Autour des interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793 – Une curieuse coïncidence

Recherches sur l’histoire de la peinture sur émail dans les temps anciens et modernes, et spécialement en France 

Louis Dussieux Leleux, 1841171 pages

« …  Pierre Pasquier et Weiller vers 1777 rendirent à la peinture sur émail une certaine splendeur Le premier né à Villefranche Rhône fut reçu membre de l Académie de peinture et de sculpture en 1769 Il exposa en 1777 plusieurs émaux la Sculpture Charles I d après Van Dyck le portrait de M Saint Léger médecin 2 et quelques autres émaux les années suivantes Nous ne savons l époque de la mort de cet artiste seulement il vivait encore en 1792 … »  ( p 137 – voir aussi p 155 ) 

France dictionnaire encyclopedique par Ph. Le Bas: A-AZ, Volume 1

Didot, 1840 – 560 pages ( p 72 ) 

Liste de tous les membres de l ancienne Académie des beaux arts depuis sa fondation en 1648 jusqu’ en 1793

1769  27 octobre Pierre Pasquier peintre en émail vivait encore en 1792 

Les trois siècles de la peinture en France … 

Pierre Pasquier né à Villefranche en Beaujolais ( en 1731 )  reçu à l’Académie académicien (en 1769 )  peintre en émail mort le 14 novembre 1806 âgé de soixante quinze ans ( p 291 )
Et de glanure en glanure, grâce aux PV du Comité d’Instruction publique de la Convention Nationale ( M. J. Guillaume ) nous avons découvert une curieuse coïncidence : 
le peintre David a fait incarcérer le peintre en émail Pierre Pasquier en décembre 1793, au motif qu’il était un ami du Ministre de l’intérieur Roland  ! 

PV du 15 pluviose an II ( 3 février 1794 )

Le comité d’instruction publique nomme David, Mathieu et Prunelle pour obtenir l’extraction des papiers de la Commission du Muséum qui se trouvent sous les scellés apposés chez le citoyen Pasquier.

( p 394 PV du comité d’Instruction Publique rédigé par Guillaume T 3 )

En note de bas de page, on lit que Pasquier était membre de l’ancienne Commission du Muséum dont il est question p 187 où on lit un rapport de David …

 » Voici l’état de ce que M. Roland a pris sur les trois cent mille livres de l’exercice  de 1792:

Du 10 au 15 août: aux commissaires nommés pour inventorier le château des Tuileries et les autres effets précieux de la couronne, pour les réparations à la galerie du Louvre, pour y recevoir les tableaux, statues, et autres dépenses de ladite commission, ci. 3,000~00″ 0′
Du 2 o au a 5 août aux mêmes, pour les frais relatifs à cette opération.  1,000 00 0
Du i » au 6 octobre au sieur Charles, professeur de physique, pour les frais de translation de son cabinet aux`galeries du Louvre. 3,000 00 0
Du 5 au 10 novembre: au sieur Pasquier, trésorier de la commission du Museum, pour subvenir aux menues nécessités de ladite commission. 3,000 00 0
Du 26 novembre au 1 cr décembre aux cinq commissaires du Museum, pour les mois d’octobre et novembre. 1, 666 13 & ToTal 
Il est surprenant que les commissaires de la trésorerie nationale aient permis ces payements, qui sont tout à fait contraires à la lettre et à l’esprit de la loi. 
Lorsque le ministre Roland rendra ses comptes, il est impossible qu’on lui passe ces articles, surtout d’après le décret du 28 octobre 1792, qui oblige le ministre d’énoncer à chaque article de dépense le décret qui l’a autorisée et de détailler les motifs qui ont donné lieu à chaque ordonnance.
Le Comité d’instruction publique est prié de prendre en considération ces abus et de les prévenir pour la suite 
Procès-verbaux du Comité d’instruction publique de la Convention nationale, par M. J. Guillaume. ( T 1 )
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Sauf erreur d’interprétation, rien n’oblige à penser que le tableau original peint sur émail ait mentionné la date de la mort de  » Louis Charles de France  » !
D’où les questions : la peinture sur émail d’origine aurait-elle été faite en 1793 par Pierre Pasquier, seul peintre en émail dont nous ayons retrouvé la trace pour la période de la Révolution ? 
Et si Pierre Pasquier a été un moment très proche de David, comme le laisserait penser un indice que nous n’avons pas encore pu vérifier,  le portrait ci-dessus serait-il celui de l’adolescent qui a été confronté à Madame Elisabeth et que Madame Royale aurait prétendu avoir embrassé tendrement ?

Autour des interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793 [ Addendum 22 h 50 ]

Lire c’est relire ! En relisant les textes des uns et des autres sur les PV des 6 et 7 octobre 1793, nos échanges passés sur nos défunts forums, nous sont revenus en mémoire et en particulier ce portrait qui serait attribué à David, selon une tradition parmi d’autres …  

Lorsque nous avions étudié la question des portraits de substitués à Louis XVII nous n’avions pas été en mesure d’arbitrer le débat autour de ce portrait qui est en contradiction avec ce portrait officiel  de celui que nous considérons toujours comme le premier substitué à Louis XVII, peint par Vien fils durant l’été 1793, et qui fut exposé un temps au Musée Carnavalet, comme étant le portrait de Louis XVII ; nous ignorons s’il y est retourné à l’heure actuelle, car il avait disparu des cimaises, lorsque nous avions voulu le voir il y a quelques années maintenant … 

 

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Mais aujourd’hui, nous savons que la rencontre de Madame Royale avec  » son frère engraissé  » n’est pas conforme au texte du manuscrit autographe de Madame Royale que notre ami et archiviste du Roi Louis XVII, Christian Crépin, nous a fait connaître tout récemment.

Peut-être serait-il opportun de vérifier quand est apparue, pour la première fois, cette version d’un « Louis XVII engraissé  » qu’il serait raisonnable de lier au premier portrait ci-dessus ?  

A titre d’exempleMémoires de la famille royale de France … Colburn, 1824, p 81 )

 » … beaucoup de vin quoiqu’il ne pût souffrir cette boisson Ce régime lui donna bientôt la fièvre il prit une médecine qui lui réussit mal et sa santé se dérangea tout à fait. Il était extrêmement engraissé sans prendre de croissance Simon le menait cependant encore prendre l air sur la Tour …  » 

Mémoires particuliers: formant avec l’ouvrage de M. Hue et le journal de Cléry l’histoire complète de la captivité de la famille royale à la tour du Temple

Audot, 181777 pages
 » … sa santé se dérangea tout à fait Il était extrêmement engraissé sans prendre de croissance Simon le menait cependant encore prendre l air sur la tour «  ( p 45 )
« … Chaumette dans l es Calier voulut lui faire des politesses elle feignit de ne point les entendre et elle arriva b1entôt chez son frère qu elle embrassa bien tendrement mais que l on arracha de ses bras en lui disant de passer dans l autre chambre Chaumette lui dit de s y asseoir ce qu elle fit il se mit en face d elle pendant qu un municipal prit îa plume …  » ( p 51 ) 
En guise de conclusion provisoire, et quoi quelle que soit l’interprétation qu’on peut faire du compte-rendu de la rencontre de Madame Royale avec  » son frère présumé  » , il n’en demeure pas moins que Madame Royale n’a pas vu son frère entre le 3 juillet 1793 et le 6 octobre 1793 ! On peut donc s’interroger sur la fiabilité de l’information qui lui aurait été donnée par les municipaux, si  on s’en tient au texte du manuscrit ! 
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Addendum 22 h 50 Esquisse de conclusion provisoire
De deux choses l’une : 
  • 1 / Ou bien les documents en notre possession ( PV + mémoire de Madame Royale ) rendent compte INTEGRALEMENT de la réalité historique 
  • 2 / Ou bien ces même documents n’en rendent compte que PARTIELLEMENT, voire même PAS DU TOUT ! 

    Première hypothèse :

Si Madame Royale a embrassé tendrement son frère, vu le PV de son interrogatoire qui a suivi, on est obligé d’admettre qu’elle n’a pas été confrontée à lui et que son frère a signé le PV, après qu’elle ait quitté son appartement. Soit ! 

Mais il s’en suit automatiquement que c’est son frère qui a été confronté ensuite à sa tante ! OR IL EST IMPOSSIBLE que Louis XVII ait pu tenir tête à sa tante, comme le révèle le PV de l’interrogatoire !  Il y a donc un problème qui oblige à envisager la 2 ème hypothèse ! 

