Faisons un point de situation pour vérifier si notre modèle est toujours pertinent ou doit être corrigé, voire même abandonné ! ( suite 7 )

Nous voici ramené à la question n°5 du questionnaire dit de Madame Royale à Turgy ! 

 » 5 ) Qu’est-ce que Simon vous avait chargé de me remettre et que vous me donnâtes un jour que je vous coupais les cheveux ? « 

Reprenons notre réflexion en tenant compte de ce qui a été écrit hier 10 avril sur le forum de BRH ! 

Nous sommes face aux hypothèses suivantes : 

H 0 : La fiabilité et la traçabilité historique du  document proposé par notre ami et archiviste du Roi Louis XVII, Christian Crépin, et la critique historique ne sont pas suffisantes ! On peut donc passer à un autre dossier, voire même abandonner nos recherches sur la question Louis XVII ! Exit ! …

H 1 : La fiabilité et la traçabilité historique du  document proposé par notre ami et archiviste du Roi Louis XVII, Christian Crépin, et la critique historique sont suffisantes pour que nous puissions continuer à nous y intéresser !  

  • H 1.1 Le libellé du texte correspond stricto sensu à une réalité historique et doit être accepté tel quel ! 
  • H 1.2 Le libellé du texte ne correspond pas stricto sensu à une réalité historique, et peut être corrigé et interprété, en raison des conditions dans lesquelles il a été composé ; il s’agit en effet et de toute évidence d’une transcription d’une déclaration orale reçue par un fonctionnaire de police, lors du procès de Rouen en 1817 de Mathurin Bruneau ; le manuscrit autographe original de Turgy, qui en est à l’origine,  ne nous est pas pour l’instant accessible !  

H 1.1 Le libellé du texte correspond stricto sensu à une réalité historique et doit être accepté tel quel !

Comme indiqué par François dans les échanges déjà publiés sur cette page,  la logique impose de conclure que Louis XVII et Madame Royale ont pu vivre ensemble dans le même appartement du Temple,  ne serait-ce qu’un jour ! Mais le fait que Simon ait pu charger Louis XVII de remettre quelque chose – qui aurait servi à identifier Louis XVII ou un imposteur en 1817 – nous soumet 

  • comment et pourquoi Simon aurait-il pu charger Louis XVII de remettre un objet O à Madame Royale, alors qu’il a pris ses fonctions le 3 juillet 1793, après la séparation de Louis XVII d’avec sa famille  ?  De deux choses l’une ;
    • ou bien on doit accepter que la tradition historique est incomplète ou erronée, sur le point très précis des dates pendant lesquelles Simon a été l’un des 144 commissaires du Temple, qui ont été répertoriés par le CEHQL17  !
      En effet le calendrier des tours de garde le plus complet que nous connaissons à l’heure actuelle, est celui que nous devons en particulier aux recherches d’un de ses regrettés membres, feue Mme Védrinne, qui a établi que Simon a été de garde au Temple, entre vendémiaire an II et thermidor de l’an II aux dates suivantes : les 3 et 29 ventôse ( 21 février 1794 et 19 mars 1794 ) 14 germinal ( 3 avril 1794 ) , 15 floréal (4 mai 1794 ) , 13 prairial ( 1er juin 1794 )  et 1 er  thermidor an II ( 19 juillet 1794 ) !
      Compte tenu de l’état des archives et de l’extrême difficulté de la tâche qu’a remplie Mme Védrinne, il n’est pas exclu qu’elle ait pu omettre une garde effectuée par Simon avant le 3 juillet 1793 !
      Dans ce cas le texte de la question n°5 serait parfaitement valide ! On pourrait en effet concevoir – sauf preuve contraire à apporter – que Simon, alors de garde au Temple en tant que commissaire, ait pu charger Louis XVII de remettre un objet O à Madame Royale qui l’a réceptionné alors qu’elle lui coupait les cheveux ! 
    • ou bien on doit accepter que la tradition historique selon laquelle Louis XVII a été séparé de sa famille le 3 juillet est totalement fausse, pour que le texte de la question n°5 soit juste stricto sensu !  Pour l’heure c’est une hypothèse que nous n’oserons pas envisager une seconde de plus, si ce n’est en ajoutant que dans ce cas purement théorique, l’événement dont il rendrait compte aurait dû  » logiquement  » avoir lieu après le transfert de la Reine à la Conciergerie, afin d’expliquer pourquoi Simon aurait pu charger Louis XVII de remettre un objet O à Madame Royale et non à la Reine ! …    

H 1.2 Le libellé du texte ne correspond pas stricto sensu à une réalité historique, et peut être corrigé et interprété … 

Nous renvoyons à notre précédente hypothèse, développée sur cette page,  sans pour autant rejeter a priori toute autre hypothèse qui pourrait nous être proposée et que nous examinerons avec toute l’attention requise par l’enjeu ! 

