il ne fallut pas longtemps à ce magistrat pour découvrir qu’il n’était pas en face d’un homme s’appelant Naundorff et pouvant répondre aux indications de son passeport, et alors l’étranger comprit qu’il était en présence d’un homme de cœur; il lui déclara qu’il était le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, arraché du Temple par des amis inconnus. Il avait été confié à d’autres amis qui l’avaient caché de leur mieux. Plus tard, poursuivi par la police impériale, il avait passé de nombreuses années en prison. On l’avait fait ensuite voyager en Italie et en Angleterre. Puis, arrêté de nouveau, il avait été précipité successivement dans les cachots de France et d’Allemagne, s’en était échappé, et enfin, à la suite d’aventures que nous raconterons, il était arrivé à Berlin, après avoir reçu d’un inconnu complaisant un passeport qui constituait pour lui une usurpation de nom , bien excusable dans son malheur. Chose bizarre, l’employé supérieur de la police ne montra qu’une médiocre surprise à cette déclaration étrange. Il demanda quelques justifications.

Le prétendu Naundorff avait cousu dans ses vêtements quelques pièces qu’il confia à M. Le Coq. L’une d’elles était un autographe précieux du roi Louis XVI ; les autres, dont nous parlerons plus tard, étaient de nature à faire croire à la véracité du déclarant. Mais je l’ai dit, M. Le Coq paraissait à l’avance disposé à accepter cette confidence. Seulement, il dit à l’étranger : « Vous ne pouvez pas rester à Berlin; la police française vous inquiéterait et nous aussi : il faut vous rendre dans une ville voisine, à Spandau, vous vous y ferez recevoir bourgeois. » Se faire recevoir bourgeois n’était pas chose facile. Naundorff en fit l’objection. « Ne vous en préoccupez pas, répondit M. Le Coq, je me charge de lever toutes les difficultés. »

Or, Messieurs, aux termes d’une ordonnance prussienne du 19 novembre 1808, on ne pouvait être admis bourgeois d’une ville qu’à la condition de certifier ses antécédents et surtout de fournir son extrait de naissance. C’était là une pièce indispensable sans laquelle rien n’était possible. M. Le Coq dit qu’il se chargeait de tout, qu’il enverrait les pièces nécessaires, et Naundorff partit pour Spandau. Il y resta quelques mois, après lesquels, sur l’ordre de M. Le Coq, il présenta sa demande à la bourgeoisie de Spandau pour y être admis. Voici le texte de la requête, qui porte la date du 2 5 novembre 1812:

Actum Spandau, ce 25 novembre 1812.

« En vertu d’assignation paraît : « 1° L’horloger Charles-Guillaume Nauendorf en personne, habitant, et dépose : « Je suis venu de Berlin ici avec la permission du magistrat de cette ville pour m’y établir comme horloger. Étant tenu, aux termes de la loi, de me faire conférer le droit de « bourgeoisie,je présente à cet effet un certificat du 2 novembre c.[ourant]  in originali, du président royal de la police, conseiller d’Etat à Berlin, Monsieur Le Coq. Je sollicite donc en conséquence mon admission comme bourgeois dans « cette ville…

« 2° Le marchand M. Jean-Chrétien-Samuel Beckmann. « Le même dit : etc., etc.

« Pour copie conforme, « Berlin, le –6 mai 1836. 
WELFF, Inspecteur secret de la chancellerie au ministère de l’intérieur et de la police. »

Suit le certificat de M. Le Coq, que nous avons pu nous procurer depuis. Vous allez voir quel est son impératif laconisme :

« Nous certifions, par le présent acte, que Charles-Guillaume Nauendorf, horloger, pendant son séjour dans cette ville, s’est comporté en habitant paisible et régulier ; et que d’ailleurs, il n’existe point ici de renseignements défavorables sur son compte. »

Berlin, le 2 novembre 1812.
 « Le conseiller d’Etat royal et président de la « police de Berlin, « Signé : LE COQ. »

Comment donc, Messieurs, l’ordonnance du 19 novembre 1808 pouvait-elle être ainsi interprétée? Comment la municipalité pouvait-elle accepter un semblable certificat comme le remplacement des pièces prescrites par cette ordonnance? A cela il n’y a qu’une réponse raisonnable, à savoir : que dès les premiers jours, la police a protégé autant qu’elle a persécuté celui pour les enfants duquel je parle : et de cette protection occulte accordée par la police, il faudra bien qu’on m’explique l’origine et la cause, si elle n’est pas dans un secret d’Etat, que M. Le Coq connaissait. Aussi, voyez, il donne un ordre auquel il est impossible de se soustraire, et, sur le vu de cet ordre, les droits de bourgeoisie furent conférés par l’acte suivant en date du 8 décembre 1812 :

« Le magistrat de la ville royale prussienne de Spandau,  située en la Kurmark, certifie et reconnaît, par ces présentes, que l’horloger Charles-Guillaume Nauendorf, après avoir justifié des qualités requises, a été admis comme bourgeois de cette ville … ( Délivré, pour lui servir de document authentique, et scellé du sceau de la ville, à Spandau, le 8 décembre 1812. « Le magistrat de la ville  Signé : KATTFUS. »

En même temps il payait la rétribution nécessaire pour l’acquisition des droits de bourgeoisie, c’est-à-dire la somme de 6 thalers, 18 gros. Le certificat qui porte cette mention porte également celle relative à une autre personne, le sieur Beckmann, marchand, qui ne paie, lui, pour sa réception, que 18 gros, parce qu’il est déjà bourgois de Berlin, et qu’il ne s’agit à son égard que d’une translation de droits.

Si j’insiste, Messieurs, sur ce détail, c’est qu’il établit d’une manière irrécusable que Naundorff acquérait à Spandau le droit de bourgeoisie, sans fournir aucune pièce autre que l’ordre de M. Le Coq, qui, au nom de l’autorité supérieure, forçait les portes de la bourgeoisie de Spandau, éludait le texte de l’ordonnance de 1808, et introduisait cet étranger sans antécédents, dont on ne connaissait pas l’origine, parmi les paisibles bourgeois de Spandau. Plus tard, dans des circonstances que vous connaîtrez, nous avons dû essayer d’arriver à une conviction complète en ce qui concerne ce fait. Nous avons dû faire des recherches à Spandau, et il a été attesté par les magistrats de la ville qu’on n’avait, en effet, produit aucune autre pièce que le certificat de M. Le Coq. Voici le texte de la déclaration des magistrats de Spandau, recueillie en 1856 par M. le consul prussien à Rotterdam :

« Le Magistrat de Spandau déclare que ni d’après les « actes qui se trouvent à Spandau, ni d’après les autres actes « judiciaires qu’il a examinés, le sieur Nauendorf n’a remis « d’autres documents à l’occasion de son domicile à Spandau, « qui pourraient donner les éclaircissements désirés, que « l’attestation du conseiller d’Etat, président de la police, « M. Le Coq. Signé : FRÉDÉRIC CARP.>> 

Voilà, Messieurs, le point de départ de tous les événements certains, je ne m’occupe que de ceux-ci pour le moment, nous allons en suivre la filière. Naundorff arrivant à Berlin, où il n’est pas connu, où il ne peut rien dire de son origine, où il fait à M. Le Coq la déclaration que j’ai dite, obtient de ce magistrat une protection tellement puissante, qu’il est admis bourgeois de Spandau sans autre vérification que celle qui vient de l’autorité officielle.

De 1812 à 1822, il vit à Spandau paisiblement, cherchant, comme à Berlin, l’obscurité et le silence. Il puise ses ressources dans son travail d’horloger ; il est d’ailleurs considéré par tous comme un homme d’un naturel doux et paisible. En même temps, cependant, vous le verrez par des documents qui frapperont votre attention, des signes extérieurs font naître des soupçons sur son origine. Quant à lui, il ne cherche pas à faire des révélations. Loin de là ! Seulement, il suit d’un œil inquiet les événements de l’Europe, et vous savez de quelle nature étaient à cette époque ces événements.

Lorsqu’en 1810 et 1812, il venait chercher asile à Berlin et à Spandau, M. Le Coq avait bien raison de lui dire, que, même dans une contrée si lointaine de la France, on avait encore à redouter l’ascendant formidable de cette puissance. La Prusse était à cette époque humiliée et vaincue. Elle craignait notre épée victorieuse… Et l’on sait assez quelle était l’inflexible politique du capitaine qui se croyait le maître du monde, pour comprendre que Naundorff ait dû, pendant cette période, cacher soigneusement ses prétentions. Mais, en 1814, l’édifice impérial s’écroule. La branche aînée reparaît. Louis XVIII monte sur le trône… et alors, dans cette petite ville de Spandau, l’obscur horloger prend la plume, et, en août 1815, il écrit la lettre que voici à Mme la duchesse d’Angoulême :

« Spandau, 3 août 1815.

« Ma bien chère Soeur, « La journée d’aujourd’hui, jour d’amour et de bonheur « pour le peuple prussien, me rappelle de nouveau ma félicité perdue. Hélas ! rien ne m’est resté que les souvenirs amers et tristes de notre fuite à Varennes. C’est en vous que repose maintenant le peu de confiance que je dois avoir en tout ce qui porte le nom d’homme. Je sais qu’on cherche à vous cacher mon existence, mais un temps viendra où tous les traîtres seront punis. Ah ! je me rappelle le jour où celui qui est encore mon ennemi et mon  persécuteur vint prendre congé de moi ; c’était un soir, peu de temps avant notre départ pour Varennes. Je ne puis préciser la date, mais je me souviens de ce fait comme s’il « venait d’arriver. « La nuit était déjà avancée, lorsque notre bonne mère, accompagnée de Mme de Tourzel, s’approcha de mon lit et me réveilla en m’embrassant. Je fus aussitôt habillé en petite fille par Mme de Tourzel, dans la chambre de ma mère. Hélas ! cette excellente mère, pourquoi ne peut-elle plus témoigner en ma faveur ? Mais vous, ma chère sœur, et Mme de Tourzel, si elle existe encore, avec lesquelles « j’ai quitté les Tuileries, n’êtes-vous pas toutes deux des « témoins irrécusables de mon existence ? Hélas! peut-être ma sœur, abusée, doute-t-elle encore. Elle doit savoir, au reste, que personne autre que moi ne peut lui dire ce qui se passa durant cette nuit ; quels pieds foulèrent les miens, lorsque j’étais caché et accroupi dans le fond de la voiture. Rappelez-vous la défense de ma bonne mère, lorsqu’elle m’ordonna un silence absolu, quelque chose qui m’arrivât. Mais aujourd’hui, une douleur bien plus grande me tourmente, car je cherche la sœur que j’ai perdue pour savoir d’elle si elle veut enfin mettre un terme à la situation pénible que mon déguisement me faisait considérer à cette époque comme une comédie. Ah ! je le sens, cette cruelle incertitude ne finira peut-être jamais, puisque l’homme qui me porta dans ses bras, en changeant de voiture dans le cours de ce voyage, n’existe plus. Cela se passait dans un des faubourgs de Paris. Je ne veux pas m’épuiser en regrets et en plaintes inutiles ; je préfère transmettre à ma sœur chérie le récit d’un de mes fidèles amis ; il sera peut-être pour elle un éclaircissement utile. Pendant ce triste voyage, un nommé Valéry ( Valory) doit nous avoir accompagnés comme courrier. Le misérable doit avoir averti, peu de temps avant notre arrivée à Varennes, les traîtres qui nous y ont arrêtés. C’est ainsi qu’il aurait tout préparé pour notre arrestation, par ordre de Lafayette et du consentement de notre oncle.

Ce Valéry existe-t-il encore ? Dans ce cas, il vous serait facile d’avoir enfin la preuve de l’ambition criminelle de celui qui me poursuivit sans cesse. Je n’ose vous communiquer, par écrit, d’autres détails concernant cet événement, ne sachant si cette lettre arrivera ou non jusque dans vos mains…
Votre malheureux frère, « CHARLES-LOUIS, duc de Normandie. »

A partir de cette époque, que je prends comme le point de départ des communications que Naundorff essaie d’établir entre lui et la famille royale, il ne cesse, avec une persistance qu’attestent les documents de mon dossier, de renouveler ses revendications et ses plaintes.

En 1816, en 1817, en 1818, il écrit plusieurs lettres, soit à la duchesse d’Angoulême, soit au duc de Berry. Ces lettres sont là. Elles contiennent l’expression de ses plaintes. Elles demandent à la duchesse d’Angoulême une entrevue, qui justifiera les prétentions énoncés. J’avais l’intention de mettre en entier ces lettres sous vos yeux; mais j’abuserais de votre patience. Je me contenterai donc de les mentionner, d’en établir le caractère, de constater qu’elles sont toutes restées sans réponse; mais que la situation du Prince n’a pas changé…

Et ne croyez pas que cette observation ait uniquement pour but de vous indiquer le dédain, au moins apparent, avec lequel la famille royale recevait de semblables communications. Non, il est clair, à mes yeux, que le dédain pouvait avoir ses dangers. Ce n’est pas le dédain qui a inspiré cette conduite : il était facile, non pas seulement de faire répondre à celui qui fatiguait la famille royale de ses obsessions qu’il était un imposteur et qu’on le savait, mais de demander l’intervention de la police prussienne, qui n’eût pas été refusée. Ainsi, durant ces trois années, Naundorff, vivant à Spandau, poursuit son but avec la même insistance, et écrit à toutes les personnes qu’il peut croire capables de faire des révélations en sa faveur, sans que jamais on ait essayé d’entraver ses actes, sans que jamais non plus on ait répondu à ses revendÍcations.

En 1817, une circonstance s’offrit à lui qui lui parut favorable pour faire parvenir aux pieds du roi ce qu’il considérait comme ses légitimes réclamations. Ayant rencontré à Spandau un officier français (un des débris de l’armée de Russie), du nom de Marassin, qui rentrait en France, il lui confia sa situation, lui donna quelques pièces pour l’établir, et le chargea de voir le roi. L’officier, reconnaissant des soins qu’il avait reçus de lui, promit de faire à Paris les démarches nécessaires. Il partit, et depuis sa trace a été perdue, sans qu’il ait jamais été possible de savoir ce qu’il était devenu.

Dès cette époque commence principalement l’apparition des faux dauphins. C’est-à-dire que sur la scène du monde se produisent des personnages mystérieux, grotesques, posant pour la galerie surtout (car ils ne peuvent avoir aucune prétention de tromper la justice), et venant bientôt échouer successivement devant ses sévères investigations, et recevoir le châtiment de leur crime ou de leur complaisance. Je laisse à choisir entre ces deux alternatives, car il ne m’est pas démontré que ces personnages aient été sérieux. Et quand tout à l’heure vous verrez que l’un d’eux, celui qui a le premier acquis cette triste célébrité, Mathurin Bruneau, a été deux personnes ; que la première, arrêtée à Paris, avait une apparence assez distinguée, un air d’ancien officier; mais que, dans le trajet de Paris à Rouen, cette personne a été changée, et qu’une autre, d’allures bien différentes, a comparu devant les juges de Rouen, vous me permettrez de ne pas hésiter dans le choix de l’alternative.

Quant à Naundorff, il n’entendit jamais parler de l’officier Marassin, et ne put recevoir aucune indication ultérieure. Cependant, en 1818, fatigué de la vie isolée qu’il menait à Spandau, il voulut se marier. Il avait rencontré une jeune fille charmante à tous égards, appartenant à une famille de négociants très-estimés, et n’ayant plus que sa mère. Avant de s’unir à cette jeune fille, il écrivit au duc de Berry et à Mme la duchesse d’Angoulême.

Voici les deux lettres. L’une du 18, l’autre du 25 septembre 1818 :

« Monsieur,

Tout ce que j’ai fait jusqu’ici pour me réunir à ma sœur a été sans succès. Mon existence et mon identité ne peuvent pas vous être inconnues. C’est pourquoi je m’adresse à vous pour vous demander une justice qui ne saurait m’être refusée, et obtenir enfin du roi que j’en sois écouté. Je n’ai pas l’intention de le troubler dans sa possession illégitime des droits qui m’appartiennent du chef de mon père ; mais je demande que l’infortuné fils de Louis XVI ne reste pas au milieu de ses semblables sans père et sans nom. Je suis résolu d’unir ma destinée à celle d’une humble bourgeoise. J’ai cru devoir vous faire cette communication, et s’il reste encore à un Bourbon de France un sentiment d’honneur, j’espère que vous ne laisserez pas cette lettre sans réponse. S’il vous restait un doute sur mon identité, adressez-vous à la sœur de l’infâme Robespierre (qui fut « pensionnée par Louis XVIII), personne mieux qu’elle ne pourra vous éclairer. Mais dans le cas où je devrais vous compter au nombre de mes ennemis, et où vous partageriez leur projet d’effacer mon origine, je laisse à Dieu le soin de vous juger, et rappelez-vous que la malédiction céleste atteindra jusqu’à vos enfants.
« LOUIS-CHARLES. « Spandau, septembre 1818. » 

 » Madame,
Il n’y a que moi qui peut sentir combien il est douloureux de m’imposer à vous comme votre frère par les tristes récits des événements de notre enfance. Cependant, Madame, commevous m’avez refusé jusqu’ici toute réponse à mes lettres, excusez-moi si je vous rappelle des choses d’une époque où je vous fus cher, et qui ne vous causeront pas des souvenirs agréables. Ces choses vous prouveront indubitablement que je suis réellement votre frère. J’avais l’intention de ne vous communiquer que de vive-voix ces particularités minutieuses qui ne peuvent être connues que de vous. Mais comme j’insère cette lettre dans celle que j’adresse au duc de Berry, j’espère d’autant mieux vous convaincre ainsi de mon identité, dans le cas où vous en douteriez encore après toutes les démarches que j’ai faites pour me réunir à vous. Madame, je ne reviens pas sur les premiers jours de mon enfance, au sujet desquelsje vous ai déjà souvent écrit, mais je vous rappelle la nuit où vous me tîntes par la main, avec Mme la marquise de Tourzel, et où nous quittâmes en secret et dans le silence les Tuileries. Vous vous souviendrez, Madame, que je n’ai rien su d’avance de cette fuite; c’est pourquoi je n’ai jamais pu oublier qu’on me mit au lit, ce soir-là, comme de coutume, que je m’endormis, et qu’à une heure insolite je fus réveillé pour ce voyage par notre mère à jamais mémorable. Vous vous rappellerez que ce fut Mme de Tourzel et notre mère qui m’habillèrent. Si cette circonstance n’était pas une preuve suffisante pour vous, Madame, rappelez-vous alors la défense que Mme de Tourzel et notre mère me firent avant de quitter les Tuileries. Cette défense était que nous ne devions parler à personne, et que moi, surtout,je ne devais pas faire le moindre bruit. Ce fut donc silencieusement, Madame, que nous arrivâmes dans un endroit dont j’ai oublié le nom ; et je me souviens très-bien encore que ce fut dans l’obscurité que nous dûmes attendre l’arrivée de notre père, de notre mère et de notre tante. Je sais aussi, en outre, que notre père s’excusait auprès de Mme de Tourzel de sa longue absence, en disant qu’il s’était égaré. Madame, ce fait seul doit vous convaincre que je ne suis « pas du nombre de ceux par lesquels on cherche à vous tromper et à vous éloigner de moi, s’il était possible que vous pussiez encore le moins du monde douter de moi, alors permettez-moi de vous rappeler le jour malheureux où l’on nous conduisit, pour la première fois, dans ce grand « édifice, où vous, moi, notre père, notre mère et notre tante, avec Mme la princesse de Lamballe et Mme de Tourzel, nous fûmes vers le soir enfermés dans la loge grillée où, épuisé de fatigues, je m’endormis sur les genoux de ma mère et ne me réveillai, je crois, que le lendemain, lorsqu’on nous mena dans les tristes prisons. Mais si cela ne suffisait pas pour vous prouver que je suis votre véritable frère, je vais vous rappeler les témoins qui nous ont accompagnés jusqu’à cet édifice, et dont je n’oublierai jamais les noms ; c’étaient le prince de Poix, et le vicomte de Saint-Priest, et M. de Jarjaye. J’ai encore moins oublié le jour où nous fûmes menés au Temple, et je sais fort bien comment notre bon père, ma mère, ma tante, Mme la princesse de Lamballe, Mme de Tourzel, avec Mlle Pauline, nous fûmes tous mis dans la même voiture, pour être conduits à notre nouvelle prison. Vous, Madame, vous vous souviendrez que j’ai fait le trajet jusque là sur les genoux de ma bonne mère, à cause du manque de place. Vous vous souviendrez aussi de Mme Bazire et de Messieurs Chamilly et Hue, qui nous suivirent jusque dans la petite tour. Je vous ai déjà parlé, dans mes lettres précédentes, de notre fidèle Cléry, qui nous rejoignit plus tard, et de bien des choses que vous pouver seule savoir. Vous vous souviendrez peut-être, Madame, de l’objet que Mme la duchesse du Sérent fit parvenir à notre tante, lorsque nous nous trouvâmes dans la grande tour, et qu’elle cacha DANS LE CHAPEAU qu’elle gardait dans sa chambre. Mais si tous ces souvenirs, Madame, ne suffisaient pas pour vous convaincre de mon existence, il n’y a que votre véritable frère qui puisse vous faire la description suivante, c’est-à-dire, celle des appartements de la grande tour, où, en entrant dans la chambre de notre bonne mère, son lit se trouvait placé contre la cloison de bois, à gauche : mais en entrant dans la chambre de notre tante, c’était le contraire. Son lit était à la droite contre la même cloison. La fenêtre de la chambre de notre tante était en face de la porte d’entrée, et donnait sur le jardin du Temple. Je me souviens même très-clairement que, pour nous rendre de la chambre de notre mère dans celle de notre tante, nous devions passer par l’habitation de Tison, que vous connaissez bien. Je n’ai jamais pu oublier non plus l’état de folie dans lequel se trouvait la femme de ce méchant homme. Je vous dis ceci pour ma justification. Puissent mes persécuteurs ne jamais éprouver un sort semblable au mien, car je leur pardonne.