 Deuxième hypothèse : 

Madame Royale n’a pas embrassé tendrement son frère ! Dans ce cas, tout comme dans l’hypothèse précédente, il n’y a pas eu de confrontation avec son frère, qu’elle n’aura donc pas revu depuis le 3 juillet 1793, et il est possible que Madame Elisabeth ait été confrontée à un jeune adolescent, qui a pu lui tenir tête comme le révèle le PV !

Si donc Madame Royale a menti, on peut admettre, comme nous l’avons proposé lors de la construction de notre modèle, qu’elle ait menti lorsqu’elle a rédigé son mémoire au Temple, au cours du second semestre de 1795 pour obtenir sa libération après 3 années d’enfermement  ! Qui oserait condamner la jeune fille qu’elle était encore, après ces trois ans, durant lesquels son père, sa mère et sa tante ont été assassinés ! Et quelle importance cela pouvait-il avoir puisqu’on lui avait dit que son frère était mort en juin 1795 ? Ne lui était-il pas impossible de prévoir les conséquences que ce mensonge allait provoquer ? 

Et on rappellera que selon notre modèle

  • Madame Elisabeth a été guillotinée le 10 mai 1794, parce qu’elle savait qu’elle n’avait pas été confrontée à son neveu le 8 octobre 1793 ; 
  • la lettre testament de la Reine du 16 octobre 1793 est un faux, destiné à faire attester par la Reine que son fils était toujours au Temple les 6 et 7 octobre 1793, alors qu’elle avait tenté de s’évader de la Conciergerie, dans la nuit du 2 au 3 septembre 1793, parce qu’elle savait que son fils, Roi de France, avait été exfiltré du Temple !
  • Enfin, si Madame Royale n’avait pas su que son frère n’était pas mort au Temple, pourquoi a-t-elle demandé – par écrit –  dans un célèbre document à propos d’un candidat à l’identité avec son frère  »  » qu’il me dise à quelle date il est sorti du Temple  » , lorsqu’elle était devenue Madame la duchesse d’Angoulême ?

Les interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793, au Temple – Archives de Michel Jaboulay

Ainsi que le savent nos plus anciens lecteurs, c’est grâce à l’argumentation et aux observations absolument inédites de Michel Jaboulay sur les PV des 6 et 7 octobre 1793 signés par  » Louis Charles Capet  » que nous avons pu construire notre modèle de l’exfiltration de Louis XVII, durant la période du 3 juillet 1793 au soir à la nuit du 2 au 3 septembre 1793 ; mais avant de le présenter à nouveau à l’attention de nos nouveaux lecteurs, voici les archives de Michel Jaboulay, telles qu’elles ont été publiées sur le défunt site du Musée Louis XVII ! 

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Ulysse Moussali écrit que David était présent à l’interrogatoire du 6 octobre 1793 et qu’il a apposé deux fois sa signature sur le procès-verbal.Cette affirmation est fausse. Il confond la déposition de l’enfant du 6 octobre 1793 en présence de Hébert mais pas de David, et la double confrontation du 7 octobre 1793, contre Madame Royale puis contre Madame Elisabeth, qui se déroula en présence de David mais sans Hébert. La double signature des témoins mentionnée par l’auteur se trouve en réalité sur le procès-verbal du 7 octobre.On peut facilement en déduire que l’auteur était davantage critique d’art que véritable historien. Néanmoins, tel qu’il est, ce texte fournit une base de discussion intéressante.Donc, récapitulons :
1 – La déposition de l’enfant est du 6 octobre : Hébert était présent, mais pas David.
2 – La double confrontation est du 7 octobre : David était présent, mais pas Hébert.
La supposition qui est faite pour justifier la présence regrettable de David ce jour-là paraît plausible. En tout état de cause, qu’il en ait parlé ou non par la suite, sa présence ne saurait être niée car sa signature figure, nette et très lisible, au bas de chacune des deux confrontations. Certes, il est toujours gênant de voir cet artiste de talent fourvoyé dans une aventure aussi dégradante, et on comprend les efforts de certains pour l’en exonérer. Mais, sans aucun doute, il était présent.
int53 – La signature de l’enfant est la même :- sur la déposition du 6 octobre,- les deux confrontations du 7 octobre et,- sur la déposition du 26 octobre (fac-simile dans le Louis XVII de Xavier de Roche, p. 426 ; image ci-contre ), ce qui est fondamental, mais jamais évoqué. Or, le 26 octobre, il n’y avait aucune raison de violenter, de saoûler ou de int6droguer l’enfant. Ce qui prouve a contrario qu’il était dans son état normal les 6 et 7 octobre.On remarque (voir ci-contre) que ces quatre signatures sont alignées ce qui exclut toute cosommation d’alcool ou de drogue par l’enfant.
4 – Ces signatures révèlent des différences fondamentales dans le tracé de plusieurs lettres et cette anomalie ne peut être attribuée à un enfant qui écrivait à la perfection, par réflexe, car son apprentissage de l’écriture était encore tout frais.Le caractère hésitant du tracé, de même que la position insolite de certaines lettres notamment le p, révèlent l’illetrisme du signataire et vraisemblablement la connaissance de ce seul nom. Il faut noter en outre que le Dauphin écrivait d’une écriture penchée. L’enfant qui trace ces quatre signatures écrit droit : ce n’est pas la même écriture.
5 – Les minutes des confrontations montrent que l’enfant était totalement lucide et dans un état parfaitement normal. Il intervenait librement et à propos en prenant même un malin plaisir à contredire les femmes qu’il avait en face de lui et ce trait de caractère, qui n’appartient pas à Louis XVII, prouve que nulle contrainte n’était exercée sur l’enfant.C’est aussi le réflexe d’un enfant normal, chez un enfant assis dont les pieds ne touchent pas le sol, de balancer les jambes tel que décrit.
6 – Un enfant de 8 ans saoul ou drogué aurait été physiquement incapable d’assister, lucide, à trois heures de confrontation et encore moins de tenir une plume.La cause est entendue : l’enfant qui a subi dépositions et confrontations n’était pas Louis XVII . C’est la clef qui ouvre le mystère du Temple.Mais pour tous ceux qui donnent la préférence à une autre solution, quelle qu’elle soit et quel que soit leur camp, il est impératif d’absoudre le fils de Louis XVI de cette abominable déposition et des confrontations qui ont suivi : d’où la nécessité de prétendre qu’il était saoul ou drogué, voire les deux. On cite à ce sujet une phrase prêtée à Madame Royale : A la fin il commençait à se désennivrer. Malheureusement, cette phrase ne se trouve pas dans les mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France, le seul texte de sa main où elle pourrait se trouver.