5 )  » qu’est-ce que Simon vous avait chargé  de me remettre et que vous me donnâtes un jour qu’il  vous coupait les cheveux ? « 

Parce qu’on n’est jamais assez précis dans cette affaire Louis XVII, il est évident que cette hypothèse exige que cet événement ait eu lieu grâce au concours de Turgy, avant son expulsion du Temple en septembre 1793, et donc avant la rencontre présumée du  7 ou 8 octobre 1793 entre Madame Royale et son frère, selon le Mémoire de Madame Royale !  

C’est très volontiers que nous soumettons ces observations à la critique de nos lecteurs qui auront la bienveillance de s’y intéresser ! 

ADDENDUM 17 h 15 

Et voici que nous découvrons -puissance des moteurs de recherche oblige – une information tout à fait anodine en soi que nous avions dû lire à TGV et que nous n’avions pas retenue, mais qui aujourd’hui prend pour nous une importance considérable car elle validerait à elle seule  non seulement le questionnaire Turgy – Madame Royale mais aussi le modèle sur lequel il est construit ! 

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MUNICIPALITÉ DE PARIS

Du 3o avril 1793 an II de la République

Extrait des registres des délibérations du Conseil Général de la Commune

Appert par le procès verbal de ce jour que les citoyens Canon et Simon sont nommés commissaires pour vérifier six paires de souliers destinées aux prisonniers du Temple et savoir si dans leur couverture il n’existe rien de suspect

PACHE maire ; DORAT CUBIERES secrétaire greffier adjoint

Revue rétrospective, ou bibliothèque historique: 1837 ( pp 255-256 ) 

Jules-Antoine Taschereau
H. Fournier et cie, 1837 

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Dès lors, serait-ce un fantasme d’imaginer, qu’après avoir inspecté les 6 paires de souliers, Simon en ait remis deux paires ( ou plus ) à Louis XVII en le chargeant d’en remettre une à Madame Royale, ce qu’il fit un jour de mai 1793 ? 

Et comme on peut comprendre que Madame Royale, jeune adolescente de 15 ans en 1793, se soit souvenue en 1817 de ce jour, où elle reçut une nouvelle paire de souliers !

Mais par contre n’est-il pas invraisemblable et impossible que Madame la duchesse d’Angoulême ait omis d’évoquer sa rencontre avec son frère du 7 ou 8 octobre 1793, si cet événement avait réellement existé et si cela n’avait pas été un pur fantasme, imaginé par les révolutionnaires pour faire valider  par Madame Royale en 1795,  la présence à cette date de Louis XVII au Temple , en contrepartie de sa propre libération qui interviendra le 18 décembre 1795 ? 

A chacun de conclure en son âme et conscience ! 

Faisons un point de situation pour vérifier si notre modèle est toujours pertinent ou doit être corrigé, voire même abandonné ! ( suite 3)

« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »
De l’art poétique (1674) – Chant I Nicolas Boileau

Allons jusqu’au terme logique de la réflexion que nous avons engagée, pour tenter d’établir la date ou la période la plus vraisemblable de l’exfiltration de Louis XVII, grâce à notre découverte de l’estampe de  » Louis XVII  » que nous appellerons estampe de  » David-Carteaux-X  » , pour résumer son processus de composition à partir d’un dessin de David, repris par Carteaux sur une peinture en émail, et gravé ensuite par un anonyme ! 

Madame Royale a écrit dans son Mémoire :  

 » Nous montions souvent sur la tour. Mon frère y montait tous les jours et le seul plaisir de ma mère était de le voir passer de loin par une petite fenêtre. Elle y restait des heures pour guetter l’instant de voir cet enfant si chéri. Ma mère n’en savait des nouvelles que très peu, par les municipaux et par Tison, qui descendait les jours de blanchissage, voyait Simon [ et par ] là en savait des nouvelles.  …/… Nous savions un peu de nouvelles de mon frère par les municipaux, mais cela ne dura pas longtemps. …/… Il était extrêmement engraissé …/…[voir Addendum 18 h 30 ]

Si nous avons accordé du crédit à ce témoignage de Madame Royale sur l’état physique de son «  frère » , que nous avons rapproché de l’estampe de  » David-Carteaux-X  » pour conclure à l’identification possible d’un substitué à  » Louis XVII  » , la logique exige que nous accordions au moins le même crédit au reste de la narration, qu’on peut lire dans le Mémoire ! 