« LOUIS-CHARLES, duc de Normandie. « Spandau, z5 septembre 1818. »

Je mets ces pièces sous vos yeux, m’abstenant de tout commentaire. Je n’en tire, quant à présent, aucune conclusion, me bornant à mentionner qu’il n’a pas été plus répondu à ces deux lettres qu’aux précédentes. Cependant, je le répète, le sort de Naundorff n’a pas changé : aucune persécution n’a été dirigée contre lui. Nul effort n’a été tenté pour mettre un termes aux manœuvres de ce prétendu imposteur, qui fatigue ainsi de ses obsessions et Madame la dauphine et le duc de Berry.

Le Prince avait accompli son devoir; aucun obstacle ne l’empêchait de mettre son projet à exécution et, le 19 novembre 1818, il épousait Mlle Frédérique Einert. Ici se présenta la même difficulté qu’il avait rencontrée pour se faire recevoir bourgeois de Spandau. Il ne pouvait contracter mariage sans produire un acte de naissance : il n’en avait pas. Il ne s’agissait plus, dans cette occasion, d’une ordonnance de police plus ou moins favorable, mais des principes réguliers du droit commun, imposant à chaque citoyen le devoir de justification que ne pouvait fournir ce bourgeois de Spandau.

En 1836, lorsque se sont élevées des discussions ardentes sur la personnalité de Naundorff, on a essayé, d’après des notes de police reconnues mensongères, d’introduire dans le débat un acte de mariage qui aurait constaté que Naundorff s’était .présenté comme le fils de Guillaume Naundorff, né à Weimar. D’après le dit acte, Naundorff aurait déclaré qu’il était veuf d’une première femme, tandis, ajoutaient les notes de police, qu’il vivait avec une concubine.

On ajoutait encore d’autres mensonges… Constatons que l’extrait de l’acte en question ne portait aucune signature et manquait de tout caractère d’authenticité. Il est donc éyident qu’il était apocryphe. J’ai d’autant plus le droit de le dire que je tiens à la main un certificat émané du consul de Prusse à Rotterdam, lequel certificat constate que le mariage du 19 novembre 1818 a été célébré sur un ordre supérieur, et que Naundorff n’a produit. en fait de pièces, que son passeport.

Or, comment expliquer cette violation de la loi? Pourquoi cette intervention de l’autorité prussienne dans les affaires privées de Naundorff ? Pourquoi le prendre constamment par la main pour lui faire franchir ces défilés obscurs que lui crée l’incertitude imposée de sa personnalité? Ce sont là des questions qui, je ie dis sans témérité, resteront sans réponse. On a beaucoup insulté Naundorff, et je comprends qu’on le puisse au milieu des mystères qui l’environnent. La malveillance, l’inimitié, l’erreur, tout est possible; je m’en indigne peu. Je recherche des explications raisonnables, et je demande au ministère public, puisqu’il tient ici la place de l’Intimé, je lui demande de me révéler la cause du singulier privilége dont jouit cet homme, à qui la police prussienne sert de tuteur officiel, ordonnant à l’autorité compétente de célébrer son mariage sur la présentation d’un passeport qu’elle fait bien être un passeport supposé. Ce n’est pas là l’histoire de tout le monde, et dans la situation de Naundorff, s’il est Naundorff, il y a quelque chose de mystérieux et de secret. Si ce secret n’est pas un secret d’État, la police de Prusse a des procédés vraiment incompréhensibles ! Le 31 août 1819, un enfant naît à Naundorff. C’est Mlle Amélie, qui m’assiste à cette barre.

A ce moment encore, Naundorff prend la plume, écrit à la duchesse d’Angoulême pour lui faire connaître la naissance de sa fille, et lui dit ; « Je l’ai appelée Amélie parce que c’est le nom qu’on vous avait donné pour le voyage de Varennes ; vous reconnaîtrez là mon cœur. Personne ne savait, Messieurs, qu’on avait appelé ainsi la duchesse d’Angoulême. Mais je passe, car ce sont là, comme vous le verrez, des choses secondaires. Or, ce ne sont pas des souvenirs que je cherche dans ces lettres. Je les apporte matériellement. Elles ont été écrites, on n’a pas voulu y répondre, et nous retrouvons toujours, dans le cours de cet exposé, la même volonté systématique et le même calcul. Je continue. Fatigué de sa situation, Naundorff veut en sortir.

A la date du 27 mars 1820, il écrit au ministre de Hardenberg, ministre de l’intérieur en Prusse.
« Spandau, le 27 mars 1820.
« Monsieur,

« Vous aurez eu la conviction, d’après les papiers que vous m’avez fait demander, en 1811, par le président de police, M. Le Coq, au nom de votre souverain, que j’ai accompli ma trente-cinquième année. Vous me connaissez et vous n’ignorez pas le nom sous lequel je vis ici. Je suis maintenant père de famille, et j’ai par conséquent l’obligation sacrée de donner à mes enfants au moins mon nom véritable. Le silence que vous avez gardé jusqu’à ce jour me fait présumer que vous êtes aussi au nombre de mes ennemis politiques. Je ne vous demande point la justice en vous priant ; non ! mais je vous somme de me rendre les papiers que vous m’avez pris. Je n’ai nullement l’intention de vouloir troubler la tranquillité de ma patrie. Cependant, à cause de mes enfants, je ne puis plus garder le nom que votre politique m’a imposé. Si vous ne pouvez rien faire pour moi sans le consentement de votre souverain, ou si vous ne voulez pas faire droit à ma juste demande, je vous prie de me faire délivrer un passeport pour Paris, sous mon nom légitime. Dans le cas où vous laisseriez encore cette lettre sans réponse, je trouverai moyen d’aborder le roi, car la vérité n’a personne à craindre.
« CHARLES-LOUIS, duc de Normandie. »
Eh bien! Messieurs, que voulez-vous? c’est peut-être une exagération de logique de ma part ; mais mon étonnement est grand. Comment, dans un pays comme la Prusse, une semblable lettre peut-elle être écrite à un ministre, sans que celui-ci y réponde par un ordre d’emprisonnement contre le grossier personnage qui la lui aurait envoyée ? Est-ce que, en Prusse, les ménagements pour les imposteurs y sont à l’ordre du jour? Est-ce que cette sommation pressante, adressée à un homme comme le prince de Hardenberg n’appellera pas un châtiment sur son téméraire auteur? J’avoue que je ne le comprendrais pas ; et si tout à l’heure le silence de la famille royale me paraissait extraordinaire, celui du ministre me semblerait inadmissible s’il n’avait sa raison d’être.

Or, cette raison je vous l’ai dite assez pour ne pas vous la répéter. Naundorff était en réalité le pensionnaire de la Prusse. C’était la Prusse qui lui avait fait son sort, elle lui avait imposé son passeport et son nom ; c’était elle qui l’avait introduit et le maintenait à Spandau, et cependant sa position devenait difficile. Quelque chose avait transpiré…. et les inquiétudes qui commençaient à l’assaillir le déterminèrent à quitter Spandau…. Il était très-lié avec une honorable famille, celle d’un professeur du nom de Preiss. Un jour, après avoir quitté Spandau pour Brandebourg, il y revint et passa la nuit chez ses amis. Le lendemain, la servante de Mme Preiss entra de bonne heure dans la chambre de l’hôte qui venait de sortir; elle vit sur son lit un médaillon que M. Preiss reconnut. C’était le portrait de Louis XVI !

On le contemplaitavec étonnement, lorsque, revenu précipitamment sur ses pas, comme un homme qui a oublié quelque chose de précieux, Naundorff survint, l’anxiété peinte sur le visage. Il vit son ami Preiss et le médaillon, et alors, fondant en larmes, vaincu par une émotion irrésistible, il s’écria :

« Aussi VRAI QU’IL Y A UN DIEU, CET HOMME EST MON PÈRE! Mais n’en dites jamais rien, ce secret vous perdrait avec moi!  »

Je certifie le fait, car il est attesté par un grand personnage hollandais, qui a eu l’occasion de causer avec Mme Preiss bien des années après ; cette dame le lui a raconté avec les détails les plus circonstanciés. Après cette aventure, et malgré le secret juré par M. Preiss, Naundorff ne fut plus tranquille, sachant un autre que lui dépositaire d’un secret si grave? Une parole imprudente pouvait le découvrir. Brandebourg est à quarante-quatre kilomètres de Berlin. C’est une ville plus importante que Spandau ; il espérait y trouver la sécurité et la paix qu’il recherchait. Mais il fallait, bien entendu, qu’à Brandebourg comme à Spandau, il fût reçu bourgeois. Alors se présenta la même difficulté qu’en 1812 ; en 1822, comme en 1812, voici comment sa demande fut accueillie :

« Sur la requête présentée par l’horloger Nauendorff à Spandau du 19-23 février dernier, Faisons savoir Qu’il n’existe aucun empêchement à ce que sa demande d’être admis au nombre des bourgeois de cette ville et de jouir des priviléges y attachés, appuyée d’un certificat de bonnes mœurs et de bonne conduite, soit accueillie, mais qu’il lui reste encore à verser la somme de huit rixdales pour avance de frais de bourgeoisie. « Brandebourg, le 26 février 1822. »

En effet, il paya huit rixdales, produisit le certificat de bourgeois de Spandau et prêta le serment exigé. Voici le procès-verbal constatant l’accomplissement de ces formalités, et le consacrant bourgeois de Brandebourg. Il espérait enfin jouir d’un peu de tranquillité, mais il s’aperçut bien vite que son incognito était plus apparent que réel, et qu’il était en butte aux défiances ; autour de lui, quelque chose l’avertissait d’un danger prochain.

Bientôt aux soupçons succédèrent les calomnies et les persécutions. Le malheureux ne pouvait cependant prévoir la terrible catastrophe qui le menaçait. Il habitait à Brandebourg une petite maison contiguë au théâtre, ce dernier édifice devint la proie des flammes. La demeure de l’horloger fut abîmée et pillée à cette occasion ; néanmoins on n’hésita pas à le dénoncer comme coupable du crime d’incendie volontaire, mais le peu de fondement de cette accusation fut reconnu, et il n’y fut pas donné suite. Il n’avait évité ce péril que pour tomber dans un plus grand : car, quelques temps après, on vint l’arrêter un matin comme coupable du crime de fabrication de fausse. monnaie. Il resta en prison pendant plus d’un an et ce fut alors que le juge d’instruction de Brandebourg voulut éclaircir le secret de ses antécédents. Il n’avait pas de papiers. Il n’avait que le passeport qui le disait fils de Guillaume Naundorff. Il avait été admis bourgeois de Spandau et de Brandebourg sans acte de naissance; on ne savait pas quelle était son origine; on le pressait de la révéler, il ne le pouvait. Il y avait donc entre l’accusé et le juge une lutte que vous voyez d’ici, le juge lui communiquait des renseignements parvenus de Weimar, qui prouvaient la fausseté des énonciations de son passeport :

« Il résulte d’un écrit du conseil de la ville de Weimar, du 17 décembre 1824, adressé au magistrat de la résidence de Brandebourg, qu’après une recherche minutieuse dans les registres d’églises du pays, le nom de Naundorff n’a pu être trouvé, et que les plus anciennes familles ne se souviennent pas qu’il ait jamais existé à Weimar quelqu’un du nom de Naundorrf…!! »

Ainsi tout l’échafaudage sur lequel reposait l’édifice construit par la main de la police prussienne s’écroulait, et sous le poids de sa ruine accablait le malheureux accusé. Vous vous rappelez, Messieurs, cet extrait d’acte de mariage dont j’ai parlé et où il était question d’une filiation qui aurait rattaché Charles-Guillaume Naundorff à Guillaume Naundorff, propriétaire à Weimar ? Nous avons maintenant la preuve que cette allégation était fausse et qu’il n’y avait jamais eu de Naundorff’ à Weimar. Par conséquent l’accusé était sans origine et sans antécédents. Et comment pouvait-il en être autrement, quand toutes les autorités prussiennes avaient reconnu qu’il était impossible de les déterminer ? Voici, en effet, comment le ministre de l’intérieur, M. de Rochow, s’en expliquait dans une dépêche officielle, envoyée par lui, plus tard, le 13 juillet 1836, au gouvernement français :

« Où ledit Naundorff, avant son arrivée à Berlin, a-t-il résidé? D’où est-il venu ? Quels étaient ses papiers constatant la famille à laquelle il appartient ? Il a été impossible de se procurer des renseignements à cet égard. Aussi les journaux du bureau des étrangers ne contiennent aucune notice sur lui. Cependant le propriétaire chez lequel il a résidé, le tonnelier Stettin, Schützenstrasse, n° 52, semble pouvoir se souvenir que Naundorff avait d’abord logé dans un hôtel. »

Ainsi, vous le voyez, avant 1810, rien! Naundorff arrive à Berlin en 1810 sous un faux nom. Cela est incontestable. Avec un passeport d’emprunt qui ne s’applique ni à sa personne ni à son âge ; qu’était-il avant ? Nul ne le sait. Le juge le presse… Et alors, vaincu par la douleur, comprenant la gravité de sa situation, il s’écrie :
« Je suis prince natif et malheureux sans le mériter; mais ce n’est pas à moi de vous découvrir ce mystère. Si la justice veut en pénétrer les profondeurs, qu’elle s’adresse à Sa Majesté le roi de Prusse, qui a été instruit de ma haute position sociale par le prince de Hardenberg. »

Vous comprenez, Messieurs , quelle dût être la stupéfaction et l’incrédulité de l’honorable magistrat auquel pareille réponse était faite. C’était un personnage d’origine royale qui se présentait devant lui. S’il ne faisait pas connaître ses antécédents, c’est qu’il avait intérêt à les cacher, et quand il soulevait le voile de ce mystère c’était pour laisser entrevoir une origine royale, un blason consacré par la plus haute gloire et la plus grande des infortunes! Allons donc, ce ne pouvait être qu’un imposteur, et c’est en effet comme tel qu’il fut condamné à trois ans de détention dans une forteresse et non pour fabrication de fausse-monnaie, qui n’était que le motif apparent.

La preuve de ce que j’avance, on a pu l’avoir, car le dossier de cette affaire est passé sous les yeux du conseil de l’infortuné père des Appelants, et voici ce qu’il a lu dans les motifs de la condamnation :

« Attendu que, bien que les indices qui s’élèvent contre l’accusé Charles-Guillaume Naundorff ne soient pas suffisants pour le condamner, une condamnation devient nécessaire  dans ce cas, parce qu’il s’est conduit pendant le cours du procès comme un menteur impudent, se disant prince natif, et laissant supposer qu’il appartient à l’auguste famille des Bourbons. »

Mais hélas quels que soient ces motifs, le voilà frappé, noté d’infamie. Il n’aura plus pour asile que la forteresse, d’autres compagnons que des malfaiteurs. Eh bien! ici encore, une surprise nous est réservée : cet homme tombé si bas… accablé par la justice du pays qui lui donne l’hospitalié, il va conquérir les sympathies et enchaîner les convictions de son gardien. Le chef de l’administration de la forteresse était un gouverneur issu d’une ancienne noblesse, portant un nom très respecté, M. le baron de Seckendorff. Ce haut fonctionnaire fait de son prisonnier son ami, et quand celui-ci lui demande plus tard d’attester le jugement qu’il a porté sur sa conduite et sa personne, voici le certificat qui lui est envoyé :

« Je, soussigné, atteste et certifie à tous ceux qu’ il appartiendra que, pendant la durée de mes fonctions d’inspecteur général de la maison de correction sise à Altstad, Brandebourg, j’ai fait la connaissance d’un détenu nommé Naundorff, ci-devant horloger à Brandebourg, lequel, je puis l’assurer, en mon âme et conscienee, se distinguait par une très-bonne conduite;…que pour ma part je me suis convaincu, après les épreuves et les observations les plus minutieuses, que le nommé Naundorff est un homme très honorable, moral, dans tout le sens du mot, un honnête homme.
Crossen, le 23 avril i836. « Signé : BARON DE SECKENDORFF. » 

Ce certificat est bien extraordinaire ! Qu’un prévenu se soit bien conduit, que sa bonne conduite lui ait valu une attestation de son gardien ? bien ! Mais que ce dernier aille jusqu’à dire que ce condamné est le modèle des honnêtes gens, qu’il est d’une moralité et d’une honorabilité irréprochables, c’est là un fait digne de fixer votre attention, d’autant plus qu’après avoir mieux étudié sa situation, et avoir suivi attentivement tous les incidents qui se sont produits, le baron de Seckendorff est devenu l’un des partisans les plus convaincus de la légitimité des réclamations du condamné. Il le lui a écrit dans une nombreuse correspondance que je ne veux pas faire passer sous vos yeux, sauf un fragment de lettre écrite en 1836. Il lui disait :
« …
J’espère que vous comprendrez le motif qui m’empêche d’accorder actuellement à ma plume la liberté de tracer votre rang et vos titres ; bientôt, j’espère, on reconnaîtra leur légitimité ; mon cœur alors en sera rempli de joie… Pendant que les bruits les plus inquiétants se répandaient à Paris sur votre situation,… je chargeai mon fils, « qui était alors secrétaire de poste, et séjournait souvent des semaines entières à l’ambassade de Prusse, à Paris, de tâcher d’employer tous les moyens possibles pour vous entretenir de vive voix, et vous offrir ses services ainsi que les miens…Mon fils s’adressa alors à l’ambassadeur de Prusse lui-même; celui-ci lui montra un long écrit de vous et ajouta qu’il n’y pouvait rien faire, et qu’il n’avait plus entendu parler de vous. Mon fils fut plus tard averti qu’on ne pouvait vous appliquer aucune peine à cause de vos droits positifs… »

Dans cette lettre, Messieurs, se rencontre un épisode tellement curieux, que je demande la permission de vous en entretenir. Cette affaire du duc de Normandie, connue en Allemagne comme en France, et même davantage, était le sujet de conversations officielles, si bien que le baron de Seckendorff, se trouvant à dîner chez un ministre prussien, placé en face de l’ambassadeur de France et du regretté prince d’Orléans, fils de Louis-Philippe, fut amené à en parler, et voici en quels termes il cite cet épisode dans la lettre du 27 mai 1836 :