Qui plus est, la simple lecture des minutes des confrontations prouve à elle seule que l’enfant qui les a vécues était parfaitement lucide. Il suit parfaitement le déroulement de la conversation et intervient à plusieurs reprises de son propre chef, sans y être invité, et chaque fois pour contredire la femme qu’il a en face de lui. On a même ses mimiques en fin de confrontation avec Madame Royale : Il dit en la regardant…, et il oblige ainsi Marie-Thérèse à admettre qu’elle connaissait l’architecte Renard, ce qu’elle venait justement de nier.Comment cet enfant pourrait-il être saoul, drogué ou même violenté ?
Reste une objection majeure provenant de Marie-Antoinette elle-même qui semble accréditer par son testament la présence de Louis-Charles au Temple à cette époque. Ce sentiment provient d’une lecture superficielle : en réalité, le testament de la Reine ne prouve nullement la présence de son fils. En effet, on remarque, dans ce document émouvant, qu’elle dit mon fils quand elle parle des promesses que son père a exigées de lui parce que, dans ce cas, elle est certaine qu’il s’agit bien du Dauphin. Mais quand elle
aborde la question de la déposition, elle n’emploie plus que cet enfant . S’agit-il du même ? Rien ne le prouve. La Reine parle de pardon : pourquoi ne l’adresse-t-elle pas nommément à son fils, alors qu’il est la personne au monde qui en aurait le plus besoin si la déposition était vraiment de son fait ? Et par la suite, elle ne le désigne plus que par il.
Une mère peut-elle être plus évasive ? Comment aussi parle-t-elle d’envoyer un courrier à Madame Élisabeth et un courrier à Madame Royale, sans être sûre de la réception et sans même envisager de s’adresser à son fils. C’est bien, au contraire, la preuve qu’elle savait parfaitement qu’il n’était plus au Temple, sans pour autant le compromettre. Enfin, ajoutons que :
1 – La Reine, mieux que quiconque, sait que son fils est « le Roi ». D’après l’étiquette (même si elle n’est plus officiellement en usage) et protocolairement, c’est au Roi qu’elle doit s’adresser en premier. La Reine n’est pas femme à y manquer, elle qui s’est inclinée devant lui et l’a salué de ce titre le matin même où la tête de Louis XVI est tombée. Or, elle passe outre, ce qui tend à prouver qu’elle ignore où le joindre c’est-à-dire qu’elle sait qu’il n’est plus au Temple.
2 – Hébert a emporté avec lui la déposition de l’enfant le 6 octobre et l’a lue au tribunal le 14 octobre. Les minutes du procès de la Reine ne révèlent aucune mention de la double confrontation du 7 octobre. La
Reine ignore donc cet événement. C’est pourquoi Marie-Antoinette parle de l’outrage subi par Madame Élisabeth, mais ne dit mot des réactions possibles de sa fille qui, autant qu’elle sache, ignore ces accusations. En effet, dans sa déposition, l’enfant met en cause la tante, mais pas la soeur (ce n’est d’ailleurs certainement pas un enfant de 8 ans qui a prononcé le mot copulation ).Or Fouquier-Tinville n’a pas demandé cette confrontation qui n’a donc pas servi contre la Reine. Elle n’est pas davantage dirigée contre Madame Élisabeth car, le cas échéant, il n’aurait pas été nécessaire d’obtenir, moins de trois semaines plus tard, la nouvelle déposition du 26 octobre qui servira à charge contre elle. Elle n’a pas davantage été utilisée contre Madame Royale qui n’est jamais passée en jugement. La double confrontation n’a donc aucune justification judiciaire.
Elle fut donc imaginée dans un autre but. Lequel? Et qui en fut le maître d’oeuvre? A l’époque, le maître absolu du Temple, c’est Chaumette. Ce génie du mal a vite compris que l’assassinat du Roi ne suffisait pas à éradiquer la royauté. Le vrai germe tueur qu’il fallait introduire dans le sang de la vieille monarchie était le doute quant à la survivance de Louis XVII parce que, dès lors, les successeurs désignés par la loi salique, n’étant plus sûrs de leur légitimité, se condamnaient à l’insignifiance et à la disparition. C’est donc lui qui organisa cette mascarade dès le lendemain de la première déposition, afin de faire avaliser un substitué par la propre famille royale. Qui, après cela, oserait prétendre que cet enfant n’était pas
le fils de Louis XVI ? Et alors, tout devient clair. Simple machiavélisme ou démence, la supercherie germée dans les cerveaux révolutionnaires a atteint son but puisque personne n’a contesté l’identité de l’acteur principal, par candeur ou par intérêt.C’est ce même procédé qui avait déjà été employé pour tromper sur l’identité du même enfant en le faisant visiter par une délégation du Comité de Sûreté Générale le 7 juillet 1793, cette même délégation qui autorisa enfin les promenades de l’enfant. Tous
les chercheurs répètent, les uns après les autres, que Drouet en était, faisant mine de le considérer comme une garantie de l’identité de l’enfant.
Pourtant, il suffit de relire avec attention le récit de l’équipée de Varennes pour constater que cet individu n’a jamais approché le Dauphin pendant ces sinistres journées. C’est donc un pur mensonge.
3 – La Reine a écrit qu’elle a appris par le plaidoyer que sa fille était séparée de Madame Élisabeth. Ceci ne prouve pas qu’elle avait connaissance de la double confrontation qui, rappelons-le, n’a reçu aucune
exploitation judiciaire alors même que l’enfant avait obligé les deux  femmes à avouer certains faits. Si même elle avait eu connaissance des paroles de sa fille, elle ne pouvait en inférer que les deux femmes étaient séparées. C’est l’évidence que les enquêteurs devaient interroger séparément les deux femmes s’ils voulaient les mettre en difficulté. Cette mention de la Reine ne peut donc provenir que d’une fausse interprétation de quelques mots prononcés au cours du plaidoyer. D’ailleurs, si les deux femmes avaient été réellement séparées les avocats de Marie-Antoinette se seraient empressés de l’en informer.En conclusion peut-on dresser le portrait robot de l’enfant du Temple qui dut soutenir les séances des 6, 7 et 26 octobre ?

a) Physiquement, il ressemblait beaucoup au petit Roi. Marie-Thérèse écrit dans son Mémoire qu’il n’avait pas pris de taille mais beaucoup engraissé . Ce qui, en trois mois de temps, serait invraisemblable s’il s’agissait du même enfant.

b) Il était aussi intelligent que Louis XVII.

c) Il est probable, qu’entre le 3 juillet (date de l’enlèvement de Louis-Charles à sa mère) et le 6 octobre dont nous venons de parler, bien chaperonné surtout par Hébert et Chaumette, il a eu le temps de connaître le personnel du Temple.

d) Il n’aimait pas la famille royale et particulièrement les princesses. Cela transparait de son attitude à l’égard de Marie-Thérèse qu’il considère d’un regard mauvais en la mettant en difficulté à propos de l’architecte Renard.

e) Il connaissait le parler et les chants révolutionnaires. Il n’eut pas à les apprendre pour les brailler
dès son arrivée au Temple. Certains des gardiens en étaient choqués… mais tout de même avec circonspection.L’enfant fut donc choisi et préparé avec soin pour tenir le rôle qu’on lui destinait et qu’il tint brillament. Sans doute, en fut-il fier sur le moment, mais il ne pouvait pas échapper au pressentiment de son destin. C’est ce que semble confirmer l’historien Lenotre qui rapporte que l’enfant, intelligent et lucide, aurait dit à Simon :
Emmène-moi, sans quoi ils me feront ce qu’ils ont fait à mon père .Quand le petit Roi fût-il sorti du Temple ? Les thèses sont multiples mais l’une d’elle l’emporte par sa logique, sa simplicité et sa cohérence. Elle sera bientôt exposée ici-même.

Michel Jaboulay

Les interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793, au Temple

Pour répondre à la demande de notre ami François-Marie, voici la transcription des PV authentiques des interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793 que nous devons à Jean-Pascal Romain, dans son livre posthume  Louis XVII Roi de Thermidor  ( François-Xavier de Guibert, janvier 1995, pp 189-196 ) 

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LE PÈRE DUCHESNE ET LOUIS XVII

Les pages qui vont suivre sont assurément parmi les plus pénibles de cette histoire, et l’on éprouve quelques difficultés à croire que des hommes qui tenaient en leurs mains de si grandes responsabilités aient pu si bassement violenter une âme d’enfant, simplement parce que cet enfant était le Roi de France et qu’il fallait bousculer sur la guillotine la tête sanglante de sa mère : la Reine Marie-Antoinette.

Les faits sont là, pourtant. Il suffit de s’effacer loyalement devant les textes et les documents pour voir la terrible et mes­quine réalité apparaître.

Nous ne nous excusons pas auprès du lecteur. Ces textes sont des documents de nos Archives nationales, de celles de pays étrangers, des dépositions de témoins oculaires. Si nous les avons reproduits, c’est que toute une part des mystères du Temple devient incompréhensible dès qu’on cache ou qu’on déforme les circonstances qui ont abouti à faire de l’enfant de Marie-Antoinette — au moins en apparence — l’accusateur de celle-ci.

Les agissements du citoyen Hébert expliquent les contradic­tions apparentes du comportement de Simon vis-à-vis de son prisonnier. Ils nous aident à mieux saisir ce que fut l’« atmo­sphère » humaine de cette étrange période de la Terreur et nous permettent de comprendre comment et pourquoi on en vint par la suite, en 1794, à d’autres agissements, non moins criminels, à l’égard de Louis XVII et, sans doute, de sa soeur.

L’étude de ces textes nous amène aussi à comprendre que ce drame du Temple, qui palpite étrangement au coeur de la Révo­lution Française, n’est pas seulement de la toute « Petite His­toire » ; c’est aussi un miroir révélateur où se démasque tout un aspect humain — ou inhumain — de la psychologie révolutionnaire, et à sa lumière, bien des épisodes s’éclairent et se dégagent des simplifications partisanes.

Comme Antoine Simon, combien de terroristes sont loin d’être les « monstres » tout d’une pièce inventés, après coup, par la littérature néo-royaliste de la Restauration. Mais aussi, com­bien de « grands ancêtres », comme Hébert, apparaissent petite­ment différents des « héros » de la légende républicaine.

UN SINGULIER INTERROGATOIRE

« Le Quinzième Jour du Premier Mois de l’An Second de la République française, Une et Indivisible,

« Nous, Maire, Procureur Syndic et Membres de la Commune de Paris, nommés par le Conseil Général de la dite Commune pour prendre des renseignements sur différents faits qui se sont passés au Temple, et recevoir les déclarations à cet égard, nous sommes rendu au Temple et arrivés dans la dite Tour et nous étant présentés au Conseil du Temple et sommes montés à l’ap­partement du premier occupé par Louis Charles Capet pour entendre ses déclarations au sujet des propos et des événements dont il peut avoir connaissance : Il nous a déclaré que, l’hyver dernier, pendant qu’il habitait l’appartement de ses Mère, Tante et Soeur, un particulier nommé Dangé étant de garde auprès d’eux en qualité de Commissaire du Conseil, un jour qu’il l’ac­compagnait à la Promenade sur la Plateforme de la Tour, il le prit dans ses bras, l’embrassa et lui dit je voudrais bien vous voir à la place de votre Père : Nous a déclaré pareillement qu’un autre particulier nommé Toulan, étant aussi de garde à la Tour à la même époque les dites femmes l’enfermèrent, lui déclarant, avec sa Soeur, dans une des Tourrelles pendant une heure et demie un peu avant que l’on allumât la chandelle, et que pen­dant ce temps il s’est entretenu avec les dites femmes, et qu’il n’entendit pas le sujet de leur conversation ; que dans une autre circonstance il entendit dire par le dit Toulan à sa Mère et à sa Tante que tous les soirs il enverrait aux environs du Temple un Colporteur à dix heures et demie du soir pour lui faire crier toutes les nouvelles qui pourraient les intéresser ; que par suite de cette promesse il s’apperçut que les dites femmes ne se cou­chèrent qu’à onze heures passées et montrèrent de l’humeur de n’avoir point entendu les cris accoutumés du dit Colporteur ; Il a déclaré encore que Quatre Particuliers nommés Lepître, Bruneau, Toulan et Vincent pendant la durée de leur service dans les Appartements avaient coutume d’approcher les dites femmes, et de tenir des conversations avec elles, à voix basse. Déclare en outre qu’ayant été surpris plusieurs fois dans son lit par Simon et sa femme chargés de veiller sur lui par la Commune à commettre sur lui des Indécences nuisibles à sa santé, il leur avoua qu’il avait été instruit dans ces habitudes pernicieuses par sa Mère et sa Tante et que différentes fois elles s’étaient amusées à lui voir répé­ter ces pratiques devant elles et que bien souvent cela avait lieu lorsqu’elles le faisaient coucher entr’elles ; que de la manière que l’Enfant s’est expliqué, il nous a fait entendre qu’une fois sa Mère le fit approcher d’elle qu’il en résultat une Copulation et qu’il en résulta un gonflement à un de ses testicules connu de la citoyenne Simon pour lequel il porte encore un bandage et que sa Mère lui a recommandé de n’en jamais en parler, que cet acte a été répété plusieurs fois depuis ; Il a ajouté que Cinq autres Particuliers nommés Moêlle, Lebeuf, Beugnot, Michonis et Jobert conver­saient avec plus de familiarité que les autres Commissaires du Conseil avec sa Mère et sa Tante ; que Petion, Manuel, Bailly et La Fayette s’étant comporté très mystérieusement aux Thuilleries avec les femmes il estimait qu’il existait une correspondance directe avec ces Quatre hommes et les Commissaires du Temple, depuis la détention de ces femmes au Temple, que dans l’intervalle de ces conférences on l’éloignait ; Il nous a déclaré qu’il n’avait rien de plus à nous faire connaître. Le Citoyen et la Citoyenne Simon nous déclare avoir appris ces faits de la bouche de l’Enfant qu’il les leur a répété plusieurs fois, et qu’il les pressait souvent de le mettre à portée de nous en faire la déclaration. Après avoir reçu la présente déclaration y avons posé notre Signature conjointe­ment avec le Citoyen Hébert Substitut du Procureur Syndic de la Commune qui est survenu. À Paris dans la Tour du Temple les jours et an que dessus. »                           Louis Charles Capet

Pache                                                                       Chaumette

Hébert                  Friry                                         Séguy

Substitut             Commissaire du  Conseil       Commissaire de  service au Temple

Heusse                                 D.E. Laurent

Auditeur de police                     Commissaire du Conseil Général

Simon

(Musée des Archives Nationales — reproduit en fac-similé par Gustave Bord — Autour du Temple -T. IV, Pièce n° 1).

1793-10-06-LCC

 

L’image ci-contre ( et celles qui suivront ci-dessous ; cliquer sur elles pour les rendre plus lisibles ) sont extraites ( après divers traitements automatisés ) des archives de Michel Jaboulay, publiées sur le site devenu inaccessible du musée Louis XVII.

 

 

 

 

CONFRONTATIONS ET TÉMOIGNAGES

On sait que c’est le lendemain 7 octobre 1793 que Louis-Charles Capet fut confronté avec sa soeur, puis avec sa tante.

Le 8 octobre, à midi, écrit Madame Royale, comme nous étions occupées à faire nos chambres et à nous habiller, arrivè­rent Pache, Chaumette et David, membres de la Convention, avec plusieurs municipaux. Ma tante n’ouvrit que quand elle fut habillée. Pache, se tournant vers moi, me pria de descendre. Ma tante voulut me suivre, on le lui refusa. Elle demanda si je remonterois ; Chaumette l’en assura, en disant : « Vous pouvez compter sur la parole d’un bon républicain ; elle remontera. » J’embrassai ma tante, qui étoit toute tremblante, et je descendis. J’étois très embarrassée : c’étoit la première fois que je me trou-vois seule avec des hommes ; j’ignorois ce qu’ils vouloient ; mais je me recommandai à Dieu. Chaumette, dans l’escalier, voulut me faire des politesses ; je ne lui répondis pas. Arrivé chez mon frère, je l’embrassai tendrement, mais on l’arracha de mes bras, en me disant de passer dans l’autre chambre. Chaumette me fit asseoir ; il se plaça en face de moi. Un municipal prit la plume, et Chaumette me demanda mon nom.

[***  On lit sur le manuscrit original que nous devons à notre ami et archiviste du Roi Louis XVII, Christian Crépin : 

 » Arrivé chez mon frère, je l’embrassai tendrement Mme Simon me l’arracha (et) me dit de passer dans l’autre chambre. Chaumet me dit de m’y asseoir  ce que je fis il s’assit en face de moi … NDLR

  • Ce fut alors Hébert qui m’interrogea ; il commença ainsi :
  • Dites la vérité. Cela ne regarde ni vous ni vos parents. «— Cela ne regarde pas ma mère ?

« — Non, mais des personnes qui n’ont pas fait leur devoir. Connaissez-vous les citoyens Toulan, Lepître, Breno, Brugnot, Merle, Michonis ?

« — Non.

« — Comment, vous ne les connaissez pas ?

« — Non. Monsieur.

« — Cela est faux, surtout pour Toulan, ce petit jeune homme qui venoit souvent pour le service du Temple.

« — Je ne le connais pas plus que les autres.

«— Vous souvenez-vous d’un jour où vous êtes restée seule dans la tourelle avec votre frère ?

« — Oui.

«— Vos parents vous y avoient envoyés pour parler plus à leur aise avec ces gens-là.

«— Non, monsieur mais pour nous accoutumer au froid. «— Que fites-vous dans cette tourelle ?

«— Nous parlions, nous jouions.

« — Et, en sortant, vous êtes-vous aperçue de ce qu’ils portoient à vos parents ?