« Je cherchai à profiter de l’occasion du passage des ducs « d’Orléans et de Nemours, ainsi que de leur suite, pour sonder ce qu’on pensait de vous à la cour de Louis-Pnilippe et quelles dispositions on avait contre vous, pensant que cela pourrait avoir quelque intérêt pour vous. Dans ce but, je me fis présenter et je fus invité à table et placé vis-à-vis de l’ambassadeur français, M. Bresson, et à côté de l’adjudant du duc d’Orléans. Je dirigeai la conversation sur les beaux environs de Crossen, et sur ce que le lieu était devenu célèbre par le séjour d’un Dauphin retrouvé qui y séjourna pendant plusieurs années, et duquel on a souvent fait mention à la Chambre des Députés. L’affaire paraissait toute étrange et sans intérêt à monsieur l’adjudant, mais l’ambassadeur de France répondit : C’est « M. Naundorff, je sais fort bien qu’il a vécu ici comme « horloger ; ensuite il s’informa sur l’avocat, et à la distance où j’étais, je ne pouvais entendre clairement; pensant qu’il « s’informait sur Pezold, je lui dis que celui-ci était mort. « Quoi! s’écria-t-il, il est mort? Je sais pourtant qu’il était ici avec Mme de Survillé, il y a peu de temps. Après avoir « éclairci ce malentendu, l’ambassadeur continua : Naundorff « a été transtéré de Berlin à Spandau à cause de fabrication « de fausse monnaie. Je cherchai à prouver que Naundorff « avait été établi à Spandau pendant plusieurs années, et qu’il y avait toujours passé pour un homme probe ; mais de là qu’il fut transféré en prison par pur soupçon, où j’appris à le connaître avec avantage. Quelque temps après, il fut gracié par le roi. L’ambassadeur dit alors d’un ton railleur à l’adjudant : Ah ! c’est le roi de France. Je répondis alors que ce n’était nullement son but, qu’il se contenterait volontiers de la reconnaissance de son titre et de son rang, ainsi que de la fortune qui lui revenait. La conversation s’arrêta là, et je ne pus trouver aucun moyen de parler davantage sur cette matière sans me rendre suspect. Le duc d’Orléans, qui n’était séparé de l’ambassadeur que par un couvert, a dû entendre la conversation, vu que je parlai à dessein à voix haute ; mais je doute qu’il y portât la moindre attention, sa conversation avec le major Demarche, sur la Landwehr, paraissait trop l’occuper. Je ne cite ce fait qu’afin de bien établir l’opinion dans laquelle les relations du prisonnier et du baron de Seckendorff ont laissé ce dernier ; la conviction de cet honnête homme, basée sur des motifs que je n’ai pas besoin d’énumérer ; et enfin, la publicité des faits, qui était telle qu’on s’en entretenait à la table d’un ministre d’Etat, en présence d’un ambassadeur et d’un prince du sang, de l’héritier présomptif du trône. Telle était donc la situation dans laquelle se trouvait Naundorff à la suite de la condamnation qui l’avait frappé. Envoyé dans une forteresse, il gagne la confiance, l’estime, la sympathie de celui qui était chargé de veiller à sa garde. Et cet homme, ce gouverneur, devient son ami dévoué, son partisan convaincu. C’est dans ces conditions, Messieurs, qu’après avoir subi sa peine, il fut, par suite d’une décision de l’autorité supérieure, envoyé dans le fond de la Silésie, à Crossen.
[L’audience est renvoyée au lendemain 7 février ] 

Glanures

En faisant une recherche sur Karl-Wilhelm Naundorf, voici ce que nous venons de découvrir, grâce à Internet ! Il s’agit de souvenirs de la famille de Cléry dispersés lors d’une licitation, selon un compte rendu publié en mars 1896.

Source 

Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen – 1807

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Vers la résolution de l’énigme Naundorf (5) ? [ MAJ 23 h 00 ]

Commençons par le commencement ! 

En l’état actuel de nos informations et de nos certitudes acquises jusqu’à preuve irréfutable du contraire, la période obscure de la vie de Louis XVII – pour reprendre l’expression de Michel Jaboulay – commence non pas le 3 juillet 1793 au soir – même si à partir de cette date il est permis de mettre en doute la présence de Louis XVII au Temple – mais à partir du 21 août 1793, date de la dernière ordonnance et apparemment – tout au moins semble-t-il – de la dernière visite du Dr Thierry de Bussy ! 

Nous sommes donc en droit de considérer que tout ce que Michel Jaboulay a écrit pour la période du 3 juillet 1793 à la première apparition publique certaine de Karl-Willhelm Naundorf à Berlin en novembre 1809 est ERRONE !  

Nous étudierons plus tard ce qu’il y aurait éventuellement lieu de retenir dans l’argumentation de Michel Jaboulay, pour repartir à la recherche de Louis XVII, s’il est vrai que Naundorf n’a pu être le meilleur leurre de Louis XVII, exfiltré du Temple, qui ait existé que parce qu’il a été un vrai leurre, possédant toutes les caractéristiques habituelles du leurre, telles qu’on peut les connaître en matière aéronautique militaire par exemple !  

 » Or le prince termine au printemps 1808 sa formation militaire.Ses découvertes futures dans le domaine des explosifs et des armes à feu témoignent de la science acquise pendant cette formation. Durant plus d’un an, on se préoccupe de lui apprendre à se conduire dans le monde au milieu duquel il devra bientôt vivre et, aussi, de le mettre au courant des événements politiques survenus depuis des années, dont il n’a eu certainement jusqu’alors qu’un écho lointain. On l’achemine ensuite par petites étapes vers la Saxe pour être officiellement reconnu par la famille royale (sa grand-mère était née princesse Marie Josèphe de Saxe).
La guerre a repris lorsque, le 8 avril 1809, l’Autriche a envahi la Bavière. Plusieurs mouvements de résistance armés se manifestent en territoire allemand d’avril à fin juillet 1809. Durant ce temps, Napoléon s’est installé depuis le 10 mai à Schönbrunn, où il a fait venir Marie Walewska avec laquelle il vit maritalement.
Fouché élimine les derniers compagnons de Louis et le confie aux services spéciaux prussiens, vassalisés à cette époque.

Mais, Napoléon apprend fin septembre 1809 que Marie Walewska est enceinte de ses œuvres : Alexandre Walewsky naîtra le 4 mai 1810. Il est clair désormais que l’empereur ne se contentera plus d’un enfant adopté mais qu’il imposera un héritier de sa chair.
Louis Charles est donc éliminé de la course au trône impérial : c’est le glas des ambitions de Fouché qui l’abandonne définitivement à la Prusse où il arrive à Berlin en novembre 1809. » [ Michel Jaboulay ]

 Si nous avons mis certains extraits de phrase en vert, c’est parce qu’ils nous semblent a priori parfaitement compatibles avec l’argumentation de Renée Lescaroux, ou tout au moins convergents ! 

Nous procèderons de la même manière à l’avenir pour chaque élément de démonstration examiné, en utilisant par contre la couleur rouge pour tout ce qui peut être en contradiction radicale, avant de présenter nos propres conclusions que nous mettrons en valeur grâce à la couleur bleue. 

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Renée Lescaroux a écrit : 

Le 12 avril 1780 est né à Altenburg (à environ 60 km de Naundorf) Christian Heinrich Naundorf (sans la particule) bâtard du comte Gottlob von Naundorf, seigneur de Naundorf et Kassen ( 1752-1819). La mère qui était originaire de Halle mais totalement inconnue, s’appelait Suzanne Hopf.

Christian Heinrich serait décédé à Halle ( à 15 km de Naundorf) le 14 août 1781. …/…. Dans toutes les biographies de Naundorf il est indiqué qu’il est né à Halle et qu’il est un sujet prussien. Cela est faux.

… /… Naundorf est né avant 1800 en plus à Altenburg. La police a profité du rattachement de la province Saxe-Anhalt pour falsifier l’origine de Naundorf. …

La police de Berlin prise en main par un groupe occultiste dépendant de l’agence politique prussienne a changé les prénoms du bâtard mais pas son nom de famille car celui-ci pouvait avoir un intérêt pour les conspirateurs. … /… 

J’ai appris par une source allemande que notre Naundorf parlait couramment le « Rothwelsch », un argot incompréhensible pour les gens honnêtes et dont l’apprentissage demande de longues années. … /… 

Manteyer en 1909 a étudié la vie du soldat Werg ainsi que toutes les inventions des uns et des autres sur Naundorf chez les galériens. Une de mes sources allemandes dit d’ailleurs que la recherche de Manteyer est très incomplète. …/…  Il est certain que son enquête a dû être entravée de tous les côtés et ce qu’il a rapporté en France représente seulement la partie officielle autorisée par le gouvernement prussien. Car confier à Manteyer la vérité sur le scandale Naundorf aurait provoqué un tsunami politique à un moment où il y avait déjà des tensions importantes entre le Reich et la France.

…/…  Tout ce qui concerne Berlin et notre bâtard Naundorf à été très souvent attribué à Werg, cela est faux mais fait partie du complot.

Les déclarations du bâtard Naundorf devant le Tribunal de Brandebourg sont justes pour le prénom de son père, Gottlob, pour son origine noble quoique bâtard et pour sa naissance dans la région de Weimar car il est né à Altenburg. …/… Tout le monde jure que Naundorf n’est pas né à Weimar mais il peut s’agir d’une intoxication de la part de la police ou d’une erreur de traduction : « né à » ou « né près de » ou « né dans les environs ». …/…

Mais une autre déclaration devant le Tribunal de Brandebourg mérite notre attention : en effet, lors des débats, Naundorf propose de livrer les noms des membres d’une bande de criminels en échange de son élargissement. Ce n’est qu’en vivant dans une ou plusieurs bandes de voleurs que Naundorf a pu apprendre si bien le « Rothwelsch » ainsi que les noms des membres de ces bandes, leurs adresses officielles et leurs habitudes. …/…

En 1808 le bâtard Naundorf est vu à Berlin.

Les informations au sujet de Monsieur Le Coq sont réelles. Mais Mr Le Coq ne faisait rien d’autre que d’exécuter les instructions des ministres Stein et Hardenberg dans le cadre du mouvement patriotique. Il s’installe à Spandau chez la veuve d’un horloger, Madame Sonnenfeld. Il a été conduit chez elle dans une voiture et il avait sur lui une importante somme d’or dont la provenance est restée inconnue.Plus tard il s’avérera que ces thalers de Frédéric II était de fausses pièces d’or. A Spandau il fait des vocalises à l’église protestante car il a pu devenir membre du chœur et il participe à des cours de théâtre. Je pense que les cours de théâtre ont été un immense avantage pour sa mythomanie extraordinaire.

Grâce à Madame Sonnenfeld il a donc un local professionnel ou il vend des horloges en bois venant de la Forêt Noire. …/… 

Naundorf était également un habile bricoleur qui se débrouillait très bien avec les pendules, les serrures, les clefs et tout ce qui était métal . 

…/…

En 1806 l’armée de Napoléon entre à Berlin. …/… . En 1808, le major von Schill qui avait formé dès 1806 un corps franc pour lutter contre l’occupation française, principalement en Poméranie où il avait réussi à dégager la ville de Kolberg, entre à Berlin pour prendre le commandement d’une troupe de 700 hussards . …/…

Le séjour en Prusse de Naundorf reste très embrouillé car l’ensemble de ses souvenirs est sans preuve et une grande partie des déclarations devant les tribunaux sont des plus extravagantes. Naundorf était mythomane, influençable, prêt à dicter des souvenirs intéressants mais sans queue ni tête, certainement entre les mains des sectes, peut-être traité par hypnose ou un traitement du même genre comme le baquet de Messmer, le magnétisme et n’importe quoi encore. 

…/…

En effet, Hardenberg, Haugwitz et Stein connaissaient tous les trois la très ancienne famille Naundorf et Stein descendait d’une famille de petite noblesse intimement liée aux Naundorf. Pour les trois ministres impliqués ce qui comptait était la vengeance contre la France.

…/…

Toute la documentation a été créée par l’Agence politique prussienne depuis le début, c’est à dire depuis l’époque où on a publié dans les journaux que le fils de Louis XVI vivait en Silésie. Tout le reste est à l’avenant. Bientôt nous allons voir entrer sur le théâtre de la vie de Naundorf Monsieur Pezold qui était un drôle de personnage.

Pendant le procès de Brandebourg en 1825 Naundorf avait déclaré être un Bourbon de France, émigré en Prusse avec son père, assassiné depuis mais sans pouvoir préciser la lignée de ces Bourbon. …/… 

Toutes les déclarations de Naundorf avaient été notées par Monsieur von Rönne, avocat stagiaire et greffier. Condamné à plusieurs années de prison Naundorf a été incarcéré dans la prison de Brandebourg qui était une sorte de maison de redressement. Le directeur s’appelait le baron von Seckendorf, d’aussi vieille noblesse que les Naundorf. Comme chez nous, la vieille noblesse se connaît et souvent se fréquente. Mais il y a mieux. Notre Seckendorf directeur de la prison de Brandebourg était un proche descendant de Friedrich Heinrich von Seckendorf, célèbre militaire autrichien qui a bataillé pour l’Autriche sous le Prince Eugène. En 1724 Friedrich Heinrich von Seckendorf s’est fait construire à Altenburg un palais de Ville. 

Alors notre Seckendorf de la prison avait sans doute reçu des informations et des instructions au sujet du faux Bourbon .Naundorf a été très bien traité, on lui a confié toutes les pendules de la prison pour les régler et il a aussi été chargé de réparer les serrures de l’institution. …/… Quelques mois avant la fin de sa peine Seckendorf a obtenu sa sortie de prison avec en prime un diplôme certifiant qu’il avait appris l’horlogerie dans la prison. Mais pas question de retrouver sa liberté. Il a été assigné à résidence à Crossen en Silésie et le commissaire Pezold qui était aussi notaire et avait aussi une situation dans la police a été chargé de sa surveillance. Mais Naundorf a souvent eu à faire à la police car il s’absentait souvent de Crossen sans autorisation.

Il est évident que Pezold qui a noté un grand nombre de « souvenirs » de Naundorf n’a pas agi par sympathie mais sur instruction. A partir de la maison de redressement de Brandebourg et le séjour forcé et surveillé à Crossen, Naundorf était en formation professionnelle pour devenir roi de France.

C’est à Crossen que Naundorf a découvert qu’il était Louis XVII.

… Pezold a immédiatement écrit au tribunal de Brandenbourg pour demander la communication du dossier de Naundorf auquel était attaché la « Confession de Brandebourg » comme pièce annexe. Pezold a lu cette confession et ensemble avec Naundorf il a détruit la pièce annexe avant de renvoyer le dossier.

Ensuite Pezold a écrit le « récit de Crossen » dicté par Naundorf. Cela a représenté un travail considérable car Naundorf n’arrêtait jamais de dicter les plus grande folies et invraisemblances en tout genre. Pezold a coupé, rectifié et remanié de son mieux et a peut-être utilisé des publications très fréquentes à l’époque à Berlin ou de la documentation envoyée par ses supérieurs pour soutenir un peu l’embrouillamini de Naundorf concernant les événements en France pendant l’époque de la Révolution. Une fois ces souvenirs à peu près au point tous les deux avaient décidé de faire imprimer l’écrit. Pour cela il fallait l’autorisation du gouvernement de Prusse. Pezold a déposé l’écrit mais l’autorisation de publier a été refusée ! On peut en déduire que le début en Prusse de l’affaire Naundorf a été plutôt bien vu par le gouvernement mais que l’écrit, avec toutes les revendications du faux Louis XVII, pouvait provoquer un tollé sur le plan international ce que la Prusse voulait absolument éviter sachant pertinemment et ayant les preuves que le pseudo fils de Louis XVI n’était qu’un bâtard Naundorf. Vers 1880 environ von Rönne a dit à un enquêteur : « Naundorf est allemand – son secret se trouve en Allemagne. »D’ailleurs à Crossen, Naundorf avait obtenu le droit de bourgeoisie ce qui était totalement illégal compte tenu de sa condamnation à Brandebourg lui infligeant la perte de ses droits civiques pour 10 ans.

Mais pour Naundorf et Pezold il fallait bien faire entrer dans la tête des gens que Naundorf était évidemment Louis XVII et ses descendants les dignes représentants de la famille royale assassinée. D’ailleurs en 1825, après avoir été condamné à trois ans de prison, et quand il déclare être Ludewig Burbong Prince né à Paris tout le monde savait que les princes de la maison de Bourbon venaient au monde à Versailles. Mais c’est sans doute à Crossen que Pezold, sans doute sur instructions supérieures, l’a aiguillé dans cette nouvelle direction.

Pezold a également indiqué que Naundorf était quasiment illettré. …/…

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MAJ 23 h 00

Suite à l’autorisation de publication reçue du CERPI, nous croyons opportun de compléter ce que nous avons repris des écrits de Michel Jaboulay et de Renée Lescaroux, par l’analyse de Sylviane P. correspondante pour la France du CERPI, tout au moins pour ce qui concerne la période dite obscure de 1793 à la première apparition publique de  » Naundorf-Louis XVII  » !

In fine on trouvera l’évocation des résultats des travaux du Pr Gérard Lucotte, à l’origine de notre demande d’autorisation de publication à l’administrateur d’un site dont nous ignorions l’existence jusu’à ce jour et avec qui nous partageons – semble-t-il – la même préoccupation :

L’énigme Naundorf est un mystère qu’il nous faut comprendre et expliquer, car nous avons l’intime conviction que sa résolution peut nous faire faire un progrès considérable vers la découverte de la vérité sur le destin de Louis XVII ; et l’objectif que nous proposons à tous ceux qui pourraient être interessés pour un motif ou un autre est de faire annuler, avant le 17 juillet 2029, l’acte de décès à l’Etat Civil de Paris du 24 prairial an III de Louis Charles Capet ! Si, grâce à la puissance des moteurs de recherche sur Internet, le CERPI souhaite s’associer à nos recherches d’une manière ou d’une autre, c’est très volontiers que nous accueillerons les résultats de ses travaux, que nous soumettrons bien sûr aux règles habituelles de la critique historique.      

Sylviane P a écrit : 

 » Selon Georges de Manteyer, spécialiste de l’affaire « Naundorff », il pourrait s’agir de Karl-Benjamin Werg, né à Halle en 1777.  Peu avant 1800, Werg déserta, abandonnant sa compagne, Christiana Hessert, et leurs deux enfants.  Quelques années plus tard, vers 1810, on retrouve la trace de Christiana Hessert à Berlin. Elle vit avec un horloger du nom de Naundorff.  Christiana Hessert décède en 1818 et, la même année, Naundorff épouse Johanna Einert.  L’acte de mariage indique qu’il avait alors 43 ans.  Il serait donc né en 1775 (et non en 1777 comme Karl-Benjamin Werg ou en 1785 comme Louis XVII).  Or, en 1775, est né à Halle Johann Wilhelm Naundorff, mort prématurément en 1781.  Bref, il existe de troublantes similitudes entre Naundorff et Werg.  Tous deux natifs de Halle.  L’un se prénomme Karl-Benjamin et l’autre Johann-Wilhelm.  Werg disparait vers 1800 et Naundorff ressuscite vers 1810.  Il partage alors sa vie avec l’ex-compagne de Werg.  Enfin, le fils ainé de Werg et Christiana Hessert, Karl-Christian, séjourna chez Naundorff et Johanna Einert en 1819.  Werg, le déserteur, a-t-il choisi d’emprunter le nom d’un enfant mort en bas âge, Naundorff, afin de refaire sa vie à Berlin avec sa compagne et ses enfants ?

…/…

L’horloger aurait cherché à se faire connaitre dès 1816 en envoyant à Louis XVIII un émissaire du nom de Marassin mais il le trahit en se faisant passer lui-même pour le Dauphin.  Il aurait alors envoyé un messager plaider sa cause auprès du Pape Grégoire XVI.

C’est la « gazette de Leipzig » du 16 août 1831 qui, la première, divulgue l’information : Le fils de Louis XVI vivrait à Crossen et répondrait au nom de Karl-Wilhelm Naundorff !   Douze jours plus tard, la nouvelle est relayée par le « Constitutionnel ».  L’article précise le nom du fondé de pouvoir de Naundorff, le Commissaire Pezold.

…/…

Une récente étude a été menée par le Professeur Gérard Lucotte afin de comparer les marqueurs du chromosome Y de Hugues de Bourbon, descendant de Naundorff, et ceux de la famille royale.  Des concordances ont été mises en évidence mais mériteraient d’être confirmées par de nouveaux prélèvements sur la dépouille de l’horloger.  L’actuel avocat de la famille, Maître Collard, laisse entendre à la presse que l’affaire « Naundorff » n’est pas terminée.

À noter : Évidement, la rédaction des articles sur « l’affaire Louis XVII » nécessita des recherches. Notamment sur internet (Wikipedia et autres sites) et via les travaux de Pierre Sipriot, Philippe Conrad, Paul-Éric Blanrue, etc…

===============  …/… A suivre …/… ================

PS : nous profitons de ce message pour informer nos lecteurs que DPF Chiré nous a avisé ce matin avoir retrouvé en magasin quelques exemplaires de notre livre, qui étaient restés sur une étagère, lors des Journées Chouannes 2016 ; si d’aventure, l’un ou l’autre des visiteurs du salon des 3 et 4 septembre 2016, à qui nous n’avons pas pu dédicacer notre livre, nous lisait, il leur est donc possible de le commander à DPF sans avoir à attendre sa réédition.

Vers la résolution de l'énigme Naundorf ? (2)

Chers amis, 

Eloigné de notre poste de travail, durant plusieurs jours de la semaine dernière, nous nous proposons d’étudier la passionnante analyse de Mme Renée Lescaroux, en utilisant les outils accessibles à nos compétences grâce à Internet, et selon les règles habituelles de notre heuristique ! 

Comme nous l’avons écrit dans l’un de ces 3 Comments »  ,  » Etant incapable de lire les textes en gothique allemand du XVIII ème siècle –  dont [ nous ne disposons ]  d’ailleurs pas – [ nous  n’interviendrons pas  ] dans le débat qui échappe totalement à [ nos ]  compétences.  » et sans préjuger du jugement qui sera porté par l’Université, il nous est loisible, par contre d’intervenir dans la confrontation directe entre la thèse de Mme Renée Lescaroux et la thèse naundorfiste en général, en rapprochant chaque argument de l’une et des autres ! 

Nos plus anciens lecteurs savent en outre combien nous sommes redevable à notre très regretté ami Michel Jaboulay de la pertinence de ses analyses sur le dossier clef des PV des 6 et 7 octobre 1793,  et à l’oeuvre de Jean-Pascal Romain Louis XVII Roi de Thermidor !

De même que nous avons utilisé son argumentation pour construire notre livre Louis XVII Autopsie d’une fausse vérité, nous nous proposons aujourd’hui de valider ce qui peut désormais apparaître comme étant irréfutable, ou au contraire de rejeter, élément par élément, ce qui ne peut plus être accepté dans la théorie naundorfiste, dont nous avons rejeté définitivement la conclusion dans la dernière édition de notre livre, actuellement épuisée !

Pour ce faire, nous allons nous appuyer tout simplement sur la dernière version connue, développée par Michel Jaboulay, à laquelle nous allons confronter les résultats des recherches de Mme Renée Lescaroux ! 

http://musee.louis.xvii.online.fr/sommaire.htm

12- La sortie du Temple le 3 juillet 1793 : l’enfant arraché à sa mère

13- Berlin et Spandau : la sortie de l’ombre

14- Brandebourg : le début des persécutions

15- Le bourgeois de Crossen : une lueur dans la ténèbre

C’est ainsi que nous reprendrons, ligne après ligne, tout ce qui a été écrit dans les chapitres ci-dessus, publiés sur le site du Musée Louis XVII, et concernant exclusivement la vie de celui qui y est appelé «  Louis XVII-Naundorf « . 

En effet, au risque de chagriner fortement un ami précieux, dont nous n’avons malheureusment plus de nouvelles depuis longtemps, nous avons toujours justifié notre étude de l’énigme Naundorf, au motif que sa résolution nous rapprocherait de la connaissance de la vérité sur le destin de Louis XVII.

Grâce aux travaux du Professeur Gérard Lucotte et de Mme Renée Lescaroux, l’heure est peut-être très proche de faire un très important et significatif progrès en ce sens !

C’est l’enjeu du débat que nous ouvrons ici, et qu’autorise cet outil providentiel pour nous qu’est Internet ! A noter qu’à la lumière de nos conclusions, qui constitueront peut-être un lien inédit avec notre modèle de l’exfilration de Louis XVII du Temple, nous élargirons ensuite le débat à d’autres dossiers étroitement liés à l’énigme Naundorf et qui nous tiennent à coeur ! 

Vers la résolution de l'énigme Naundorf ?

Voici les résultats de plusieurs années de recherches de Mme Renée Lescaroux, membre du CEHQL17, qui nous fait l’immense honneur de les proposer à votre réflexion, avant la prochaine réunion du CEHQL17 prévue pour le 8 octobre, à laquelle nous vous invitons instamment à participer.

Peut-être aurez-vous l’opportunité d’échanger avec l’auteur et pourrez-vous lui poser toutes les questions qui vont surgir dans votre esprit à la lecture des lignes qui suivent. 

Bonne lecture à tous.

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L’affaire Naundorf et les sectes occultistes 

par Renée Lescaroux

L’affaire Naundorf est en même temps un complot contre la France, une imposture et une escroquerie qui dure depuis le début du 19ème siècle.

Il s’agit d’un complot parce que des ministres de Prusse sont impliqués depuis son commencement, vers 1808 environ et que l’implication de la Prusse a duré au moins jusqu’à la guerre de 1914 à 1918 . Il s’agit du début du mouvement patriotique qui prend son plus grand essor à partir de 1813 et qui demandera sans discontinuer la vengeance contre la France à la suite des guerres de Napoléon. Les ministres sont Stein et Hardenberg, illuminés convaincus, Hardenberg plutôt dans la manière des lumières et Stein plus ancien régime prussien.

Il s’agit aussi d’une imposture car ce mot convient pour l’action d’une personne qui veut à tout prix passer pour quelqu’un d’autre. C’est d’ailleurs une imposture non seulement de la part de Karl Wilhelm Naundorf mais aussi de ses descendants qui s’opiniâtrent jusqu’à maintenant. Naundorf a eu souvent maille à partir avec la police laquelle, sur instigation occulte de l’agence politique prussienne, l’a appelé à jouer le rôle que nous allons le voir interpréter.

L’imposture sans aucune gêne apparaît encore quand Edmond de Bourbon dans les années 50 à Chateauroux racontait à qui voulait l’entendre qu’il faisait partie de la famille de Bourbon. Tout près de Chateauroux il y a à Lignières un château qui appartient aux Bourbon-Parme. A l’époque, ensemble avec les La Rochefoucauld de Pellevoisin, ils avaient intenté un procès à Edmond, descendant de Naundorf, procès que Edmond a perdu. Il a aussi protesté contre les examens prévus au cimetière Sainte Marguerite par Monsieur Hamann en 1992 sous prétexte qu’il s’agissait d’une affaire de famille.

Escroquerie sans aucun doute car Naundorf a intenté un procès à sa « sœur » qui n’est absolument pas sa sœur pour entrer en possession de la fortune de la famille de France. Il croyait d’ailleurs que cette fortune était immense, or pendant le séjour de la Duchesse d’Angoulême avec sa famille à Prague, les revenus annuels de la Famille Royale ne dépassaient pas 200.000 frs pour environ 15 personnes. Ce qui prouve d’ailleurs que les renseignements de l’agence politique prussienne n’étaient pas toujours à jour.

La solution de l’affaire Naundorf repose principalement sur les travaux de Monsieur le Professeur Gérard Lucotte, éminent généticien, mondialement reconnu mais souvent copieusement insulté en France à cause de ses travaux sur les races.

[ Voir : ADNmt de Louis XVII et de Naundorff – Résultats des recherches du Pr Gérard Lucotte ] 

Sans la connaissance de l’ADN des Bourbons anciens, obtenu par ce spécialiste de l’ADN ancien, avec une fourchette assez large pour l’époque à laquelle ces Bourbons ont vécu, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de faire mes premières investigations dans le livre de 700 pages de notre célèbre médiéviste Sylvain Gouguenheim concernant les Chevaliers Teutoniques.

Mais la solution repose également sur la disparition, au bout de 70 ans, du système soviétique avec son rideau de fer autour des pays de l’Est grâce au pape Jean-Paul II en 1979 et la destruction du mur de Berlin dix ans plus tard. Je dis 70 ans car le personnel communiste est encore resté en place pendant longtemps et tous les chercheurs en histoire étaient considérés comme des espions. D’ailleurs nous avons déjà vu le même problème il y a peu au sujet de la Comtesse des Ténèbres. Ce qui a fait que l’absence de documentation allemande a induit en France un délire hystérique collectif en faveur de Naundorf ainsi que pour la Comtesse des Ténèbres malgré quelques tentatives de plusieurs professeurs de la Sorbonne qui ont tout simplement été ignorées par les chercheurs plus au moins « naundorfistes » et plus au moins diplômés, plutôt moins que plus.

Le dernier descendant de Naundorf, Hugues de Bourbon, a bien voulu se soumettre aux investigations du professeur. Ce dernier a obtenu pour Hugues de Bourbon un ADN de la famille des Bourbons anciens ayant vécu entre 1300 et 1400. Il s’agit de Robert, comte de Clermont et de ses descendants jusqu’à Louis II de Bourbon environ.

Dans un forum récent un internaute pose la question suivante : comment un quidam prussien aurait-il par le plus extraordinaire un patrimoine génétique affilié à la maison de Bourbon tout en se prétendant fils de Louis XVI?

Pour répondre à cette interrogation il faut d’abord poser des questions : commençons par Naundorf pour savoir qui il était et d’où il sortait.

source 

La famille von Naundorf fait partie de la noblesse antique (Uradel) de la région de Saxe et de Thuringe. L’orthographe de leur nom est variable. Au moyen âge nous trouvons « Navendorf », plus tard « Nauendorf » ou « Naundorff ». Cette famille est mentionnée dans les chartes depuis 1121 avec son nom de famille, avec le nom du village de Naundorf et le manoir féodal. De nos jours le nom de la famille subsiste ainsi que le nom du village actuellement intégré dans une autre ville, le manoir a été détruit par les Suédois en grande partie pendant la guerre de trente ans et les Russes ont sans doute achevé les restes qui ont été démolis en 1948 car Naundorf n’est pas très loin de Dresde et tout le monde sait ce qui est arrivé dans cette région. En tout cas l’ensemble du village, les terres et le manoir appartenaient aux Naundorf depuis toujours.

En 1197 il est question de Heinricus von Naundorf. La généalogie sans interruption commence avec Christophe von Nauendorf vers 1380. A différentes époques entre 1314 et 1380 nous trouvons d’abord Dietrich von Naundorf pour la première date sur une charte, Eberhard von Naundorf en 1331 et en 1340. La lignée continue au 15ème et au 16ème siècle, différents membres s’installent au cours du temps en Saxe, en Thuringe, en Prusse et en Autriche, mais il y a toujours un membre de la lignée la plus ancienne à Naundorf avec le titre de comte.

Le 12 avril 1780 est né à Altenburg (à environ 60 km de Naundorf) Christian Heinrich Naundorf (sans la particule) bâtard du comte Gottlob von Naundorf, seigneur de Naundorf et Kassen ( 1752-1819). La mère qui était originaire de Halle mais totalement inconnue, s’appelait Suzanne Hopf. Christian Heinrich serait décédé à Halle ( à 15 km de Naundorf) le 14 août 1781. La ville de Halle et la petite ville de Altenburg étaient en Saxe. En 1817 , Halle a été donné à la Prusse à la suite d’une rectification de frontières qui avaient été chamboulées par Napoléon et Altenburg est restée en Saxe. Dans toutes les biographies de Naundorf il est indiqué qu’il est né à Halle et qu’il est un sujet prussien. Cela est faux.

Veuillot, auteur de la fin du 19ème siècle, prétend que Naundorf était un juif prussien. Prussien en aucun cas car nous venons de voir qu’il était saxon, même si la région de Halle dans le Saxe-Anhalt a été donné au royaume de Prusse à partir de 1817 ; Naundorf est né avant 1800 en plus à Altenburg. La police a profité du rattachement de la province Saxe-Anhalt pour falsifier l’origine de Naundorf. A Halle même et dans les environs il y avait depuis presque toujours des juifs qui s’occupaient du commerce car les habitants de ces régions agricoles étaient eux-mêmes incapables d’assurer la vente de leurs produits. Il est aussi arrivé que les juifs fussent interdits de séjour. Dans ce cas tout ce petit monde partait à Berlin et revenait quand les tensions étaient calmées. Naundorf a fréquenté certainement des juifs, l’histoire de la fausse monnaie est une piste, mais il y a d’autres pistes que nous examinerons plus tard, notamment l’origine de l’argot des voleurs qu’il parlait couramment.

Le fils d’un petit bourgeois de Halle cordonnier de son métier, né dans la paroisse de Saint-Georges in Glauca le 15 janvier 1775, qui s’appelait Christian Heinrich Naundorf est décédé le 14 août 1781 à Halle et son identité a été utilisée d’abord par le déserteur Werg et ensuite dans le cours du complot afin de couper toute piste concernant d’une part la disparition d’un déserteur et embrouiller d’autre part la naissance et la vie du bâtard Naundorf, fils de Gottlob von Naundorf. Dans les textes français on dit souvent que Christian Heinrich Naundorf « est mort » en 1781 mais dans les textes allemand on dit « serait mort » Et on change aussi parfois la date de 1781 en 1788, voire en 1817.

La police de Berlin pris en main par un groupe occultiste dépendant de l’agence politique prussienne a changé les prénoms du bâtard mais pas son nom de famille car celui-ci pouvait avoir un intérêt pour les conspirateurs. Des participants au complot étaient soit originaires de Halle à 15 km de Naundorf, soit liés dans l’ancien temps à la famille Naundorf, soit se trouvaient dans un groupe de commerçants ambulants juifs acceptant également quelques chrétiens ou des gens sans aucune religion. Ces groupes de commerçants faisaient des affaires le jour, repéraient des occasions de vol dans la journée et procédaient au vol pendant la nuit, loin de leur domicile officiel ou ils avaient généralement bonne réputation. J’ai appris par une source allemande que notre Naundorf parlait couramment le « Rothwelsch », un argot incompréhensible pour les gens honnêtes et dont l’apprentissage demande de longues années. Le vocabulaire Rothwelsch est d’origine hébraïque mais la structure de l’argot est germanique. Les juifs entre eux utilisaient aussi un autre argot qui était une sorte de yiddish avec des mots déformés. Pour apprendre le « rothwelch » il faut au moins 10 ans de pratique et une intense fréquentation des bandes qui utilisent cette façon de parler nous informe un haut fonctionnaire de la police prussienne qui a édité en 1842 un volume de 350 pages (dont 150 pour le dictionnaire en fin de volume) que le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV lui avait commandé. Le Roi qui venait de monter sur le trône en 1840 voulait donner à sa police la possibilité de détruire les bandes d’escrocs qui sévissaient, surtout depuis l’époque de l’occupation française, non seulement en Prusse mais aussi en Saxe, en Poznanie toute proche, avec des facilités de repli en Pologne. La même bande a cambriolé deux fois en 10 ans l’université de Berlin qui avait beaucoup d’argent dans la caisse quelques jours avant de payer les professeurs et les employés.

Manteyer en 1909 a étudié la vie du soldat Werg ainsi que toutes les inventions des uns et des autres sur Naundorf chez les galériens. Une de mes sources allemandes dit d’ailleurs que la recherche de Manteyer est très incomplète. Georges de Manteyer était un de nos plus célèbres chartistes, spécialiste médiéval, passionné par la Provence d’où il était originaire et diplomate à ses heures. Il était très ami avec Zita de Bourbon-Parme et ses deux frères. Nous verrons plus tard le remue-ménage organisé par Otto Friedrichs pour mettre sur le trône de France un Naundorf. Le Duc de Parme et son frère avaient chargé leur ami Manteyer en 1908 d’aller à Berlin pour enquêter sur les origines de la famille Naundorf. Il est certain que son enquête a due être entravée de tous les côtés et ce qu’il a rapporté en France représente seulement la partie officielle autorisée par le gouvernement prussien. Car confier à Manteyer la vérité sur le scandale Naundorf aurait provoqué un tsunami politique à un moment où il y avait déjà des tensions importantes entre le Reich et la France.

Werg était né à Halle en 1777 dans une famille de la petite bourgeoisie commerçante. En 1796 il s’engagea dans un régiment du prince d’Anhalt-Bernburg et il déserta en 1799 ; que fit Werg entre 1799 et 1810 ? il changea de nom et prit celui de Karl Wilhelm Naundorf, les Naundorf étant nombreux dans les régions de Prusse, Saxe, etc. Parfois il disait aussi que son nom était Carl Benjamin Naundorf. Après avoir vagabondé en Westphalie et en Saxe il sera à Berlin en 1810 . Werk étant déserteur n’avait pas de papier d’identité et a été perdu de vue après quelques années à Berlin. Tout ce qui concerne Berlin et notre bâtard Naundorf à été très souvent attribué à Werg, cela est faux mais fait partie du complot.

Les déclarations du bâtard Naundorf devant le Tribunal de Brandebourg sont justes pour le prénom de son père, Gottlob, pour son origine noble quoique bâtard et pour sa naissance dans la région de Weimar car il est né à Altenburg. Cette petite ville où il y avait autrefois une commanderie des chevaliers teutoniques dont un des commandeurs était un Naundorf faisait partie du Duché de Saxe-Weimar-Altenburg. A Altenburg même il y avait d’ailleurs un Naundorf au service de la Saxe qui encaissait les impôts. Tout le monde jure que Naundorf n’est pas né à Weimar mais il peut s’agir d’une intoxication de la part de la police ou d’une erreur de traduction : « né à » ou « né près de » ou « né dans les environs ». Un traducteur à l’époque de Louis-Philippe a utilisé le terme : »auprès de Weimar ». Le Duché était aussi très petit après de multiples partages entre les héritiers et il n’était sans doute pas facile de distinguer entre la ville, le château, le parc et la campagne environnante et il ne faut pas non plus oublier que Werg-Naundorf a parfois déclaré qu’il était de Weimar.

Mais une autre déclaration devant le Tribunal de Brandebourg mérite notre attention : en effet, lors des débats, Naundorf propose de livrer les noms des membres d’une bande de criminels en échange de son élargissement. Ce n’est qu’en vivant dans une ou plusieurs bandes de voleurs que Naundorf a pu apprendre si bien le « Rothwelsch » ainsi que les noms des membres de ces bandes, leurs adresses officielles et leurs habitudes. En effet, un vol de numéraire est immédiatement partagé peu après entre tous les membres de la bande. Les marchandises éventuelles sont transportés dans une carriole le plus loin possible, voire en traversant une frontière, et vendu à vil prix sur un marché.

En 1808 le bâtard Naundorf est vu à Berlin. Les informations au sujet de Monsieur Le Coq sont réels. Mais Mr Le Coq ne faisait rien d’autre que d’exécuter les instructions des ministres Stein et Hardenberg dans le cadre du mouvement patriotique. Il s’installe à Spandau chez la veuve d’un horloger, Madame Sonnenfeld. Il a été conduit chez elle dans une voiture et il avait sur lui une importante somme d’or dont la provenance est restée inconnue. Plus tard il s’avérera que ces thalers de Frédéric II était de fausses pièces d’or. A Spandau il fait des vocalises à l’église protestante car il a pu devenir membre du chœurs et il participe à des cours de théâtre. Je pense que les cours de théâtre ont été un immense avantage pour sa mythomanie extraordinaire.