« — Je ne m’en suis pas aperçue. »

Chaumette m’interrogea ensuite sur mille vilaines choses dont on accusoit ma mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si indignée, que, malgré toute la peur que j’éprouvois, je ne pus m’empêcher de dire que c’étoit une infamie. Malgré mes larmes, ils insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n’ai pas comprises ; mais ce que je comprenais étoit si horrible, que je pleurois d’indignation. Il m’interrogea ensuite sur Varennes, et me fit beaucoup de questions auxquelles je répondis le mieux que je pus, sans compromettre personne. J’avois toujours entendu dire à mes parents qu’il valoit mieux mourir que de compromettre qui que ce soit. Enfin, mon interrogatoire finit à trois heures : il avoit commencé à midi. Je demandai avec cha­leur à Chaumette à être réunie à ma mère, lui disant avec vérité que je l’avois demandé plus de mille fois à ma tante. « Je n’y puis rien, me dit-il. — Quoi ! Monsieur, vous ne pouvez pas l’obtenir du conseil général ? — Je n’y ai aucune autorité. » Il me fit ensuite reconduire chez moi par trois municipaux, en me recommandant de ne rien dire à ma tante, qu’on alloit aussi faire En arrivant, je me jetai dans ses bras ; mais on nous sépara, et on lui dit de descendre. »

(Journal de Madame Royale. Éd. Imbert de Saint-Amand, pp. 118-119.)

int1Voici maintenant le passage du procès-verbal relatant l’in­terrogatoire de Marie-Thérèse, qui concerne les « infamies » dont on accusait Marie-Antoinette et Madame Elisabeth.

D — Si lorsqu’elle jouait avec son frère il ne la touchait pas, où il ne fallait pas qu’elle fut touchée ; si on ne faisait pas sauter son frère sur une couverture et si sa mère et sa tante ne le faisait pas coucher entre elles.

R — Répond que non.

Et de suite avons fait venir Charles Capet. Et l’avons invité à nous déclarer si ce qu’il a dit hier relativement aux attouche­ments sur sa personne était vrai.

R — A persisté dans ses dires les a répété et soutenu devant sa soeur et a persisté à dire que c’était la vérité.

D — Interpellé une seconde fois de déclarer si cela était vrai ; a répondu oui cela est vrai, sa soeur a dit ne l’avoir pas vu.»

Concernant ensuite l’interrogatoire de sa tante, Madame Royale écrit :On lui fit les mêmes questions qu’à moi, sur les personnes qu’on m’avoit nommées. Elle dit qu’elle connaissoit de nom et de visage les municipaux et autres qu’on lui nommoit, mais que nous n’avions aucun rapport avec eux. Elle nia toutes corres­pondances au dehors, et répondit avec encore plus de mépris aux vilaines choses sur lesquelles on l’interrogea. Elle remonta à quatre heures. Son interrogatoire n’avoit duré qu’une heure, et le mien trois c’est que les députés virent qu’ils ne pouvoient pas l’intimider, comme ils avoient espéré faire d’une personne de mon âge ; mais la vie que je menois depuis quatre ans, et l’exem­ple de mes parents, m’avoient donné plus de force d’âme » (op. , p. 119).

int3Voici maintenant le texte intégral du procès-verbal de l’inter­rogatoire de Madame Elisabeth :

  • Et de suite avons fait descendre Elisabeth Capet et lui avons demandé si elle connaît les citoyens Dangé, Toulan, Lepitre, Brunot, Vincent, Moêlle, Lebeuf, Beugnot, Michonis, Jobert.
  • R — Répond qu’elle les connaît de vue et de nom comme Laurent, Seguy, Simon, Heussée, ci-présent.
  • D — Demande si elle se rappelle avoir vu Dangé prendre Charles dans ses bras, l’embrasser, en lui disant je voudrais vous voir à la place de votre frère.

«R — Qu’elle ne s’en est pas aperçue.

  • D — Si elle se rappelle une soirée où il faisait froid et que l’on avait enfermé les deux enfants dans une des tourelles, tandis qu’elles s’entretenaient avec Toulan et Lepitre.
  • R — Qu’elle ne s’en rappelle pas.
  • D — A quelle époque, à peu près, Toulan avait promis de faire venir un colporteur aux environs de la tour, à l’effet d’y crier les nouvelles qui pourraient les intéresser.
  • R — Que jamais Toulan, ni aucun autre, ne leur a fait une pareille promesse.
  • D — Sur ce, Charles Capet amené et interpellé de déclarer les faits, a dit persister dans ses dires, alors il s’élève une discussion entre les deux et l’enfant soutient qu’il a dit la vérité.

« à elle lue la déclaration de Charles au sujet des indécences mentionnées en la pièce en date du quinze présent mois.

R — Qu’une pareille infamie est trop au dessous et trop loin d’elle pour pouvoir y répondre, que d’ailleurs l’enfant avait cette habitude longtemps auparavant et qu’il doit se rappeller qu’elle et sa mère l’en ont grondé plusieurs fois.

  • Charles interpellé de s’expliquer à ce sujet atteste qu’il a dit la vérité.

« à elle Lu le reste de la déclaration de Charles sur le même sujet, et dans laquelle il persiste ajoutant qu’il ne se rappelle pas les époques, mais que cela arrivait fréquemment. Répond que comme cela ne regarde qu’elle, elle ni répondra pas plus qu’au reste, et qu’elle croit devoir être, par sa conduite à l’abri du soupçon.

  • Charles interpellé de déclarer qui l’avait instruit le premier dans cette pratique.
  • R — Les deux ensemble.
  • Et sur l’observation à lui faite par sa tante, qu’il avait com­mencé une autre phrase, répond toutes deux ensemble.
  • D — De déclarer si cela arrivait le Jour ou la nuit.
  • R — Qu’il ne s’en souviens pas, mais qu’il croit que c’était le matin.

« à elle demandé si c’était Renard, architecte, qui conduisait la marche à travers les corridors lors de la fuite pour Varennes.

  • Réponds qu’elle est descendue par l’escalier de son apparte­ment ; qu’elle n’a point traversé de corridor et que Renard n’était pas avec elle.

« à elle demandé si elle a vu la voiture de La Fayette, Charles dit qu’elle ne peut l’avoir vu parce qu’elle n’était pas encore dans la voiture ; elle répond qu’elle l’a vu en passant, à pied, au moment où elle partait de la petite cour appellé des princes pour gagner sa voiture.

« à elle demandé si elle se rappelle avoir vu entre les mains de Jobert officier municipal une petite boite remplie de petites figures de cire qu’il disait être l’ouvrage de sa fille.

  • Répond qu’elle s’en souvient.
  • Lecture à elle faite du présent interrogatoire, a déclaré conte­nir vérité, y a persisté et signé et paraphé avec nous le présent clos le jour et an que dessus trois heures et demie de relevée, avec trois ratures approuvées. »

Élisabeth Capet. Louis-Charles Capet

Seguy, David, Pache, Chaumette, Daujon

Heussée (administrateur de la police)                                D. E. Laurent

(Gustave Bord, op. cit., T. IV).

Parmi les signataires des procès-verbaux du 7 octobre on remarque la signature du municipal Daujon.

« Ce fut ce même Daujon, écrivait son collègue, le municipal Goret, qui remplit les fonctions de secrétaire, lorsqu’on fit subir, dans le Temple, un interrogatoire au jeune prince, au sujet des propos calomnieux et infâmes qu’on avait répandus sur le compte de la Reine. Voici, mot pour mot, ce que Daujon me rapporta de cet interrogatoire, et j’observe que je le regardais comme un homme digne de foi.

« Le jeune prince, me disait-il, était assis sur un fauteuil, il balançait ses petites jambes dont les pieds ne posaient point à terre. Interrogé sur ces propos en question, on lui demanda s’ils étaient vrais ; il répondit par l’affirmative. Aussitôt, Madame Elisabeth, qui était présente, s’écria : « Oh ! le monstre !» —« Pour moi, ajouta Daujon, je n’ai pu regarder cette réponse de l’enfant comme venant de lui-même, je ne l’ai regardée, ainsi que tout l’annonçait dans son air inquiet et son maintien, que comme lui ayant été suggérée, et le résultat de la crainte des châtiments ou mauvais traitements, dont on avait pu le menacer s’il ne la faisait pas. J’ai pensé que Mme Elisabeth n’avait pas pu s’y tromper, non plus, mais que la surprise de cette réponse de l’enfant lui avait fait jeter son exclamation » (Lenotre, Marie-Antoinette, p. 48).

Et c’est Daujon lui-même qui écrivit, dans une relation auto­graphe les lignes suivantes :

« Je l’ai entendu aussi, ce fils, accuser sa mère et sa tante, de ce qu’à peine se permettraient des amants qui s’estiment ; je l’en­tendais, je l’écrivais… et moi aussi je disais : je n’en crois rien. » (Cf. Lenôtre, op. cit., p. 71.)