Grâce à Madame Sonnenfeld il a donc un local professionnel ou il vend des horloges en bois venant de la Forêt Noire. Je ne crois pas que Madame Sonnenfeld détenait un stock d’horloges ni que Naundorf avait les moyens de faire venir de la marchandise de si loin. Je crois plus raisonnable qu’il était en relation avec une bande de voleurs qui avait cambriolé un fabricant d’horloges en Forêt Noire. Le butin avait été transporté plus loin et mis en vente à Spandau.

Naundorf était également un habile bricoleur qui se débrouillait très bien avec les pendules, les serrures, les clefs et tout ce qui était métal . Or le métal, c’est à dire la chaudronnerie et même le rafistolage de vieilles casseroles était une spécialité d’un certain nombre de bandes de voleurs qui exerçaient ce métier de façon ambulante ce qui leur donnait la possibilité de disparaître si les affaires sentaient le roussi.

A Berlin, Johann Christian Wöllner, ancien pasteur, qui était le ministre préféré de Frédéric Guillaume II, décédé en 1797, avait redonné vie aux sectes occultistes des rose-croix et des illuminés qui avaient été formellement interdites par Frédéric II qui a toujours qualifié Wöllner de « calotin comploteur et intrigant ». Grâce au neveu de Frédéric II, le misérable Frédéric Guillaume II, tout était reparti, les sectes occultistes avaient la main sur tout et Wöllner n’y était pas pour rien. Wöllner avait longtemps séjourné à Halle, il y avait fait ses études de religion. Le nouveau roi de Prusse après la mort de Frédéric Guillaume II était son fils Frédéric Guillaume III, marié à la Reine Louise. Ce sont eux qui ont eu à faire à Napoléon, au Tsar Alexandre, au Congrès de Vienne, etc.

En 1806 l’armée de Napoléon entre à Berlin. Toutes les armées du monde pillent, détruisent, font du marché noir. Rien n’a changé de nos jours. La duchesse de Dino qui à 13 ans en 1806 et sa gouvernante sera accompagnée par un détachement militaire pour quelques promenades car la ville et les environs sont infestés par des bandes de voleurs juifs et autres. Nous allons voir la question des bandes juives plus loin. En 1808, le major von Schill qui avait formé dès 1806 un corps franc pour lutter contre l’occupation française, principalement en Poméranie où il avait réussi à dégager la ville de Kolberg, entre à Berlin pour prendre le commandement d’une troupe de 700 hussards . C’était la première fois qu’une troupe stationnait à Berlin depuis la débâcle de 1806. Après son succès auprès de la ville de Kolberg il a été nommé président du Tugendbund militaire. N’oublions pas que le Tugendbund était une émanation des Illuminés de Bavière tout comme le Tugendbund militaire. Quelques jours plus tard Schill quitte Berlin sous prétexte de faire des manœuvres et se dirige sans autorisation vers Magdebourg pour attaquer les troupes françaises. Le Roi de Prusse et le gouvernement étaient consternés, Schill a été déclaré « ennemi public » . Après des escarmouches avec les troupes françaises il s’est dirigé vers l’Ile de Rügen où était son camp principal mais a été rattrapé tout près à Stralsund ou il est mort pendant la bataille. Une partie de ses officiers a été fusillée, les soldats, surtout des paysans et des bourgeois qui avaient été pillés par les troupes françaises, ont été déportés en France comme galériens. J’ai vérifié toute la liste des galériens : aucun Naundorf, aucun Charles Louis, aucun Karl Wilhelm mais j’ai découvert un Martin Voÿ de Poméranie qui est peut-être un de mes ancêtres.

Le séjour en Prusse de Naundorf reste très embrouillé car l’ensemble de ses souvenirs est sans preuve et une grande partie des déclarations devant les tribunaux sont des plus extravagantes. Naundorf était mythomane, influençable, prêt à dicter des souvenirs intéressants mais sans queue ni tête, certainement entre les mains des sectes, peut-être traité par hypnose ou un traitement du même genre comme le baquet de Messmer, le magnétisme et n’importe quoi encore. A cette époque commence, très modestement, la psychiatrie. Vous verrez plus tard que le but des ministres incriminés était sans doute de mettre plus tard un prince Hohenzollern sur le trône de France. C’était un moyen pour annexer la France et agrandir la Prusse. En effet, Hardenberg, Haugwitz et Stein connaissaient tous les trois la très ancienne famille Naundorf et Stein descendait d’une famille de petite noblesse intimement liée aux Naundorf. Pour les trois ministres impliqués ce qui comptait était la vengeance contre la France.

Les pérégrinations de Naundorf, dans le Brandebourg, en Silésie, un peu en Suisse et ensuite à Paris ne sont pas intéressantes car ils sont d’un bout à l’autre un tissus de mensonges.

Toute la documentation a été créée par l’Agence politique prussienne depuis le début, c’est à dire depuis l’époque où on a publié dans les journaux que le fils de Louis XVI vivait en Silésie. Tout le reste est à l’avenant. Bientôt nous allons voir entrer sur le théâtre de la vie de Naundorf Monsieur Pezold qui était un drôle de personnage.

Pendant le procès de Brandebourg en 1825 Naundorf avait déclaré être un Bourbon de France, émigré en Prusse avec son père, assassiné depuis mais sans pouvoir préciser la lignée de ces Bourbon. Cette déclaration a sans doute donné l’idée à Paul Bertrand de la Grassière de son livre : Faux Dauphin et vrai Bourbon. Ce livre est assez convaincant en l’absence de toute information en provenance des sources allemandes. Toutes les déclarations de Naundorf avaient été notées par Monsieur von Rönne, avocat stagiaire et greffier. Condamné à plusieurs années de prison Naundorf a été incarcéré dans la prison de Brandebourg qui était une sorte de maison de redressement. Le directeur s’appelait le baron von Seckendorf, d’aussi vieille noblesse que les Naundorf. Comme chez nous, la vieille noblesse se connaît et souvent se fréquente. Mais il y a mieux. Notre Seckendorf directeur de la prison de Brandebourg était un proche descendant de Friedrich Heinrich von Seckendorf, célèbre militaire autrichien qui a bataillé pour l’Autriche sous le Prince Eugène. En 1724 Friedrich Heinrich von Seckendorf s’est fait construire à Altenburg un palais de Ville. 

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Alors notre Seckendorf de la prison avait sans doute reçu des informations et des instructions au sujet du faux Bourbon . Naundorf a été très bien traité, on lui a confié toutes les pendules de la prison pour les régler et il a aussi été chargé de réparer les serrures de l’institution. C’est à cette occasion que Naundorf a peut être appris à faire de fausses clefs et de la fausse monnaie. C’est très facile. Le serrurier possède une boîte en bois remplie de plâtre. Il pose une clef sur le plâtre et quand l’empreinte est prise il enlève le modèle de clef et coule du métal fondu dans le creux. Évidemment on peut faire la même opération pour faire de la fausse monnaie. Tout le monde sait que les prisons sont criminogènes. Les sources rapportent que les codétenus étaient jaloux et provoquaient des bagarres pour corriger Naundorf. Je ne crois pas au motif de la jalousie. Il s’agit sans doute des déclarations devant le tribunal concernant ses possibilités de révéler les noms et adresses des Rothwelschs. Quelques mois avant la fin de sa peine Seckendorf a obtenu sa sortie de prison avec en prime un diplôme certifiant qu’il avait appris l’horlogerie dans la prison. Mais pas question de retrouver sa liberté. Il a été assigné à résidence à Crossen en Silésie et le commissaire Pezold qui était aussi notaire et avait aussi une situation dans la police a été chargé de sa surveillance. Mais Naundorf a souvent eu à faire à la police car il s’absentait souvent de Crossen sans autorisation.

Il est évident que Pezold qui a noté un grand nombre de « souvenirs » de Naundorf n’a pas agi par sympathie mais sur instruction. A partir de la maison de redressement de Brandebourg et le séjour forcé et surveillé à Crossen, Naundorf était en formation professionnelle pour devenir roi de France.

C’est à Crossen que Naundorf a découvert qu’il était Louis XVII.

On dirait aujourd’hui qu’il avait des coachs. Pezold a immédiatement écrit au tribunal de Brandenbourg pour demander la communication du dossier de Naundorf auquel était attaché la « Confession de Brandebourg » comme pièce annexe. Pezold a lu cette confession et ensemble avec Naundorf il a détruit la pièce annexe avant de renvoyer le dossier.

Ensuite Pezold a écrit le « récit de Crossen » dicté par Naundorf. Cela a représenté un travail considérable car Naundorf n’arrêtait jamais de dicter les plus grande folies et invraisemblances en tout genre. Pezold a coupé, rectifié et remanié de son mieux et a peut-être utilisé des publications très fréquentes à l’époque à Berlin ou de la documentation envoyée par ses supérieurs pour soutenir un peu l’embrouillamini de Naundorf concernant les événements en France pendant l’époque de la Révolution. Une fois ces souvenirs à peu près au point tous les deux avaient décidé de faire imprimer l’écrit. Pour cela il fallait l’autorisation du gouvernement de Prusse. Pezold a déposé l’écrit mais l’autorisation de publier a été refusée ! On peut en déduire que le début en Prusse de l’affaire Naundorf a été plutôt bien vu par le gouvernement mais que l’écrit, avec toutes les revendications du faux Louis XVII, pouvait provoquer un tollé sur le plan international ce que la Prusse voulait absolument éviter sachant pertinemment et ayant les preuves que le pseudo fils de Louis XVI n’était qu’un bâtard Naundorf. Vers 1880 environ von Rönne a dit à un enquêteur : « Naundorf est allemand – son secret se trouve en Allemagne. »D’ailleurs à Crossen Naundorf avait obtenu le droit de bourgeoisie ce qui était totalement illégal compte tenu de sa condamnation à Brandebourg lui infligeant la perte de ses droits civiques pour 10 ans.

img_20160929_0002Mais pour Naundorf et Pezold il fallait bien faire entrer dans la tête des gens que Naundorf était évidemment Louis XVII et ses descendants les dignes représentants de la famille royale assassinée. D’ailleurs en 1825, après avoir été condamné à trois ans de prison, et quand il déclare être Ludewig Burbong Prince né à Paris tout le monde savait que les princes de la maison de Bourbon venaient au monde à Versailles. Mais c’est sans doute à Crossen que Pezold, sans doute sur instructions supérieurs, l’a aiguillé dans cette nouvelle direction. Pezold a également indiqué que Naundorf était quasiment illettré. C’est une chose qu’il faut retenir ! Naundorf devait jouer le rôle de faux dauphin pour se procurer des renseignements et pour faire chanter le gouvernement français.

Les dons à Crossen pour le dauphin de France ont été nombreux . Pezold et d’autres en profitaient. Il y avait dans sa petite cour le Kreisdirektor Goebel, le médecin Dr. Heinsius et un frère de Pezold. Un jour, Pezold est décédé, soi-disant assassiné. Pas tout à fait : il est mort lors d’un coma éthylique ! Naundorf a aussi maintenu qu’il avait été officier dans le corps franc de Brunswick en 1809. Or, il y avait à Crossen un M. von der Heyde, ancien major dans ce corps franc. En vain protesta-t-il que jamais Naundorf n’avait servi sous le Duc de Brunswick-Oels, ni comme officier, ni même comme simple soldat et qu’il n’y avait jamais eu de combat à Dresde entre Westphaliens et Brunswickois, les dupes de Crossen ne le crurent pas.

Ce qui suit est une sorte de comédie concertée : Naundorf faisait semblant d’être très en colère contre le gouvernement de Prusse en faisant insérer dans un journal de Leipzig un article virulent ; ensuite il prétendait d’être obligé de fuir en disant que sa sécurité était menacée. Il abandonnait femme et enfants pour se réfugier en Saxe sa région d’origine. La Saxe était à environ 5 ou 6 km de Crossen. Et bien pour y aller il se rendait d’abord à Berlin, drôle de crochet, d’où il gagna Dresde. On peut penser qu’il allait vraisemblablement consulter ses chefs et aussi pour se créer un alibi moral pour son futur séjour en France.

Il y a un dossier qui se trouve maintenant dans les nouvelles Archives du Land Brandebourg à Potsdam qui ont été crées après le bombardement du 14 avril 1945 dans un bâtiment du parc de Sanssouci. Contrairement à toutes les sottises qui ont été racontées au sujet des archives du Brandebourg, les Russes n’ont rien pu emporter car il y avait un délai de trois semaines entre le bombardement et l’arrivée des hordes d’Attila dont je me souviens comme si c’était hier. Et les nazis avaient autre chose à faire que d’embarquer des dossiers d’archives dans un train. Ce dossier contient toutes les pièces concernant l’expulsion de Naundorf de la ville de Dresde. Il est possible que cette affaire était le début du déplacement de Naundorf vers la Suisse et ensuite vers la France. Avant de partir pour la Suisse il lui a été interdit de retourner en Prusse. Il est possible que la Prusse ait informé le gouvernement de Saxe de quoi il retournait avec le phénomène Naundorf. Il est dommage que grâce à monsieur Crépin qui avait reçu une lettre en allemand du Directeur Général des Archives d’État de Prusse il y a environ 14 ans avec beaucoup d’explications concernant les dossiers de Naundorf, personne du notre Cercle n’ait pu recueillir des informations qui se trouvent aux Archives du Land de Brandebourg.

Quand Naundorf arrive en Suisse il a une adresse en poche car il est remarquablement bien reçu chez un banquier dans un château de la région de Berne. Ce n’est pas à Crossen qu’il a pu obtenir cette adresse. Pour remercier Monsieur Roth de son obligeance il deviendra très rapidement l’amant de Mademoiselle Roth, la fille du banquier. En s’apercevant de l’aventure le banquier Roth le met à la porte et Naundorf se sauve chez Brémond qui est devenu très riche. Brémond se met en rapport avec ses correspondants de Paris et Naundorf se met en route pour Paris, soi-disant à pied mais en partie en diligence car Mademoiselle Roth qui lui a payé le voyage le suivra bientôt. Comme il a des dettes il fait une partie du voyage à pied et à un pauvre type qui lui laisse une petite place dans sa carriole il raconte qu’il est un ancien officier de l’armée de Napoléon. Et bien entendu, à Paris il a une adresse d’hôtel et il ne couche absolument pas dans une tombe fraîchement ouverte dans un célèbre cimetière. Il s’installe aussi bientôt avec une ouvrière, amoureuse, qui le loge et prend soin de lui. Ensuite, grâce au grand nombre d’admirateurs, Naundorf sera installé dans un grand appartement commode et commencera une agréable cohabitation avec Mademoiselle Roth qui lui sert de secrétaire et de professeur de français car le « Roi de France » ne parle toujours pas français.

La documentation des Naundorfistes à toute époque est une escroquerie, rien d’autre. L’Agence politique prussienne a envoyé à Paris Morel, de nationalité allemande, fils d’immigrés de Berlin de la période de Louis XIV, pour lui servir de secrétaire car Naundorf ne savait pas écrire, mais surtout pour le surveiller. La vie de Naundorf en Suisse, écrite par Paul F. Macquat, publiée par Daragon en 1922 est entièrement inventée avec beaucoup de fausses preuves. Joséphine qui est décédée en 1814 n’est jamais intervenue dans les affaires de Naundorf car il n’avait jamais quitté la Prusse avant son voyage en Suisse dans les années 1830. Son existence en Saxe, en Prusse, en Suisse et surtout en France ressemble à l’archipel du mensonge et de la calomnie même si Naundorf était peut-être le même personnage dans sa jeunesse que le petit valet que les gardiens de la propriété du Kahlenberg qui appartenait au Prince de Ligne avaient confié à Madame Vigée-Lebrun . Dans une lettre Naundorf explique à son correspondant qu’il fréquentait à Vienne les Polignac et leurs enfants. Comme le Prince de Ligne faisait de jolies réceptions au Kahlenberg et invitait tous les Français le petit valet a peut-être passé les verres ou les petits gâteaux. Avec Mme Vigée il est seulement sorti de l’Autriche pour rester très peu de temps à Saint Pétersbourg après le vol de l’or pour rentrer vite après sa condamnation en Prusse par la Baltique où il a été récupéré par les Rothwelschs. Et sa vie chez les Rothwelschs et sa naissance en tant que bâtard expliquent qu’en Allemagne il n’existe aucun portrait de Naundorf, ni même un dessin ou une gravure. Sa ressemblance éventuelle et pas si évidente avec le Roi Louis XVI ou avec le petit Louis XVII s’explique par son origine saxonne car la mère du Roi était une princesse de Saxe. On appelle cela une ressemblance régionale. Mais très récemment j’ai fait une autre découverte : j’étais à la recherche dans le « musée Louis XVII » créé par les naundorfistes, d’un petit dessin que Monsieur Duval a intitulé : « Louis XVII à Dijon ». Il m’a semblé le connaître. En effet, je l’ai retrouvé dans la collection de notre regretté Édouard Desjeux. Ce petit dessin a été attribué à David mais a sans aucun doute été dessiné par Brun de Versoix. Il est titré : « Louis XVII au Temple » . Pour comparer ce dessin avec d’autres dessins ressemblant le plus possible à notre petit Louis j’ai trouvé une miniature ravissante exécutée pour Otto Friedrichs d’après un pastel d’époque 1789. Bien entendu Otto Friedrichs l’a intitulé : « portrait du Duc de Normandie à trois ans ». Qui dit mieux ! Ce pastel d’époque de notre petit Louis a sans doute été fait par le peintre Joseph Boze qui allait très souvent chez Louis XVI aux Tuileries et faire un dessin ou un pastel permet de détourner l’attention des nombreux espions sur place.

J’ai trouvé que Otto Friedrichs et Amélie Naundorf faisaient ensemble des traductions de tous les écrits « dictés » par Naundorf et principalement « le récit de Crossen ». Il n’est pas possible de trouver actuellement des textes en langue allemande dictés par Naundorf à Pezold.. Tout est en français et qu’est ce qui prouve que ces textes correspondent fidèlement à l’original allemand ? Les traducteurs diplômés prêtent un serment au moment de l’obtention de leur diplôme. C’est en somme leur « serment d’Hippocrate ». Quant à Amélie et Otto Friedrichs, ni l’un ni l’autre n’avaient le moindre diplôme ni la moindre intention de traduire fidèlement les documents Naundorf. Leur seul but était de faire avancer l’affaire Naundorf = roi de France.

Le séjour en Suisse de Naundorf est inférieur à 6 mois et les divagations suisses dans le livre de Macquat sont des inventions naundorfistes du début du 20ème siècle de la même manière que l’intervention de Joséphine, tout ce qui concerne la Vendée, les Etats Unis, les Açores, etc. Je suis persuadée que ces inventions concernant les voyages de Naundorf ont été faites par les Naundorfistes pour combler le manque dans la vie de Naundorf jusqu’en 1808 car son appartenance aux bandes Rothwelschs, y compris les bandes de chaudronniers, doit rester secrète.

Comme escroquerie nous avons encore l’affaire Brémond. Il était fils d’un marchand de peau et marchand de peau lui-même, originaire de Brignole. Envoyé à Paris par sa corporation pour défendre les droits de ces messieurs, tous marchands de peau, il est évident que son cursus intellectuel avait de quoi séduire le roi Louis XVI. Les historiens de l’émigration, surtout de l’émigration des Français vers la Suisse ne savent toujours pas s’il faut compter Brémond parmi les émigrés ou parmi les brasseurs d’affaires. En 1795 notre Brémond s’installe à La Neueville comme négociant en diamants et pierres précieuses. La Neueville, fief des Lechot et des Himely. Il s’agit donc d’une adresse à la disposition de ce bon Brémond. C’est grâce à Monsieur Gautier que nous apprenons lors de la réunion du 3 décembre 2005 que le Duc d’Ayen survivait en Suisse grâce au Saint-Esprit. Or, tout le monde savait que « Monsieur le Duc » n’était pas croyant. Le Saint-Esprit était sa décoration en diamants qu’il cédait par petits bouts à des aigrefins dans le genre de Brémond, négociant en pierres précieuses.

Sur instigation du marquis de Montciel (qui était un illuminé ce que le Roi ne savait pas ) Louis XVI aurait confié à Brémond une importante somme d’argent et des valeurs pour venir en aide au Dauphin en cas de besoin. Brémond était devenu très riche : il possédait une usine de verre , plusieurs grandes maisons dans un parc, il faisait du trafic d’émigrants et de marchandises avec le Portugal (pensez donc à Capeto cher à de Roche). Il se prétendait aussi consul du Brésil ce que le Brésil a toujours nié. Et il avait aussi des accointances avec un doux illuminé et occultiste Charles Fourier, qui voulait construire des phalanstères pour soulager la misère des ouvriers.

Mais le chef d’œuvre de Brémond est évidemment sa déclaration enregistrée devant le Tribunal de Vevey à la demande d’un juge d’instruction français Zangiacomi en 1837. Pour les naundorfistes cette pièce, émanant d’un tribunal, est la preuve que toutes les revendications de Naundorf sont véridiques et de droits, tout simplement parce que le texte provient d’un tribunal. Or le texte a été recueilli par le tribunal de Vevey en exécution d’une commission rogatoire.

Brémond dit que Naundorf connaissait la cachette faite par son père, Louis XVI, au Palais des Tuileries, pour cacher des écrits secrets. Comme nous savons maintenant grâce à l’ADN que Louis XVI n’était pas le père de Naundorf, il est évident que la mythomanie permanente de Naundorf était fortement soutenue par des gens qui complotaient autour de lui.

A l’époque où l’on parlait de l’armoire de fer tout Paris savait qu’elle avait été installée par Roland pour y mettre la correspondance entre Mirabeau et Barnave. Sur la gravure de l’époque on remarque le squelette de Mirabeau qui tombe sur celui qui ouvre la porte . Le graveur ne manquait pas d’humour.

Il y a encore l’affaire de la lettre à George III d’Angleterre. Tout le monde sait que cette lettre est un faux fabriqué à la manière des trois fameuses lettres de Laurent. Elles ont été fabriquées par Bourbon- Leblanc, escroc complet qui a d’ailleurs quitté les Naundorfistes pour Richemont et qui se faisait passer pour avocat. Il avait sans doute des problèmes de mémoire car il mettait régulièrement dans ses faux la date du calendrier grégorien au lieu de celle du calendrier révolutionnaire.

La tentative de mystification va encore bien plus loin : pour persuader le Tribunal que Naundorf était réellement Louis XVII Brémond prétend ce qui suit : « un de mes amis, M.P. secrétaire particulier de M. de Thugut, a tenu entre ses mains un procès verbal de l’enlèvement de Louis XVII du Temple. Le gouvernement autrichien possède cette pièce si importante. »

Cette pièce si importante, forcément cryptée car secrète et que notre Présidente cherche depuis longtemps a été rapportée de Vienne par Mr Crépin. On la lui avait donnée aux Archives où elle est sans doute connue depuis longtemps. Le document a ensuite passé entre les mains de Madame Weiss qui est cryptologue ; j’ai assuré la traduction en utilisant la méthode du mot à mot comme c’est la règle dans la profession des traducteurs diplômés et pour permettre à Mr Crépin de comprendre le texte. Comme Madame Weiss n’avait pas la clef pour décrypter elle a «cassé » la clef et cela est la raison pour les multiples manques dans le texte.

Ce texte a été publié dans le cahier n° 51. Dire que les feuillets n’étaient pas lisibles parce que écrits avec une écriture très petite n’est pas exact. Ni Brémond, ni son ami secrétaire chez Thugut ne pouvaient lire un texte crypté dans les règles de l’art ce qui fait que les déclarations de Brémond sont totalement mensongères et lui sont sans doute parvenues par le canal des instigateurs du procès à Paris et de toute façon Thugut était décédé depuis 1818.

La publication dans le petit cahier vert de ce morceau de bravoure n’a attiré l’attention de personne. Il débute par un long développement daté du 12 février 1794 concernant les malheurs et les assassinats des Lyonnais et des Vendéens. On peut imaginer que ce sujet n’intéressait personne car toute l’Europe était au courant. Le style de cette première partie est très régionale, façon Saxe milieu 19ème siècle. Ensuite il y a une petite page avec un vague projet d’exfiltration du prisonnier du Temple. La description du Temple est très sommaire, la personne qui écrit n’a jamais vu le Temple mais nous apprenons que Simon buvait. Suivent des informations sur quelques espions à Vienne qui sont datées du 22 décembre 1793 que le baron Thugut connaissait sans doute et qui paraissaient à l’époque dans tous les journaux. En supprimant les premières et les dernières pages, il reste un petit récit sur le Temple qui peut à la rigueur passer pour un projet de libération quoique difficile à exécuter en février 1794 car Simon est parti le 5 janvier, nous ne savons pas s’il y a encore un enfant. Mais le 18 janvier quatre commissaires signent une décharge provisoire pour Simon, les travaux sont en cours et plus personne ne peut reconnaître l’enfant, quasi muré et solidement enfermé. Et ce n’était pas le moment d’engager un professeur de dessin. En plus le Tribunal n’a sous les yeux non pas le document mais la description sous serment de Brémond. La petite page censée représenter un procès-verbal d’exfiltration n’a pas non plus de date. Comme Naundorf a raconté qu’il a séjourné pendant un an dans le grenier du 4ème étage de la grosse Tour, les faussaires ont sans doute eu un problème.

Le document ci-dessus analysé a été présenté dans notre Cercle comme un procès-verbal d’exfiltration de Louis XVII or, cette pièce d’archives de Vienne est sans contestation possible une création du commissaire Pezold faisant partie du Récit de Crossen copiée presque texto sur une publication à Berlin concernant la Vendée et sur des inventions de Naundorf pour accréditer la sortie du Temple du faux Louis XVII=Naundorf. Et de ce fait il ne s’agit pas d’une pièce ancienne de l’époque de la révolution mais d’une contrefaçon de l’époque du fameux procès que Naundorf a intenté à « sa sœur », c’est à dire à la Duchesse d’Angoulême. Ce texte est du saxon, Morel parlait le berlinois, Pezold parlait sans doute le saxon et Amélie parlait et écrivait le saxon car née à Berlin en 1819 elle a vécue à Brandebourg jusqu’au déménagement à Crossen en 1828 ou 1829 et elle y est allée à l’école . Relisez le texte attentivement, vous verrez vous-même que tout est faux.

J’ai poussé mon enquête un peu plus loin pour savoir quelle connaissance avaient les Allemands de l’affaire Naundorf. J’ai trouvé grâce à un projet Gutenberg, un article du milieu du 19ème siècle écrit par un écrivain, historien et professeur de philosophie de Halle. Le Professeur Friedrich von Bülau décrit très en détail tout ce que raconte Naundorf. Von Bülau nous dit que tout a été rédigé selon les écrits de Gruau mais, très cruellement, il ajoute à chaque paragraphe que des affaires aussi aventureuses peuvent être vraies mais qu’il n’y a pas la moindre preuve. Le professeur von Bülau était très connu en Europe et il avait sans doute pris de renseignements au sujet de Gruau. C’était un ancien procureur qui avait été exclu de la magistrature pour « indélicatesse ».

En lisant ce texte de 10 pages j’ai fait une constatation : ce professeur est né en Saxe et a toujours vécu à Halle, la Saxe profonde. Le style de sa dissertation, un allemand régional, ressemble étrangement à l’écrit de l’espion. Crossen se trouve à environ 5 km du duché de Saxe-Teschen. Ce n’est pas cette petite distance de la Silésie qui empêchait sans aucun doute ce bon Pezold de parler et d’écrire comme la population de l’autre côté de la frontière pas loin. Le procès de Naundorf avait lieu à Paris et ses preuves étaient en allemand. A mon avis comme faux document on fait mieux. Il s’agit d’une petite partie du récit de Crossen et d’une documentation variée qui a disparu mais pas forcément pour tout le monde. Il faut savoir aussi que les Archives d’Etat de Vienne ne conservent aucun document concernant la famille royale française. Mais ils savent que Naundorf n’a jamais fait partie de la famille royale des Bourbon. Ce qui explique in fine la « trouvaille » de Mr. Crépin à Vienne.

Pendant le procès de 1837 concernant la reconstitution de l’état civil de Naundorf, le gouvernement de Louis Philippe avait adressé une demande au gouvernement royal de Prusse pour obtenir un extrait d’acte de naissance en bonne et due forme en spécifiant que d’après certaines sources ce dernier serait éventuellement né à Potsdam, principale ville du Brandebourg et habituellement ville de naissance de presque tous les Rois de Prusse. Cette demande a été exécuté avec le plus grand sérieux. Les services du Roi ont interrogé le pasteur de l’église Sankt Nicolaï qui était la paroisse du château urbain en plein centre ville. Le résultat était négatif. Aucun Naundorf n’était né dans la fourchette des dates indiquées. En ce qui concerne l’église de la Garnison, située à 200 m de Sankt Nicolaï, derrière le château urbain, face à l’orphelinat militaire royal la réponse était également négative. Quand le résultat de ces investigations a été connu à Paris, Naundorf, plein de morgue comme d’habitude, s’est exclamé : « ils finiront par prétendre que je suis un chaudronnier » ! Bravo, voilà la preuve que Naundorf, malgré lui, disait parfois la vérité. En conséquence Naundorf a perdu son procès malgré tous les mensonges déployés par Brémond.

Depuis le début de l’affaire jusqu’à nos jours les Naundorfistes se sont de tout temps surpassés dans les inventions les plus extraordinaires, sans aucune logique, facilement démontables et d’une profonde misère intellectuelle.

Examinons maintenant l’affaire Otto Friedrichs, lié à un scandale homosexuel à Berlin, dans l’entourage de l’Empereur Guillaume II.

Otto Friedrichs a surgi en France vers 1886 pour se vouer corps et âme à l’Enfant du Temple c’est à dire au bâtard Naundorf. Il était originaire de Berlin, donc Prussien, fils d’un riche commerçant et frère d’un officier dans l’armée prussienne. Il avait une allure d’artiste de Montmartre et était sans doute un bon pianiste car il charmait ses visiteurs avec sa musique mais aussi en parlant de façon abondante de Louis XVII. Il habitait Neuilly entouré des défroques du Temple, des reliques du dauphin, de Louis XVI, Marie-Antoinette et de Naundorf lesquelles lui avaient été données, pour services rendus, par Guillaume II car parmi toutes ses manies ce dernier avait aussi celles des meubles et bibelots ayant appartenu, plus au moins, plutôt moins que plus, à l’infortunée Reine.

Le Prussien vivait avec deux dames belges âgées, mère et fille, et la chronique disait qu’il vivait à leur crochet et que par ailleurs il avait des mœurs scandaleuses.

En 1890, le génie militaire met en vente des fortins sans valeur, datant du second Empire, pour la défense de Belle-Isle. En quelques jours Otto Friedrichs deviendra propriétaire d’un fortin à la pointe du Bugull. Des gens de la région disaient qu’il était facile de débarquer à l’endroit même de jour ou de nuit tout un corps d’armée pour prendre à revers toute l’île.

Le nouveau propriétaire ne changea rien aux lieux mais consacra tous ses soins à l’intérieur du fortin comme habitation. Il y passait tous les étés et recevait beaucoup de gens en tout genre, Français, étrangers, princes et belles dames ainsi que Mademoiselle de Montciel, une parente de notre Montciel illuminé de la Révolution. En 1912 il faisait ajouter un petit pavillon sur les hauteurs. Tout se passait au grand jour, rien ne paraissait suspect, mais la réputation du Prussien n’était pas très bonne. Il est possible que tout ce beau monde international ait attiré l’attention de la maison de Bourbon-Parme sur cette intense propagande en faveur du descendant Naundorf qui s’était affublé du titre de « prince ».

Quel pouvait être le service que Friedrichs avait rendu à l’Empereur Guillaume II pour lui faire cadeau des reliques de Marie-Antoinette ?

img_20160929_0005En 1908 débute à Berlin un scandale de pédérastie dans lequel sont impliqué plusieurs officiers, jeunes et beaux, qui formaient habituellement le proche entourage de l’Empereur. Le scandale a commencé par les publications d’un journaliste qui voulait informer le public que l’Empire n’était pas dirigé comme il faut. Peu inspirés, ces jeunes gens ont commencé par attaquer le journaliste en diffamation. Celui-ci avait des preuves et toute l’affaire a dérapé, de procès en procès, le plus célèbre parmi eux, le Prince von und zu Eulenburg, ambassadeur de Prusse, à été prié de gagner ses terres, ainsi que tous les autres, notamment Kuno von Moltke, gouverneur de Berlin, que les Berlinois avaient surnommé : « Tutu » car il se produisait pendant leurs réunions privées en tutu de danseuse. Et pire encore, le frère du Kronprinz, le Prince Eitel-Friedrich, domicilié à Potsdam tout près de chez nous était appelé « la folle du régiment ».

C’est ici que nous rencontrons encore Otto Friedrichs. En effet, avant la guerre de 1914, celui-ci avait déployé une grande activité avec des conférences et des livres, souvent imprimés chez Daragon, pour évangéliser à forte dose tous les gens qui venaient en été à Belle-Isle ou se fréquentaient en hiver à Paris en faveur d’ un descendant de Naundorf – roi de France. La politique étant ce qu’elle est, il y avait bien entendu du mécontentement, rien ne va jamais et il y avait des tensions considérables avec le Reich. Otto Friedrichs avait conclu une sorte de pacte avec l’Empereur : il se faisait fort de faire nommer un descendant du bâtard Naundorf comme Roi constitutionnel. Au bout d’un petit laps de temps celui-ci devait démissionner et laisser la place au Prince Eitel-Friedrich, la folle du régiment. La guerre de 1914 n’a pas laissé achever ce beau programme. Considérez que vous l’avez échappé belle. Mais ne croyez surtout pas que j’ai pu inventer une telle histoire. Elle a été publiée dans un des cahiers de la Sorbonne, il y a quelques années.

Peu de temps avant le début de la guerre de 1914 Otto Friedrichs était arrivé à la pointe du Bugull en bateau, avait réuni un grand tas de document et était reparti aussi tôt par la mer avec des amis en bateau une fois toutes les paperasses embarquées. Quelques jours plus tard la guerre était déclarée ; la population de l’île donnait libre cours à sa mauvaise opinion, il fut traité d’espion, sa propriété saccagée et mis sous séquestre.

Dès le début de la guerre Otto Friedrichs est rentré à Berlin pour reprendre sa place dans le bureau de la Police. C’était un espion. Comment a-t-il fait pour revenir en France, à quelle date est-il revenu pour mourir finalement à Belle-Isle en 1943 ? Cela est pour le moment inexpliqué.

Pendant la guerre de 1914, un descendant de Naundorf vivant en France aurait pu se comporter comme un vrai Bourbon courant sus à l’ennemi. Mais jamais un vrai Bourbon n’eut imaginé de refuser d’aller se battre « parce qu’il était sujet Hollandais ». Il est vrai que j’ai trouvé dans un récit du baron Ambelain qu’un Naundorf qui se faisait appeler « Louis de Bourbon » faisait de la résistance au Pays Bas pendant la dernière guerre.

La guerre a eu une autre conséquence : le Naundorfisme n’était plus défendu par ce beau monde qui venait en été chez Otto Friedrichs. Les tenants de la survivance se sont orientés vers l’illuminisme ainsi que vers la connivence entre le martinisme et le survivantisme. Foulon de Vaux et Osmond avaient déjà œuvré dans ce sens pour la revue « La Légitimité ». Si tous les naundorfistes n’étaient pas martinistes, tous les martinistes étaient naundorfistes. L’affaire Louis XVII = Naundorf devint une sorte de machine infernale, il y avait des accointances notoires entre le naundorfisme et le vintracisme comme l’affaire des frères Baillard ou le prêtre occultiste et fou qui s’appelait Boulan.

Le baron Robert Ambelain a tenté de reconstituer la filière de cette connivence entre martinistes et survivantistes qui fonctionne jusqu’à nos jours. Mais les adversaires de la survivance ont aussi indiqué l’existence d’un complot protestant et allemand, dont Naundorf et ses descendants auraient été les agents, conscients ou inconscients. Personnellement je ne crois pas à leur inconscience pour la simple raison que le nombre invraisemblable de faux et l ‘héritage des derniers rois de France que Naundorf croyait immense, représente un puissant motif pour tout ce qu’ils ont entrepris tandis que le trône de France ne les intéressait pas vraiment. Pour mieux propager que Naundorf avait été le digne descendant de Louis XVI, Amélie Naundorf et Otto Friedrichs se sont réunis pour traduire les écrits de Naundorf, en grande partie en allemand. Pezold était sans doute un honnête homme, peut être un peu égaré, mais on ne peut pas dire cela de la famille Naundorf et du Prussien Friedrichs. Il s’agit sans aucun doute d’une affaire de 5ème colonne, initiée par la Prusse, pour mettre la main sur la France !

Il reste un mystère à résoudre : comment l’ADN des Bourbons anciens du 14ème siècle est-il entré dans la lignée des Comtes von Naundorf ?

 

C’est en étudiant les «  croisades nordiques  » que nous pouvons approcher de la solution qui in fine appartient au professeur Lucotte car il faudrait obtenir un échantillon pour faire l’ADN de trois personnages qui ont rejoint les chevaliers teutoniques pendant le 14ème siècle : il s’agit de Louis I de Bourbon qui les a rejoint peut-être avec un de ses bâtards qui l’accompagnait dans les affrontements, mais plus vraisemblablement de son petit-fils Louis II de Bourbon, « le bon Duc » qui est allé en Prusse au début de l’année 1391 et qui était de retour à Noël à Paris de la même année avec son compagnon Boucicaut qui est devenu maréchal à ce moment.

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Les teutoniques avaient appelé les chrétiens au secours car ils étaient constamment en but aux païens et les papes avaient prêché plusieurs fois des croisades pour la rémission des pêchés. Toute l’Europe s’était mis en route par compagnies car celles-ci erraient en France et en Flandre sans autre but que de dévaliser les gens. Ces déplacements étaient appelés « Reise » et ne duraient jamais plus qu’à peine un an mais souvent moins. Les frais de voyage étaient à la charge des croisés ainsi que les frais de séjour. A partir de la France le chemin passait par la Lorraine, l’Allemagne du sud, Prague et Breslau pour arriver à Marienbourg. Le chemin passait forcément par la Thuringe et la Saxe, « provinces » des teutoniques. Les croisés qui étaient en petit nombre mais voyageaient avec moult sergents et valets se logeaient selon les possibilités dans des auberges ou chez la noblesse autochtone. Tout le monde n’est d’ailleurs pas revenu en France ou dans les Flandres . Dans le Brandebourg il y avait depuis toujours les familles von Arnim(de Arnheim) von Brédow (de Bréda), Dorst (du Bas Rhin) Kempf (le pianiste) et beaucoup d’autres. Madame von Brédow a beaucoup parlé de Naundorf à l’empereur Guillaume 1er qui ne voulait pas répondre. On comprend pourquoi.

Dans cette affaire j’ai une préférence pour « Le bon duc, Louys II de Bourbon » qui voyageait avec quelques compagnons et une centaine de sergents et de valets. Il était connu pour sa vaillance au combat, ses dons de diplomate, sa connaissance de l’Europe et de certaines régions de l’autre côté de la Méditerranée et pour ses bâtards dont internet énumère une dizaine qui sont sans doute les plus connus. Je vous laisse le choix. Au départ l’affaire Naundorf paraissait tout simplement une affaire de bâtardise mais après un long travail de recherche je suis obligée de me rendre compte qu’il s’agit aussi d’une affaire de 5ème colonne, qui dure depuis les guerres napoléoniennes. Il faut bien reconnaître que tous les descendants de Naundorf sont des Bourbons de la main gauche. Aucune ressemblance avec Louis XVI évidemment et encore moins avec Louis XVII mais avec Henri IV le Navarais car certains de la famille récente ont le type espagnol.