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Archives de Michel Jaboulay

Nous lisons – avec un peu de retard – une information que nous n’avions encore jamais lue, exprimée d’une manière aussi explicite et à laquelle nous ferons une objection immédiate, bien qu’elle soit compatible par ses conséquences avec notre modèle, selon lequel Louis XVII aurait été exfiltré du Temple entre la soirée du 3 juillet 1793 et la nuit du 2 au 3 septembre 1793 !   

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Re: Archives de Michel Jaboulay

Message par François » Jeudi 03 Mars 2016 19:43:27

Il est essentiel de rappeler que Madame Royale, seul témoin crédible parmi les survivants des événements d’octobre 1793, rapporte bien son interrogatoire et celui de sa tante dans ses mémoires, mais nullement une confrontation avec son frère. Elle dit seulement l’avoir rencontré très engraissé à son arrivée chez Simon, mais la mère Simon a aussitôt séparé les enfants. On comprend qu’il ne s’agissait pas de Louis XVII et que la mère Simon voulait éviter que Mme Royale eût le temps d’en prendre conscience.
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Si on admet qu’il est impossible que ce soit Louis XVII qui ait signé l’accusation d’actes incestueux contre «  sa mère « , commis à plusieurs reprises, entre le 21 janvier 1793 et le 3 juillet 1793, en présence et sous les yeux de Madame Elisabeth, et qu’il est tout aussi impossible que ce soit lui qui ait été confronté à Madame Elisabeth le 7 octobre 1793, comment la mère Simon aurait-elle pu arracher des bras de Madame Royale celui qu’elle embrassa tendrement et qui a osé ensuite défier  » sa tante  » comme le rapporte la tradition historique désormais établie ? 

Douzième anniversaire du CRIL17 – En l’honneur de la vénérable Clotilde de France

Chers amis lecteurs, 

C’est le 7 mars 2004, que nous avons ouvert notre premier forum sur MSN Groupes, en le confiant à la vigilante attention et à la prière de la vénérable Marie-Clotilde de France, dont nous venions de découvrir l’existence à la faveur de nos recherches sur le manuscrit de Trieste.

Le lendemain 8 mars, nous pouvions publier notre premier post, alors qu’on venait de nous informer urbi et orbi que l’énigme Louis XVII, résolue depuis avril 2000, allait trouver son solennel épilogue le 8 juin suivant …

Et aujourd’hui nous découvrons cette belle notice biographique du  BLOGUE DU MAÎTRE-CHAT LULLY  à qui nous l’empruntons, non sans lui dire notre plus vive reconnaissance  !

2015-38. De la vénérable Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

7 mars.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, toujours vigilants aux dates et aux anniversaires, nous sommes particulièrement unis, par le coeur et par la prière, aux cérémonies qui se célèbrent à Naples dans l’église Santa Catarina a Chiaia, tous les 7 mars, et qui ont été précédées par un triduum solennel.

Peut-être allez-vous m’interroger : « Qu’y a-t-il dans cette église Santa Catarina a Chiaia qui vous paraisse si important pour qu’à quelque 1300 km de là vous teniez à vous y unir d’une manière très spéciale ? »

C’est que dans cette église, dans une chapelle latérale située du côté de l’épître, se trouve, entourée d’une grande vénération, la tombe d’une Fille de France – petite-fille de Sa Majesté le Roi Louis XV, soeur de Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, épouse de Sa Majesté le Roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne – la vénérable Marie-Clotilde de France, dont on espère la béatification.
Les cérémonies de ce jour et le triduum qui les précèdent sont justement célébrés pour demander à Dieu la glorification de Sa servante.

Naples - église Santa Catarina a Chiaia - tombe de la Vénérable Marie-Clotilde de France

Naples, église Santa Catarina a Chiaia : tombe de la vénérable Marie-Clotilde de France.

Marie Adélaïde Clotilde Xavière de France, dite Madame Clotilde, est née au palais de Versailles, le 23 septembre 1759.
Elle est la onzième des treize enfants (dont huit morts-nés, morts dans leur premier âge ou pendant l’enfance) issus du second mariage de Louis Ferdinand (1729-1765), Dauphin de France, avec Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767).

…/…

Jean-Pierre Franque tombe de la reine Marie-Clotilde acquis par Louis XVIII en 1818 -musée des Ursulines à Macon

La tombe de la reine Marie-Clotilde
(tableau de Jean-Pierre Franque, acquis en 1818 par Louis XVIII pour la collection royale,
aujourd’hui au « Musée des Ursulines » à Macon)

La reine Marie-Clotilde succomba à la fièvre typhoïde, le 7 mars 1802, à Naples. Elle n’avait pas atteint son quarante-troisième anniversaire.
La souveraine fut inhumée dans l’église Santa Catarina a Chiaia et aussitôt sa tombe devint le centre d’un intense mouvement de ferveur populaire…

 

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

Prière pour demander des grâces
par l’intercession de la vénérable Clotilde de France, reine de Sardaigne
(traduite par nos soins)

O Dieu, qui, dans votre infinie bonté, donnez la gloire aux âmes qui ont observé votre sainte loi jusqu’au sacrifice, en se conformant à votre Fils bien-aimé crucifié, accueillez l’humble prière que j’élève vers Vous avec foi.
Vous qui êtes admirable dans vos saints et qui les placez comme des lampes allumées sur le chemin enténébré de l’homme, accordez-moi la grâce dont j’ai tant besoin, par les mérites de la vénérable Marie-Clotilde.
Ses vertus, sa vie profondément chrétienne, sa force héroïque dans les souffrances, sa totale conformité à votre volonté dans les événements pénibles qui ont endolori sa brève existence, ont reçu leur juste récompense dans votre Royaume éternel ; qu’elles soient également glorifiées dans votre Eglise en recevant les honneurs des autels.
Accordez-moi, avec l’aide de votre grâce, d’imiter ses vertus, maintenant que Vous l’avez placée près de nous comme modèle, et daignez me rendre digne de sa céleste protection.

Ainsi soit-il !

Trois « Gloria Patri » en l’honneur de la Très Sainte Trinité.

(avec approbation ecclésiastique)

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intercession de la vénérable Marie-Clotilde de France sont priées de le faire connaître au Recteur de l’église Santa Catarina a Chiaia – via S. Catarina a Chiaia, 76 – 80121 Napoli (Italie).

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Si, avec votre concours, chers amis lecteurs, nous découvrions prochainement la vérité sur le destin de Louis XVII, neveu de la vénérable Clotilde de France, nous ne manquerions pas d’en aviser le recteur de l’église Santa Catarina a Chiaia de Naples ! 

Qui vivra verra ! 

Allo la Commission du Vieux Paris ? Allo Mesdames et Messieurs les historiens *** qui prétendez qu'il n'y a plus d'énigme Louis XVII ?

Le fils de Louis XVI a-t-il été exfiltré ?

Allo la Commission du Vieux Paris ? Allo Mesdames et Messieurs les historiens *** qui prétendez qu’il n’y a plus d’énigme Louis XVII ?

Le fils de Louis XVI a-t-il été exfiltré ?

Autour des questions de filigrane …

Le tsunami médiatique auquel nous assistons, médusé, autour du décryptage présumé de la lettre de la Reine Marie-Antoinette à Fersen du 4 janvier 1792, vient de nous renvoyer, volens nolens, à la question de l’authenticité de la lettre de la Reine du 16 octobre 1793.

Le temps dont nous pouvons disposer pour poursuivre nos recherches étant de plus en plus court, nous croyons opportun de reprendre ici ce que nous avions écrit sur un de nos défunts forums, à propos du filigrane que notre ami et archiviste du Roi Louis XVII avait photographié le 17/07/2007 ! …

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Grâce aux recherches menées depuis de très nombreuses années sur la question XVII et au débat qu’il a lui-même ouvert depuis plusieurs semaines sur le forum MSN Louis XVII, au sujet de l’authenticité de la lettre dite « lettre testament de la Reine Marie-Antoinette », notre ami Christian Crépin, chercheur indépendant, a eu tout récemment l’idée que personne,  depuis deux siècles, n’avait eu avant lui, d’identifier le filigrane du papier que le concierge Bault aurait remis à la Reine Marie Antoinette le 16/10/1793, dès sa sortie de la salle d’audience du tribunal révolutionnaire à 4 h ½ du matin !

Le 17/07/2007 … Christian Crépin a pu photographier ce filigrane, avec l’autorisation des responsables du Centre Historique des Archives Nationales de Paris.