Sources :

Les Chevaliers Teutoniques par le professeur Sylvain Gouguenheim

la charte « Le bon duc Louys II de Bourbon »

POLITICA HERMETICA n° 6, publié par la Sorbonne en 1992
Le Complot

Abrégé de la déclaration de Brémond devant le tribunal de Vevey

Projet Gutenberg – Histoires mystérieuses et personnages troubles par Friedrich von Bülau, écrivain, historien et professeur de philosophie à Halle 

La vie de Naundorf, d’après les notes de Gruau

Naundorf l’imposteur par Edmond Dupland

Jüdische Geschichte von Christine Willing

Die jüdischen Gauner, (les escrocs juifs) leur tactique, leurs spécialités et leur langue par A.F.Thiele, greffier criminel royal de Prusse, publié en 1842

Cahiers Charles Fourier

L’Imposture des Naundorff par Pierre Veuillot (édité par Librairie Victor Palmé en
1886)
L’Allemagne et la Question Louis XVII, publié en 1919 par La Nouvelle Revue

Naundorf, « roi de France », voyant, gourou …et imposteur par Paul-Eric Blanrue

Autour de Madame Vigée-Lebrun par Hubert Royet

Louis XVII et les faux dauphins par René Le Conte, publié au PUF en 1922

Plaidoyer contre Naundorf par Maître Maurice Garçon

Un grand nombre d’articles sur internet et notamment « expulsion en Angleterre » par le musée Louis XVII et « les Jugements », la thèse du complot chez Crétineau-Joly, Robert Ambelain, le Martinisme, Papus, Fabre d’Olivet ainsi que les mémoires du Prince de Ligne en full-texte, la liste des galériens « Schill »

RENEE LESCAROUX, Membre du CEHQL17

Autour de l’enfant au yoyo du musée d’Auxerre

Après une longue pause estivale, c’est avec une reconnaissance à la mesure de la compétence de leurs auteurs que nous vous livrons les réflexions de trois experts du CEHQL17 , au sujet d’un tableau qui avait longuement retenu notre attention sur nos premiers forums MSN et Google, sans que nous puissions conclure ! 

Et nous profitons de cette étude pour saluer avec joie la résurrection du site du CEHQL17, dans laquelle on voudra bien nous autoriser à voir un signe, parmi d’autres, de celle du Royaume de France, que nous appelons de nos voeux par la découverte de la vérité sur le destin de Louis XVII, à laquelle nous travaillons, grâce à Internet, tel un nain juché sur les épaules des géants qui nous ont précédé ! 

Bonne lecture.

PS 07/09 – 17 h 20 : Merci à Mme Renée Lescaroux qui vient de nous communiquer les images ci-après, avec des observations complémentaires en cours de vérification, que nous ne manquerons pas de vous communiquer dès que nous serons en mesure de le faire.

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DJX12 - DoisyDAAVP12 - dauphin

L’enfant au yoyo du tableau du musée d’Auxerre

par Renée Lescaroux  en collaboration avec Arnaud de Jenlis et Gilles de Raismes ( membres du CEHQL17 )

1ère partie

En histoire il n’y a pas de petits faits, ou, du moins, il n’y a pas de faits négligeables. Un détail banal, une chose en apparence insignifiante, peuvent jeter tout à coups un rayon de lumière qui permettra d’avoir un fil conducteur pour la direction des recherches.

Au mois de janvier dernier, notre ami Gilles de Raismes m’a fait parvenir par internet deux dessins à la mine de plomb représentant le Dauphin et Madame Royale par « Louis Auguste Lebrun » en ajoutant : « vous avez le bonsoir du petit Louis ». A ma demande sur la provenance des dessins, Gilles m’a répondu qu’il s’agissait d’un album sur Marie Antoinette avec des tas de gravures et la reproduction de manuscrits. – Notes de Charles Kunstler – exclusivement réservé aux Sociétaires du Club du Livre d’histoire, imprimé en 1956.

Comme j’ai depuis longtemps une très mauvaise opinion du Club du Livre, j’ai tout de suite reconstitué, grâce à internet, la vie et l’œuvre de Louis Auguste BRUN, né à Rolle dans le pays de Vaud en 1758 dans une riche famille bourgeoise ainsi que les événements aux Tuileries du printemps 1791, à l’aide des mémoires de Weber, le frère de lait de Marie-Antoinette.

Employé d’abord à Dammartin par le Duc de Luynes qui l’avait présenté à la Cour, il a très vite travaillé pour différents seigneurs mais surtout pour la Reine et pour le comte d’Artois avec lequel il s’était lié d’amitié.

Ayant copié pendant son apprentissage à la demande de ses maîtres un grand nombre de Hollandais célèbres il est devenu un bon peintre, surtout pour les paysages et les scènes de chasse. Mais quand il y a des personnages dans sa peinture à l’huile on peut lui reprocher une certaine raideur. Il est classé en histoire de l’Art comme paysagiste, peintre animalier et dessinateur. Dans cette dernière technique Brun était un génie.

Quelques années avant la Révolution il avait été nommé par le Roi à l’Académie et était devenu Directeur des Études de Peinture et de Dessin pour Marie-Antoinette et Madame Elisabeth.

Brun vivait à Versailles mais aussi à Paris et voyageait assez souvent. A Paris il était ami avec le dessinateur et graveur Prieur le Jeune (les tableaux historiques). Prieur et sa famille habitaient l’Enclos du Temple car J.L. Prieur le père ayant été orfèvre à la Cour n’avait pas été payé, déclaré en faillite et poursuivi par ses créanciers. La possibilité de se réfugier dans l’Enclos du Temple pour bénéficier du droit d’asile l’avait sauvé.

Brun a quitté Paris en 1789, peu de temps après la prise de la Bastille, pour s’installer à Versoix, dans l’Ain. Bientôt il a été dénoncé par les Jacobins de Versoix comme royaliste et a été obligé de se réfugier à Genève, toute proche. Là aussi il a été dénoncé cette fois-ci par Madame de Staël, comme révolutionnaire.

Le joli enfant bien habillé qui montre sur un côté un petit oiseau sur le bord de la cage et de l’autre côté une corbeille de fleurs s’appelait Charles François Doisy, né à Versailles en 1785 comme notre petit Louis. Son père était cuisinier à la cour car le petit Doisy dit dans ses mémoires qui datent de 1863 que son père était « un grand saigneur » mais qu’il ne supportait plus le sang et il est par la suite répertorié comme domestique et coiffeur et plus tard comme lamineur. Le petit Doisy, comme d’autres enfants de la domesticité de Versailles, jouait tous les jours avec notre petit prince à la demande de la Reine et faisait aussi partie du « Royal Bonbon » régiment que la Reine avait crée pour amuser les enfants. Et le comte d’Artois appelait le petit Doisy jamais autrement que « le petit Sozie » et Marie-Antoinette disait que les deux petits étaient comme des jumeaux.

Lors de l’installation de la famille royale aux Tuileries, environ 30 domestiques avaient suivi, dont sans doute Charles Louis Doisy, le père du petit Sozie, que nous retrouverons peut-être en 1795 chez le marquis de Fenoyl dans l’Ile Saint-Louis. Doisy fils indique d’ailleurs dans ses mémoires la relation de la famille Doisy avec Madame de Sainte-Aulaire.

Au printemps 1791, la Reine avait enfin réussi à persuader le Roi de la nécessité de quitter Paris. Elle eut en effet une très grande part à la négociation avec Mirabeau car elle pensait très justement que les mêmes scélérats qui avaient eu le talent et l’audace de détruire la monarchie connaissaient seuls les moyens de la rétablir et en auraient peut-être la faculté. C’est Mirabeau qui voulait absolument que le Roi s ‘éloignât de Paris ; il avait fait plusieurs plans à ce sujet, et il en garantissait le résultat. Mirabeau mourut le 2 avril 1791 après sa réconciliation avec Talleyrand.

L’opposition que le monarque trouva de la part du peuple de Paris et de la garde nationale pour aller passer la semaine sainte à Saint-Cloud avait très vivement affecté le Roi et depuis lors il ne balançait plus sur le projet de fuite. Il fallait échapper à la garde et à la surveillance intérieure.

Des propositions raisonnables faites par des gens raisonnables dévoués à la famille royale avaient été rejetées pour arrêter le choix sur trois gardes-du-corps inexpérimentés mais méritants car ils avaient sauvé la vie à quinze autres gardes-du-corps que les assaillants du château de Versailles allaient pendre sur le champ devant les fenêtres de la Reine dans la nuit du 5 octobre 1789 . Le voyage à Varennes était donc une récompense. L’énorme berline que Fersen avait fait construire et dont le toit était surchargé d’un immense tas de bagages auxquels la Reine ne voulait en aucun cas renoncer, et l’exigence de la Reine d’avoir avec elle Madame de Tourzel au lieu d’un ancien officier qui connaissait la route et savait prendre des décisions, a été dramatique.

La Reine avait confié depuis un certain temps la rédaction du plan de voyage à son secrétaire personnel, Aujeard qui devait monter le projet et rédiger rapidement un mémoire pour le monarque. Au lieu de travailler à l’abri de toute indiscrétion dans son cabinet Aujeard a dicté son travail à un commis qui en a pris copie pour le dénoncer à la prévôté. Aujeard a été arrêté et mis en prison mais comme il avait réussi à détruire la copie, l’original étant confié à la Reine, il a été acquitté par le Châtelet faute de preuves.

On croyait que le marquis de Bouillé avait sous son commandement plusieurs régiments très loyaux. Cela n’était pas le cas. Le ministre de la guerre Louis Le Bègue Duportail avait retiré les régiments fidèles pour les placer ailleurs et Bouillé était subitement resté avec ces fameux dragons qui cuvaient leur vin, offert largement par la municipalité de Varennes. Arrivée à Varennes, la voiture du Roi n’était pas protégée comme prévu.

Retournons aux Tuileries pour voir les préparatifs du voyage. A force de chercher où l’on pourrait sortir du château avec le moins de risque, la Reine se rendait compte qu’une de ses femmes occupait une petite chambre ayant une porte qui donnait dans l’appartement de Monsieur de Villequier au rez-de-chaussée d’où on sortait directement dans la cour des princes. Monsieur de Villequier avait émigré et son appartement était vide. De l’autre côté cette petite chambre tenait à l’appartement de Madame Royale. La Reine s’empara de cette pièce sous le prétexte d’agrandir le logement de sa fille. Pour mieux détourner les soupçons elle fit faire de nombreux changements et arrangements en partie avec l’aide de l’architecte Renard pour la fabrication de nombreuses clefs et la pose d’une armoire à fonds mobile dans une chambre de Madame Elisabeth.

Marie-Antoinette croyait aussi qu’il n’y avait pas de surveillance à la porte de sortie de l’appartement de Monsieur de Villequier ce qui était une grave erreur. Fersen venait très souvent tard le soir et venait par là et Lafayette était au courant de tout. De plus il n’y avait pas que Madame de Rochereuil qui trahissait, d’autres domestiques faisaient la même chose. Tous les valets d’intérieurs trahissaient.

Madame Campan avait été chargée par la Reine de se procurer dans les boutiques de Paris un trousseau complet pour elle et pour Madame Royale, ainsi que des habits en assez grande quantité, dont plusieurs « à la matelot » pour le Dauphin. Comme Louis Charles ne devait rien savoir du voyage prévu on avait pris les dimensions sur un des enfants des domestiques qui avait le même âge et la même taille et qui était peut-être le petit Sozie. Madame Campan avait prévenu la Reine du danger représenté par l’achat massif de vêtements. Rien n’y avait fait mais Marie Antoinette avait imaginé un moyen pour détourner les soupçons éventuels : il fallait entreprendre des jeux, des distractions et beaucoup d’activités divers. Elle voulait aussi faire parvenir une lettre confidentielle au comte d’Artois à Francfort pour l’avertir du prochain départ . Elle a donc fait prévenir Brun, son ancien dessinateur et ami d’Artois, de venir rejoindre le plus vite possible la famille royale aux Tuileries. Brun est arrivé à Paris au printemps 1791. Il est resté un certain temps pour éviter sans doute d’avoir l’allure d’un messager. C’est de cette époque que date le dessin du petit Louis sur la terrasse du bord de l’eau aux cheveux coupés courts et avec le lapin blanc dans ses bras.

Brun a bien porté la missive de la Reine à Francfort. De retour a Paris il a été arrêté mais libéré très vite grâce à son ami Prieur. Il a immédiatement quitté la France.

La petite pièce modeste ajouté aux locaux de Madame Royale était pratique pour installer tout le nécessaire pour peindre deux tableaux à l’huile avec les matériaux très salissants qu’il fallait broyer pour avoir les couleurs, l’huile de lin, les dissolvant etc. On pouvait donc circuler à l’aise entre cette pièce et l’appartement de Monsieur de Villequier, assister ou non à la peinture, sortir dans la cour des princes, etc. On a habillé « le petit Sozie » avec un des habits à la matelot y compris les chaussures aux talons rouges, la grande ceinture bleue et la chemise en dentelle et tous les jours on faisait un peu de peinture ou on réactivait le « Royal Bonbon » pour amuser les enfants.

Nous connaissons au Cercle le peintre Brun depuis longtemps. Le dessin au lapin blanc et le pastel de profil sont expliqués de façon très professionnelle dans le Musée Louis XVII sous la référence 1Laur 42 et 1Laur 45. Dans les explications données pour ce dessin on parle du critique d’art Fournier-Sarlovèze qui a édité en 1911 un album concernant le peintre Louis August Brun. J’ai pu imprimer l’album sur internet et j’ai trouvé que c’était une vraie merveille car non seulement il y a beaucoup de reproductions mais l’album contient également la biographie de Brun qui est très peu connu en Suisse mais pas du tout en France. Fournier-Sarlovèze explique que Brun signait très rarement ses tableaux mais qu’en Suisse circulent quelques rares tableaux à l’huile signés « Madame Le Brun » qui sont en fait de « L. Brun » et que ce petit arrangement a permis de vendre beaucoup plus chers. Cela est aussi la raison pour laquelle nous trouvons dans toute la recherche concernant le tableau d’Auxerre constamment la mention : Louis XVII peint par Madame Vigée-Lebrun. Il est actuellement répertorié comme le portrait d’un enfant inconnu peint par un artiste inconnu.

Les tableaux avaient été donnés par la Reine à la mère du petit Sozie, sans doute juste avant le départ pour Varennes pour ne pas laisser de traces. Le pauvre petit Doisy, après des jours heureux, comme il le relate dans ses mémoires, a passé un certain temps dans le grenier de l’hôtel de Modène souffrant de la faim et du froid pendant que le Dauphin était enfermé au Temple. Plus tard le père Doisy était installé rue Saint Jacques avec sa famille et y faisait un commerce de fer et avait finalement fait faillite, laissant sa famille dans une très grande pauvreté. On peut penser que les tableaux ont peut-être été vendus ou saisis. Mais il y a aussi une autre piste.

Madame de Sainte Aulaire avait chargé le père du petit Doisy de transporter une valise très lourde contenant de l’argenterie chez Robespierre pour obtenir la libération de son père, le comte Ranconnet de Noyan. Arrêté dans son château de la Mancellière près de Dol le 24 avril 1793 après la découverte chez un bourgeois de Dol du plan de l’association bretonne dressé en 1791 par le marquis de la Rouerie et le comte de Noyan, Monsieur de Noyan, très âgé, fut transporté à Paris et « emprisonné » à la pension Belhomme, moyennant rançon.

Le comte de Noyan et sa fille, Madame de Sainte Aulaire, donnaient à Lalligand, le rançonneur officiel du Comité de sûreté générale, tout ce qu’ils pouvaient mais en 1794 il manquait encore une somme importante et Madame de Sainte Aulaire offrait une malle d’argenterie.

Le petit Doisy écrit ses mémoires en 1863 à l’âge de 78 ans. Il a parfois quelques problèmes avec les dates et les noms. Le petit Louis et le petit Sozie n’avaient que six ans au printemps 1791. Dans ses mémoires il dit que son père était allé en Périgord chercher cette malle. Mais la malle était sans doute à la Mancellière, domicile de Monsieur de Noyan. Souvent les souvenirs du petit Doisy ne sont pas très précis. En tout cas la malle contenant l’argenterie était destiné au Comité de sûreté générale pour être partagée. Le comte de Noyan a échappé à la guillotine grâce à Thermidor et à encore vécu à Etiolles près de Paris jusqu’en 1810.

Quant au second tableau peint par Brun il pouvait intéresser les Bretons catholiques qui faisaient encore la guerre, par intermittance, pour Dieu et pour Louis XVII, depuis la Constitution civil du Clergé depuis 1790 jusqu’au début du 19ème siècle.

C’est en 1794, peu de temps avant la mort de Robespierre, que Doisy est allé chercher la malle avec l’argenterie. Peut-être a-t-il acheminé le portrait de Louis XVII en Bretagne ? Nous ne pouvons pas le prouver mais personne ne peut prouver le contraire.

Il me reste à découvrir comment le tableau représentant « le petit Sozie » est arrivé chez le préfet de l’Yonne qui l’a fait entrer au musée d’Auxerre à la fin du 19ème siècle. Quant à découvrir un jour le second tableau la tâche est excessivement difficile ; nous pouvons supposer que le dauphin était habillé exactement de la même façon et que le fond du tableau représentait les mêmes locaux. La position sur le tableau du petit Sozie indique d’ailleurs assez bien qu’un autre personnage se trouvait à proximité. Si nous nous reportons à la référence 1Laur45 nous remarquons que le Dauphin a les cheveux assez longs et regarde vers le bas. Nous pouvons dire que ce pastel a été fait avant le croquis au lapin blanc sur la terrasse du bord de l’eau où le petit Louis a les cheveux courts, sans doute en vue du voyage. Vous savez sans doute qu’au 18ème siècle les artistes faisaient toujours un pastel avant de commencer un portrait à l’huile. Il s’agit peut-être de la préparation du portrait du Dauphin en vis-à-vis du petit Sozie.

Vadier, dans son accusation contre Robespierre, fait bien mention d’un tableau représentant le Dauphin, utilisé par la Mère de Dieu dans sa secte. Mais quelle confiance pouvons nous accorder à Vadier qui voulait abattre Robespierre par tous les moyens ? D’ailleurs Lenôtre, dans son livre : « Robespierre et la Mère de Dieu » ne fait aucune allusion à un tableau.

J’aimerais attirer votre attention sur l’iconographie : quelques dessins de Brun pour vous montrer son extraordinaire coup de crayons. Et aussi les reproductions de deux petits objets que je vous ai déjà montrés il y a quelques années mais qui ne vous ont guères inspirés : la petite figurine en porcelaine de la manufacture Locré, installée pendant la Révolution rue du Temple. Le sujet est le même que celui du tableau de Brun : le petit Louis avec la cage dont la porte est ouverte ; il y a encore des traces de l’emplacement de l’oiseau. Et la petite boîte en papier mâché qui représente sur le couvercle le Dauphin habillé pour faire un trajet à pied assez long car il a son matelas roulé sous le bras. Cette boîte provient d’une famille du Berry obligée de vendre des souvenirs. Le sujet le plus significatif est évidemment l’oiseau sur la cage ouverte. Si les artistes de l’époque ont choisi ce motif c’est qu’il était certainement à l’ordre du jour.

Et pour terminer je vous livre mes réflexions sur le tableau intitulé : « « le Dauphin avec son chien » référence BCL6 dans le musée Louis XVII. C’est le n° 340 du livret (catalogue) du Salon de 1789 qui dit que le tableau a été « envoyé » par Madame Vigée-Lebrun au salon . Il n’y a aucune preuve. N’oublions pas non plus que petit Louis avait seulement quatre ans en 1789. Il faut comparer aussi l’enfant à la veste rouge avec le portrait de Louis Joseph peint par Mme Vigée Lebrun. L’habillement est le même, chaussures aux talons rouges, pantalon en velours ocre et dentelle drapée autour du cou. Seulement en 1789 Louis Joseph était très malade et ne pouvait plus marcher ni même se tenir debout. On dit qu’il s’agit d’une copie. Mais nous ne savons pas si l’original a réellement existé.