Sur ce document publié pour la première fois et en exclusivité mondiale, on peut observer les trois signes ou symboles significatifs suivants :

  • une couronne royale à trois fleurons composés de fleurs de lys ;
  • au-dessous un cor de chasse ;
  • et, tout en bas, les signatures « GR ».

La couronne royale avec les trois fleurs de lys est un symbole suffisamment connu pour qu’il ne soit pas nécessaire de faire le moindre commentaire, qui serait tout à fait superflu, tout au moins dans un premier temps ! Il n’en sera pas de même pour les deux autres signes du filigrane, qui nous ont demandé beaucoup de réflexion et de nombreuses recherches !

Dans l’attente de connaître les avis des spécialistes de l’histoire des filigranes, que nous avons interrogés [ et que nous attendons toujours 9 ans après … ] , nous osons proposer immédiatement les réflexions suivantes, en priant nos lecteurs de nous pardonner nos éventuelles erreurs, que seule notre passion pour la recherche de la vérité sur le destin de Louis XVII pourrait peut-être excuser … et que nous nous empresserons de corriger si nécessaire !…

En ce qui concerne le cor de chasse il est tout à fait remarquable d’observer sa présence sur les nombreux filigranes répertoriés dans la collection PICCARD  / que nous avons pu découvrir grâce à la documentation de la BNF : http://signets.bnf.fr/html/categories/c_094filigranes.html#5868 .

S’il est vrai qu’on ne retrouve nulle part à l’identique le même filigrane que celui de la lettre du 16/10/1793 il est permis toutefois de conclure qu’il existe une très grande convergence entre tous les cors de chasse répertoriés par la collection Piccard et celui du filigrane que nous étudions !

Cette convergence est d’autant plus remarquable que les filigranes présentés sont pour la plupart antérieurs à la fin du XVIII ème siècle et peuvent être considérés comme des esquisses de celui du papier de notre manuscrit !

Cette hypothèse nous semble d’autant plus raisonnable qu’elle peut être étayée par les deux indices suivants, parfaitement compatibles avec les sources étudiées sur le site « Hauptstaatsarchiv Stuttgart » :

  • d’une part, M Christian Crépin a découvert dans les Archives Nationales une lettre manuscrite,  écrite en 1790,  qui présente le même filigrane que celui de la lettre de la Reine Marie Antoinette ;
  • d’autre part, nous savons grâce à l’érudit triestin, Oscar de Incontrera, que le cor de chasse, présent dans de nombreux filigranes de la Collection Piccard, inventoriés à partir de sources documentaires néerlandaises, se retrouve également intégré dans le filigrane du livre manuscrit composé en 1795 « Règles pour écrire le latin » ( Voir  Manuscrit de Trieste  ) .
    Voici la traduction française de Michel Jaboulay parue dans les « Cahiers Louis XVII » ( N° 14 – Septembre 1998 – p 17 ) : [ Voir le post précédent ]
    …/…  

Quant aux initiales « GR », voici ce qu’il nous a été permis de découvrir :

  • ces initiales constituent le blason qu’on peut voir sur de nombreux billets de banque anglais sur cette page :
  • et grâce à la Biblioteca de Catalunya nous avons découvert que ces initiales GR correspondaient à « Georgius Rex » , ou George III du Royaume Uni  ( 1738-1820)  : << Descripció física: Filigranes: llaç i corn inscrits en un escut encapçalat per una corona, amb un número 4, dues “V” al revés i el nom « Van der Ley » a la base (Gravell-Miller 703) i inicials « GR » encapçalades per una corona (cf. Gravell-Miller 308: inicials reials utilitzades freqüentment durant el segle XVIII a Anglaterra i que corresponen a « Georgius Rex »). – Tinta negra i aquarel·la. >>  

A tous ces indices qui nous autorisent à penser que le papier, qui a servi de support à la lettre de la Reine du 16/10/1793, aurait été fabriqué dans une papeterie hollandaise pour un commanditaire anglais s’ajoutent les observations suivantes faites par M Christian Crépin le 17/07/207 ; ce remarquable chercheur, dont les travaux sur les archives de la question Louis XVII mériteraient d’être repris un jour dans des publications du CNRS [ écrivions-nous en juillet 2007 !… ] a mesuré le papier ; lorsqu’il est totalement déplié ses dimensions sont les suivantes :

  • largeur : 37,4 cm
  • hauteur : 23,5 cm

Après de multiples réflexions et recherches, il s’est avéré que ces dimensions, même imaginées dans le cas où ce papier aurait été découpé sur un format plus grand, ne pouvaient correspondre, même très approximativement, à l’une ou l’autre des catégories de papiers définies par l’Arrêt Royal du Conseil d’Etat du 18 septembre 1741, tel qu’on peut le voir à cette adresse , d’après l’ouvrage de référence en la matière ( Dictionnaires des filigranes de Briquet

http://lespapiersdumoulin.com/les_formats_anciens_de_pa_82.html

D’où l’idée d’orienter nos recherches sur les anciens formats de papier fabriqués selon des normes spécifiquement anglaises, qui ont dû probablement exister !…

Et c’est ainsi que grâce à Internet nous avons découvert cette nomenclature qu’on peut voir à l’adresse suivante : http://www.footrule.com/1/conversn/oengpapr.htm

 

Measure Size (inches) Measure Size (inches)
Writing and Printing Papers Printers’ Cards & Blanks (Cont.)
Foolscap  13½  x  17     Large      3  x  4½
Foolscap, Double 17  x  27 Court  3½  x  4½
Foolscap, Oblong Double  13½  x  34     Double Small  35/8  x  4¾
Foolscap, Quad 27  x  34 Large Court  4  x  5 
Pinched Post  14½  x  18½ Duke (or official)  3½  x  5½
Post  15¼  x  19     Extra Large  41/8  x  57/8
Post, Double      19  x  30½ Intimation  35/8  x  6    
Large Post  16½  x  21     Double Large  4½  x  6    
Large Post, double 21  x  33 Cabinet  4½  x  6½
Demy   17½  x  22½  Post 8vo  4½  x  7    
Demy, Double   22½  x  35      Double Official  5½  x  7    
Demy, Quad 35  x  45 Quad Small  4¾  x  7¼
Medium 18  x  23 Large Post 8vo 5  x  8
Medium, Double 23  x  36 Quad Large 6  x  9
Royal 20  x  25 Royal 8vo  61/8  x  97/8
Royal, Double 25  x  40 Royal 4to  97/8  x 123/8
Crown, Double 20  x  30 Boards
Crown, Quad 30  x  40 Index Boards
Imperial 22  x  30 Index Royal 20½  x  25½
Imperial, Double 30  x  44 Index Royal and a Half 25½  x  30½
Printers’ Cards & Blanks Pulp Boards
Thirds 1½  x  3    Pulp Royal 20½  x  25    
Extra Thirds 1¾  x  3    Postal  22½  x  28½
Town 2  x  3 Imperial 22½  x  30    
Duchess     3  x  57/8 Paste, Duplex, Triplex and Ivory Boards
Rex 3¼  x  5    Paste Royal 20½  x  25    
Reduced Small  21/8  x  3½ Postal  22½  x  28½
Diamond  3½  x  5¼ Paste Imperial 22½  x  30    
Baronet  3½  x  5¾ Cover Papers
Small  23/8  x  35/8 Cover Medium  18½  x  23½
Imperial Card  3¾  x  5¾ Cover Royal  20½  x  25½
Extra Small  2½  x  1/8 Cover Double Crown  20½  x  30½

Après conversion ( 1 inch = 0.025 4 m ; soit 1 inch = 2.54 cm ; d’où 1 cm = 1 / 2.54 =  0.39370079 inch  ) le papier qui sert de support à la lettre de la Reine Marie-Antoinette, visible à l’adresse suivante :

http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?analyse_id=417&id_sel=672&type=contexte

mesure donc :

largeur :  37.4 cm * 0.39370079 =  14.7244094  inches

hauteur : 23.5 cm  * 0.39370079 =    9.2519685 inches

Si on examine très attentivement le bord supérieur des deux images ci-dessus, on constate qu’il n’est très exactement rectiligne que sur un bord, à la différence des 3 autres bords de chacune des images ! On est ainsi incliné à penser que le papier ci-dessus aurait pu être coupé, à la moitié de sa hauteur dans un format de papier plus grand !

Or si on multiple la hauteur de 9.2519685 inches par 2 on obtient : 18.503937

Et surprise ! que voit-on sur la nomenclature présentée ci-dessus :

Le papier « PINCHED POST » a pour dimensions 14 ½ inches sur 18 ½ inches !