Sources :

 renseignements du musée d’Auxerre
 les mémoires de Weber, frère de lait de la Reine
 un album du critique d’art Fournier-Sarlovèze de 1911
 annonce sur internet de la mise en œuvre à Genève
 d’un catalogue raisonné Louis Auguste Brun
 communication dans le CRIL 17 d’un descendant (Troubadour)
 de Charles François Doisy dont le père, Charles Louis Doisy
 était né en 1755 à La Loupe en Eure-et-Loir
 Jacques Hamann/Maurice Etienne : Louis XVII et les 101 prétendants:chapitre 6,page,35
 le Marquis de la Rouerie et la Conjuration Bretonne
 par G.Lenôtre

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Seconde partie

Dans la première partie de mon exposé concernant le tableau d’Auxerre, nous avons rencontré aux Tuileries la Famille Royale en détention, des domestiques, l’architecte Renard, le peintre et dessinateur Louis Brun appelé aussi « Brun de Versoix », la famille Doisy, surtout le petit Sozie, le régiment « Royal Bonbon », Madame Campan et ses conseils concernant l’achat d’un très grand nombre de vêtements pouvant attirer l’attention des nombreux espions que les responsables politiques avaient introduits aux Tuileries dans l’entourage de la Famille Royale.

Après l’échec de Varennes et l’enfermement de la Famille Royale dans le donjon du Temple, après l’assassinat du Roi et bientôt de la Reine, le petit Sozie qui a neuf ans en 1794, nous parle de sa famille rue Saint-Jacques et des soucis de Madame de Sainte-Aulaire qui doit trouver les sommes nécessaires exigées par le Comité de Sûreté nationale pour éviter la guillotine à son vieux père, le comte de Noyan.

C’est le père du petit Sozie qui ira en Périgord au château d’Escoire pour rapporter à Paris une valise très lourde pleine d’objets en argent.

En m’intéressant au comte de Noyan j’ai en effet découvert qu’il avait été militaire (de là ses relations avec le marquis de la Rouerie) et notamment lieutenant des maréchaux du régiment Périgord.

Le comte de Noyan a sauvé sa tête à Thermidor mais sa fille, Madame de Saint-Aulaire, était tellement démunie qu’elle a été recueillie avec son fils depuis les évènements du 10 août par les Doisy qui étaient domiciliés rue des Marais donnant sur les fossés Saint Antoine.

Avant de partir pour Varennes, la Reine avait donné les deux tableaux peints par Louis Brun à Madame Doisy, mère du petit Sozie.

Cet événement est le commencement d’une nouvelle enquête qui doit nous mener de juin 1792 à l’année 1889 à Auxerre. C’est en effet à ce moment que le tableau est entré comme legs de Monsieur de Bonnaire de Sainte-Pallaye au musée d’Auxerre.

Dans le milieu du 18ème siècle, Sainte-Pallaye n’était pas un nom de famille mais le nom d’une petite paroisse à environ 3 km de la ville d’Auxerre. Les terres de Sainte-Pallaye appartenaient à la famille Lacurne qui était liée au Duc d’Orléans. Madame de Lacurne, mère de jumeaux que les habitants des environs appelaient « les frères Lacurne » leur avait fait construire un joli petit château en lisière de la via Agrippa qui allait de Milan à Boulogne-sur-Mer, et elle vivait elle-même à Auxerre.

L’un des jumeaux vivait constamment au château de Sainte-Pallaye pour s’occuper de l’intérieur, du parc, de la chasse et de tous les agréments de la campagne, mais l’autre jumeau, d’une santé délicate, faisait des études exceptionnelles à partir de ses quinze ans et était connu, très jeune encore, comme Jean-Baptiste de Lacurne de Sainte-Pallaye, grand savant, fréquentant Buffon, Daubenton et toute l’équipe du Jardin du Roi. C’est à lui, savant de nos jours complètement inconnu, que l’on donnait à l’époque le nom de Lacurne de Sainte Pallaye pour le distinguer de son frère qui est connu sous le nom de « monsieur de Lacurne ».

Au moment du legs nous avons affaire à Monsieur de Bonnaire de Sainte-Pallaye. Il est mentionné comme Conseiller général.

Eudoxie de Lacurne de Sainte Pallaye était mariée avec André Ernest de Bonnaire de Rosoy, maire de Sainte-Pallaye de 1868 à 1871, originaire de la région de Sens. Eudoxie avait une sœur, Louise Claire de Lacurne de Sainte-Pallaye, mariée en 1836 avec Casimir André Alexis Viénot de Vaublanc, arrière-petit-neveu du ministre Vincent-Marie de Vaublanc bien connu qui avait été emprisonné pendant la Terreur et encore au moins trois fois par la suite, ayant échappé à tout, très ami avec Artois et fréquentant Jules de Polignac. Louise Claire est décédée peu de temps après son mariage car nous voyons que Casimir se marie pour la seconde fois en 1840.

Eudoxie qui était née au château de Sainte-Pallaye avait perdu son mari de Bonnaire le 15 mai 1878. Onze ans plus tard, le tableau entre au musée d’Auxerre.

J’avance une hypothèse : Eudoxie et sa sœur Louise Claire étaient nées au château. Elles étaient probablement les petites nièces ou les petites cousines des jumeaux de Lacurne de Sainte-Pallaye qui ne se sont jamais mariés. Les deux sœurs ont sans doute connu le tableau qui ornait le château ; c’est en tout cas ce que l’on dit au musée d’Auxerre. Mais il y a autre chose : tous les de Bonnaires originaires de la région de Sens, dont un notaire, étaient protestants. Certains, originaires d’Amiens, avaient émigré en Angleterre. Depuis la Révocation de l’Edit de Nantes, les poursuites pour hérésie étaient fréquentes. Mais nous sommes au 19ème siècle pendant la troisième République et les poursuites sont plutôt dirigées contre la religion catholique. Madame Adélaïde de Cintré qui était née Viénot de Vaublanc a eu les pires difficultés avec la mairie de Montargis, très à gauche au 19ème siècle, au sujet de l’école religieuse de Montargis. Autant qu’il est possible de le vérifier maintenant, la famille Viénot de Vaublanc était catholique et royaliste au 19ème siècle mais nous n’en savons rien avant. Il ne faut pas oublier que le ministre Vaublanc a marié sa fille avec un protestant anglais.

Le peintre Brun de Versoix était protestant car descendant d’une famille du Languedoc émigrée en Suisse. Il y a sur internet une liste des protestants de Bourgogne mais je n’ai pas encore eu le temps de tout vérifier.

A Montargis, la famille Viénot de Vaublanc possédait une copie du tableau qui est entrée au musée de Montargis en juin 1947 par affectation de la Mairie. Cela veut dire en clair que la toile n’appartient pas au musée, c’est une sorte de dépôt. Elle n’est d’ailleurs pas exposée car elle est trouée. Lors de son entrée au musée il a été indiqué que le tableau provenait de la collection de peinture de Casimir André Alexis.

Revenons à ce célèbre personnage qu’était le ministre Vaublanc. On dit qu’il était passionné de dessins et qu’il en avait une importante collection. J’ai trouvé qu’il avait marié sa fille au fils d’un faïencier célèbre, vivant en France depuis 1788 mais pratiquement inconnu chez nous. Il s’agit de l’Anglais Christopher Potter, ancien membre du Parlement ayant quitté l’Angleterre après un duel avec Pitt l’Ancien. Potter était un royaliste ardent et avait même financé une compagnie de garde-corps pour le Roi et la Reine, compagnie dissoute après l’emprisonnement de la famille royale aux Tuileries. Ce Potter faisait faire de la porcelaine superbe à Chantilly et de la faïence à Montereau. La décoration de cette faïence était un nouveau procédé d’impression de gravures, parfois en couleur mais surtout en noir. Vous trouverez dans le Musée Louis XVII quelques assiettes dans la collection de notre regretté Edouard Desjeux et j’en possède moi-même un certain nombre. Les assiettes de Montereau relatent les monuments et les événements importants de la première moitié du 19ème siècle. Potter était devenu extrêmement riche et la fille du ministre avait fait ce que l’on appelle « un beau mariage ». L’histoire de Christopher Potter, ardent royaliste, nous ramène à l’original du tableau peint par Brun et au milieu très cultivé que fréquentaient les Lacurne et les Viénot de Vaublanc.

Le musée de Montargis dit que le tableau provient de la collection de peinture de Casimir Viénot de Vaublanc qui était le fils d’André Viénot de Vaublanc, maire de Montargis en 1817. Mais Casimir était le mari de Louise Claire de Lacurne de Sainte-Pallaye. En remontant l’histoire des familles Lacurne et Bonnaires, sans oublier les Vaublanc, nous trouverons peut-être comment le portrait en pied du petit Sozie est arrivé au château de Sainte-Pallaye.

A Montargis le discours est différent : on dit d’une part que le tableau (la copie de Sainte Pallaye) représente un ancêtre de la famille Viénot de Vaublanc. Mais un historien d’art prétend qu’il doit s’agir d’un prince de Bourbon descendant de la lignée de Naples. Nous avons déjà vu au sujet de la Comtesse des Ténèbres que la mythomanie en matière de recherches historiques est très répandue.

Ces affirmations proviennent du fait que l’enfant porte une décoration. Rien ne prouve qu’elle soit d’origine. Elle a pu être ajoutée pour prouver une origine prestigieuse.

Mais d’où vient l’idée que les tableaux auraient pu être l’oeuvre de Madame Vigée-Lebrun ? J’ai trouvé qu’une double origine de cette fausse indication est possible : d’une part tout simplement par la bêtise des collègues du petit Sozie. En effet,dans le milieu du 19ème siècle le petit Sozie était acteur au Vaudeville. Il jouait principalement les domestiques. Ses camarades du Vaudeville ne valaient guère mieux. Le petit Sozie devait vaguement se souvenir du nom de Brun. Madame Vigée-Lebrun, très célèbre mais ne travaillant plus, décède en 1842. Plusieurs personnes ont dû lui dire : « mais ton tableau c’est sûrement de Mlle Lebrun ». Malheureusement il n’explique pas dans ses mémoires s’il possède le ou les tableaux. D’autre part par les mariages dans la famille Viénot de Vaublanc. En effet André Marie Maurice Viénot de Vaublanc, né en 1842, épouse en 1873 Louise Adrienne Marguerite Le Brun, fille d’un inspecteur des Eaux et Forêts. André Marie est le troisième fils de Casimir, l’amateur de peinture.

Mythomanie et mythe ont la même racine. Or les mythes ont souvent un petit fond de vérité. Pour le prochain chapitre j’ai l’intention de concentrer ma recherche sur la famille Doisy d’une part et sur les protestants de Bourgogne d’autre part ainsi que sur les familles Lacurne, Brunet et Vaublanc. En attendant j’ai fait sortir sur internet une généalogie des Doisy et oh surprise, elle est en néerlandais ! Cela promet.

Sources :

– Guide Pittoresque dans le département de l’Yonne
– Sciences et Art :
La Curne de Sainte-Palay par Léon de Bastard
– L’Edit de Tolérance du 29 novembre 1787
– Géographie : les anciennes voies gallo-romaines et médiévales

Renée Lescaroux 

PS : nous apporterons dès que possible les corrections d’affichage indispensables, en vue d’établir les liens entre le texte et les sources documentaires citées.

Autour de deux questions d’actualité [ MAJ 31/08 ]

MAJ 31/08 

Au risque d’être accusé éventuellement de chercher à créer un simple  effet d’annonce, nous ne pouvons pas nous empêcher de vous livrer la conclusion de notre brochure intitulée  » Autour de deux questions d’actualité « , que nous allons faire imprimer demain et que nous offrirons gratuitement, à l’occasion des Journées Chouannes 2016 – programme de choc par CHIRE-DPF  , à tout acheteur de notre livre, Louis XVII Autopsie d’une fausse vérité (octobre 2015) , dont il ne nous reste plus que quelques exemplaires.

Nous prenons ce risque pour une seule et unique raison, car nous n’avions pas prévu de vous communiquer cette information avant le début de la semaine prochaine. 

Cette raison, ou plutôt ces raisons, les voici : 

Nous avons voulu voir sur le boudoir de Marie-Antoinette, si par hasard il y aurait eu une nouvelle information significative, au sujet de la taille du Dauphin et des mesures du dernier costume qu’il a porté au Temple.

Ce faisant notre regard s’est arrêté sur ce message posté hier par pimprenelle  

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Marie-Antoinette et le comte de Fersen par Evelyn Farr


Ah bon? Shocked Je viens de tout lire et les bras m’en tombent. Shocked D’après cet article,( ci-dessous )  ces petites pièces ne sont pas l’appartement de Fersen à Versailles, pour finir?
http://maria-antonia.justgoo.com/t2461-fersen-logements-et-femmes?highlight=logementsC’est à ne plus rien y comprendre?! Shocked====Article de Ms Farr dans la Gazette d’Esprit XVIIIe.
https://plus.google.com/104028210571475304295/posts/DrT7GVkihqAIl est question des logements du Comte de Fersen à Versailles jusqu’à la Révolution.
C’est un peu tiré par les cheveux. Wink

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Nous avons donc tout de suite embarqué sur notre trimaran CRIL17, et toutes voiles dehors nous avons parcouru l’article proposé au téléchargement ! Et ce que nous avons pu lire par un hublot de notre TGV maritime nous a totalement révolté et scandalisé, comme vous pourrez facilement le comprendre en le lisant !

Mais quel lien avec la nécessité impérieuse qui nous pousse à publier la conclusion de notre brochure de 30 pages ( format A 4) que nous avons rédigée, il y a à peine 1 heure, plusieurs jours après en avoir commencé la rédaction, après l’étude des livres de Louis Hastier et du Dr Jacques Descamps ?  

Celui-ci : lorsque nous avons entamé notre étude critique, nous étions prêt à admettre que notre hypothèse sur l’exfiltration de Louis XVII du Temple était un pur fantasme et à reconnaître pour vrai ce qui devait nécessairement s’imposer, si la démonstration de Louis Hastier s’avérait irréfutable, comme nous avons ou le lire ici ou là : Louis XVII était bien mort au Temple dans les premiers jours de janvier 1794, puisqu’il est désormais évident, depuis la publication de notre livre Louis XVII Autopsie d’une fausse vérité que ce n’est pas Louis XVII, mais un jeune homme d’environ 18 ans,  qui a été inhumé au cimetière Sainte-Marguerite le 10 juin 1795, 22 prairial An III de sinistre mémoire.

Et nous pouvons même, aujourd’hui, vous faire confidence. Si nous avions dû, contraint et forcé par la raison et les preuves historiques et archivistiques et même médico-légales, apportées les unes par Louis Hastier et les autres par le Dr Jacques Descamps, admettre cette terrible vérité de la mort de Louis XVII au Temple en janvier 1794,  une petite musique entendue un jour, même dans certains milieux royalistes, et dont nous ne préciserons pas davantage l’identité, qu’après tout si la Divine Providence avait permis la chute de la Royauté Capétienne et, sanction suprême, la disparition au Temple de Louis XVII, c’est en raison de l’adultère de la Reine Marie-Antoinette avec le Comte de Fersen, père du Duc de Normandie….  

C’est pourquoi nous avons la grande joie intellectuelle de vous proposer le sommaire de notre petite étude  et sa très courte conclusion, avant de pouvoir nous occuper, dès que possible et comme elle le mérite, de la théorie de dame Evelyne Farr !

Table des matières

I Présentation générale de la thèse de Louis Hastier et du Dr Jacques Descamps

II Caractère inédit de la thèse du Dr Jacques Descamps

III La thèse de Louis Hastier peut-elle mettre fin au «  malaise » suscité par la Question Louis XVII ?

III.1 La santé du Dauphin

III.2 Les médecins de Louis XVII

III.3 Le triste sort du jeune Roi 

IV Synthèse de notre analyse critique des théories de Louis Hastier et du Dr Jacques Descamps

IV.1 Relevé résumé de leurs principales conjectures et erreurs.

IV.2 Notre conclusion provisoire

                 Ni Louis Hastier dans La double mort de Louis XVII, ni le docteur Jacques Descamps dans L’énigme du Temple n’ont apporté la preuve que Louis XVII serait mort au Temple dans les premiers jours de janvier 1794.

            Bien au contraire, tout ce que nous avons pu lire en étudiant ces ouvrages nous invite à faire l’hypothèse que ce n’est pas Louis XVII qui est mort au Temple à cette époque, mais le substitué, dont le Général Comte d’Andigné a retrouvé les restes en juin 1801. 

Aussi, et compte tenu des motivations qui étaient les nôtres avant d’entreprendre cette étude (voir notre introduction ), nous allons nous attacher désormais à établir la pertinence de notre modèle d’exfiltration de Louis XVII du Temple, durant la période du  21 août 1793 à la nuit du 2 au 3 septembre 1793, date de l’échec de la tentative d’évasion de la Reine Marie-Antoinette de la Conciergerie.

C’est ce que nous espérons pouvoir publier dans un prochain ouvrage, au cours de  l’année 2017, s’il plaît à la Divine Providence.

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MAJ 28/08 

17 000 mercis à notre site partenaire du boudoir de Marie-Antoinette qui a bien voulu s’intéresser à notre demande 

 La taille de Louis Charles

Voir le sujet précédent=============

Chers amis,

Nous sommes en train de rédiger la brochure intitulée comme ci-dessus, que nous présenterons à l’occasion des prochaines JOURNÉES CHOUANNES 2016 LES 3 ET 4 SEPTEMBRE : SPÉCIAL 50 ANS DE CHIRÉ  .

Au cours de la rédaction de notre étude critique du livre de Louis Hastier La double mort de Louis XVII  publié en 1951, chez Flammarion, nous avons fait un arrêt sur image sur cette citation, extraite de la p 27 : 

« Aveuglée par l’amour maternel, Marie-Antoinette ne se rendit même pas compte que la taille de son fils était inférieure à celle des enfants de son âge, le jour où …/… elle inscrivit sur le mur de sa chambre de prisonnière que Louis-Charles mesurait trois pieds deux pouces (1.02 m au lieu de 1.10 m, moyenne normale) alors qu’il entrait dans sa huitième année. »

Cela nous a renvoyé aussitôt à une information publiée récemment par un internaute sur notre site partenaire  Charles Louis, le roi Louis XVII,  selon laquelle le dernier costume que  » le Dauphin avait porté au début de son emprisonnement au Temple avait été confectionné pour un enfant mesurant 1.20 m.  » ( source : » çà m’interesse » , sauf erreur de mémoire ) . 

Après vérifications et recherches diverses nous venons de découvrir que l’exposition  » Anatomie d’une collection  » où on peut voir ce vêtement du Dauphin est toujours en cours, au Palais Galliera à Paris, jusqu’au 23 octobre 2016, ainsi que l’atteste la page dédiée du site internet de cette très honorable et réputée institution !

D’où cet appel que nous lançons à nos amis franciliens toujours passionnés par la recherche de la vérité sur le destin de Louis XVII :

Serait-il possible à l’un d’entre vous  d’aller vérifier sur place quelle est la taille de l’habit du Dauphin qui est effectivement mentionné sur l’inventaire, au milieu d’autres pièces historiques ? 

On comprendra facilement qu’une réponse avant le 2 septembre 2016 nous obligerait à la plus extrême reconnaissance, en raison de notre participation aux 

Les Journées Chouannes « spéciales 50ème anniversaire de Chiré »,

c’est plus de 130 auteurs présents pour vous rencontrer.

Autour du voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus

Lu sur l’éphéméride de référence du Salon Beige ; nous reviendrons dès que possible sur cette publication que nous n’avons pas la liberté de commenter comme nous le souhaiterions 

  • le 21 juillet 1792 : le vœu de Louis XVI est remis au père Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roi.

C’est le vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa personne, sa famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Texte du vœu :

« Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur ? 0 Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiés institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

0 Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il. »

Mais à ce moment Louis XVI n’est plus Roi. Sa fonction et son pouvoir lui ont été retirée, mais sans l’aval du Peuple.

Galerie de portraits de  » Louis XVII  » au Temple

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