Chacun sait quel pourcentage d’erreur peut être commis lors d’une mesure !
Si on admet une marge d’erreur de 5 % autour de la mesure prise par M Christian Crépin le 17/07/2007, ainsi que le permet l’usage en la matière, on constate que :

14.7244094 * 0.975 = 14,356
14.7244094 * 1.025 = 15.093

La largeur du papier «  PINCHED POST » 14 ½ inches est bien comprise entre 14.356 et 15.093 !

Nous sommes donc autorisés à conclure que le papier qui a servi à composer la lettre manuscrite, attribuée à la Reine Marie-Antoinette, aurait été découpé dans la moitié de la hauteur d’un papier de fabrication anglaise appelé «  PINCHED POST » !

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D’où la question qui surgit immédiatement :

qu’en est-il du rapprochement de cette conclusion avec ce que nous pouvons savoir aujourd’hui sur la lettre du 4 janvier 1792 ?

Et s’il est vrai que la lettre du 16 octobre 1793  a été écrite sur du papier venant du stock récupéré par les révolutionnaires lors du pillage des Tuileries, ne serait-il pas logique – simple hypothèse et si nous avons de la chance, comme dirait Florian Kergorlay … *** – qu’on retrouve un format et un filigrane identiques sur la lettre du 4 janvier 1792, n’est-ce pas ?

C’est hélas en vain que nous avons cherché les dimensions de cette lettre sur le site des AN ; mais nous avons lu que les intervenants éminents du forum de Marie-Antoinette  »  avaient l’oreille des experts  » qui ont tenu en main ce document. Peut-être nous donneront-ils prochainement cette information que nous leur demandons fort courtoisement ? 

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*** Florian Kergorlay a manifesté sa surprise à l’antenne de France Culture au sujet de l’excellent état du papier et des encres ! Or en revoyant la lettre du 16 octobre 1793 que Robespierre aurait conservée pieusement sous le matelas de son lit, n’est-il pas curieux de constater sur la lettre de 1792 l’absence de pliures significatives et même de trous, qu’on peut observer sur la dernière lettre de la Reine, alors qu’on nous dit que la correspondance secrète de la Reine à Fersen pouvait être cachée dans les endroits les plus inattendus, tels que doublures de vêtements, chapeaux ou autres lieux discrets nécessitant a priori quelques manipulations pouvant laisser des traces ? … 

Des lettres de la Reine à Fersen à la question de l’authenticité de la lettre du 16 octobre 1793 … et au manuscrit de Trieste de 1795 …

Et voici ce que nous venons de découvrir en faisant une recherche sur Internet, grâce au partenariat passif du forum de Marie-Antoinette, alors que nous ignorions que ce sujet avait été traité en janvier ( 2013 – …- ou 2016 ? )  ; nous profitons de cette information que nous ne connaissions pas pour remercier chaleureusement le forum de Marie-Antoinette pour la compétence de ses éminents experts, même si  nous sommes radicalement en opposition avec leurs conclusions sur la question de l’interprétation des lettres de la Reine à Fersen, tant que l’ordalie archivistique n’aura pas rendu son verdict !  

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Le filigrane du papier utilisé par la reine

Le filigrane du papier à lettre utilisé par la reine porte paraît-il, la marque de fabrique de David et Corneille Blaeu ou Blauw, éditeurs hollandais qui rivalisaient avec les Elzévirs et faisaient fabriquer des papiers à leur marque à Angoulême et Anonay.

Agrandir cette image Cliquez ici pour la voir à sa taille originale.

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Pour mémoire :

Les dernières heures de Marie-Antoinette

http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=417 

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Une lettre discrète et anonyme

Transcription de la lettre[1]

Cette lettre n’est connue qu’en 1816, lorsque Louis XVIII fait saisir les documents conservés par le conventionnel Courtois qui avait été chargé de l’inventaire des papiers de Robespierre, après le 10 thermidor. 

Son authenticité a parfois été mise en cause mais elle faisait partie, semble-t-il, de documents gardés par lui, depuis cette date.

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Cher forum de Marie-Antoinette vous avez dit  » Blauw  » ?  Mais bon sang mais c’est bien sûr !

Ce nom nous renvoie aussitôt à la traduction française d’un article de l’érudit triestin Oscar de Incontrera par notre très regretté ami Michel Jaboulay, diplômé HEC et éminent membre du CEHQL17,  parue dans les « Cahiers Louis XVII » ( N° 14 – Septembre 1998 – p 17 )  ; elle est reprise in extenso dans cette page  

« Oscar de Incontrera: Il libro di Latino di luigi XVII a Trieste »

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Notre opuscule porte le titre  » Règles pour écrire le latin  » et est anonyme. Il est haut de 19 cm, large de 12, et comporte 268 pages numérotées, outre 16 non numérotées comprenant les index analytiques. Il est calligraphié en grands caractères anglais, élégants et uniformes, d’une seule main, toujours sur le même papier vergé, traversé de vergeures distantes de 25 mm l’une de l’autre. Les dimensions du petit livre font que seulement quatre vergeures traversent chaque feuille et que le fili- grane n’apparaît que ça et là, par fragment. J’ai néanmoins réussi à recomposer le dessin de ce filigrane, et j’ai eu la chance de le retrouver dans ma collection privée de papiers vergés du XVlllo siècle. Grâce à cela, je suis en mesure de préciser avec certitude que le papier, utilisé pour le petit traité étudié, fut celui de la fabrique hollandaise Van der Ley. Ce nom figure en toutes lettres dans le filigrane, surmonté d’un grand écu avec des boucles et des volutes, ayant, au centre, un cor de chasse et surmonté d’une couronne à trois fleurons fleur de lysés, et deux pertes sortant des pointes. Sur l’écu, apparaît un grand chiffre 4, dont la barre horizontale se termine en petite croix, et dont la verticale se prolonge, au contraire, jusqu’au nom de la fabrique, en traversant une lettre V renversée. Deux autres papetiers néerlandais, de la fin du XVlllo siècle, eurent la même marque de fabrique: C. & J. Honig et D. & C. Blauw, dont les noms en filigrane sont écrits avec les mêmes caractères que ceux utilisés par le papetier Van der Ley.

Le papier de ce dernier fut largement utilisé en Europe, que ce soit pour l’impression de livres, que pour la correspondance privée, ainsi que pour les dossiers et actes officiels. Je l’ai trouvé souvent, dans la correspondance privée et les actes des ministres français et  à Trieste, dans la correspondance privée. >>       

…/… Oscar de Incontrera traduit par Michel Jaboulay pour le CEHQL17, à la demande de son fondateur M Jacques Hamann … 

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Voir aussi les commentaires publiés dans ces compte-rendus  du CEHQL17 ... 

Note à l’attention de nos nouveaux lecteurs : 

Nous avons recopié le texte de l’étude d’Oscar de Incontrera publiée dans un premier temps par M Jacques Hamann dans les Cahiers Louis XVII du CEHQL17 qui a été à l’origine de toutes nos recherches sur le manuscrit de Trieste ! C’est ce qui nous avait permis d’entrer en contact avec Antonio Simone, responsable du site d’où est extraite la citation ci-dessus et à qui nous devons d’avoir l’intégralité du manuscrit composé en 1795 «  Règles pour écrire le latin  » sur lequel le fondateur de la Biblioteca Civica de Trieste, M Coletti, a écrit !

« Ce livre est précieux, Monsieur le Dauphin / de France s’en étant servi Lui même pour Son / instruction, & étant un Don que Mesdames les /Princesses de France en firent à la Bibliothèque / de Trieste, lors de Leur Séjour en la dite Ville l’ An 1798 « .

Malheureusement depuis de nombreux mois, et malgré plusieurs courriers que nous lui avons personnellement adressé, nous avons perdu tout contact avec Antonio Simone à qui nous devons toujours la plus vive des reconnaissances pour sa contribution éminente à nos recherches.

Seul le fait que son site soit toujours accessible sur Internet nous laisse espérer qu’il est toujours vivant !

Enfin, peut-être est-il opportun de rappeler que nous croyons savoir que le très regretté et distingué Directeur Général des Archives de France, M Jean Favier , s’était rendu personnellement à Trieste pour y étudier  le  manuscrit, dont Louis XVII se serait servi en 1795, en un lieu qui, bien sûr, ne pouvait pas être celui de la Tour du Temple ! …