Et nous sommes conduit à le faire d’autant plus facilement que Madame Elisabeth confirme les dires de Madame Royale pour cette période bien précise qui va se terminer le 2 août, avec le transfert de la Reine à la Conciergerie.

On lit en effet ce témoignage de Turgy rapporté p 371  dans les Mémoires de Madame Elisabeth de France, annotés et mis en forme par Barghon de Fort-Rion ( 1858) : 

 » Je vais transcrire plusieurs autres billets de Madame Elisabeth, depuis les premiers jours de juillet jusqu’à la fin de septembre …/… Donnez à Fidèle ( Toulan ) ce billet de notre part. Dites-lui, ma soeur a voulu que vous le sachiez que nous voyons tous les jours le petit ( Louis XVII ) par la fenêtre de l’escalier de la garde-robe ; mais que cela ne vous empêche pas de nous en donner de nouvelles  » 

En raison de la complexité même de la topographie du Temple, nous croyons savoir que les meilleurs historiens se divisent sur l’identification même de l’endroit très précis, d’où la Reine aurait pu voir son fils, ou simplement l’apercevoir ne serait-ce qu’un très court instant ! 

Suite à la destruction du Temple en 1808 par Napoléon en 1808, pour éviter que ce monument ne devienne un lieu de pèlerinage royaliste, nous sommes dans l’impossibilité de vérifier ou de contester, d’une manière quelconque, la pertinence des témoignages de Madame Royale et de Madame Elisabeth, tels qu’ils nous ont été rapportés par la tradition historique, alors qu’il s’agit d’une question capitale pour déterminer la date ou la période durant laquelle Louis XVII a pu être exfiltré.

Aussi ne pouvons-nous que constater l’alternative suivante après examen de ces source documentaires :

  1. soit elles n’ont aucune valeur, et nous n’avons rien à corriger dans notre modèle ;
  2. soit elles sont incontournables, et il est évident que les témoignages de Madame Royale et de Madame Elisabeth contredisent de manière radicale la théorie que nous avons empruntée à Michel Jaboulay de l’exfiltration de Louis XVII, dans la soirée du 3 juillet 1793 ou dans les jours qui ont immédiatement suivi, dans l’hypothèse où Louis XVII aurait pu rester caché un ou plusieurs jours dans l’Enclos du Temple, avant sa libération complète.  Dans ce cas il conviendrait de repousser la date de l’exfiltration de Louis XVII à une période postérieure au 2 août 1793, date du transfert de la Reine à la Conciergerie.

Et c’est ici que nous sommes invité à corriger notre modèle, si nous voulons être cohérent ! 

En effet nous avons retenu l’information donnée par Madame Royale sur l’engraissement physique de son frère, pour conclure que le portrait  » David-Carteaux-X  » pouvait être celui du substitué ! Dès lors  ne sommes-nous pas logiquement contraint et forcé d’admettre que la période pendant laquelle Louis XVII a pu être exfiltré du Temple se situe entre le 2 août et la nuit du 2 au 3 septembre 1793 et non entre le 3 juillet 1793 et la nuit du 2 au 3 septembre 1793 ?

Précisons qu’en l’absence de toute source documentaire ( autre que celle du Mémoire de Madame Royale sur sa rencontre avec «  son frère «  d’octobre 1793 ) affirmant que Madame Royale et Madame Elisabeth ont pu voir ou apercevoir  » Louis XVII  » après le 3 septembre, nous nous croyons autorisé à conserver cette date comme terminus ad quem, date de la tentative d’évasion de la Reine de la Conciergerie  !*** 

Dès lors, il convient de reprendre tout notre modèle à partir de cette nouvelle hypothèse et de rechercher tous les éléments qui peuvent l’accréditer ou au contraire l’invalider ! 

[ *** Pour mémoire, nous rappellerons que :

  • la Reine ayant toujours refusé de s’évader seule du Temple, sans ses enfants, nous considérons cet événement comme un indice majeur en faveur de l’exfiltration de Louis XVII du Temple, dont la Reine aurait eu nécessairement connaissance ;
  • la célèbre lettre de la Reine à Madame Elisabeth du 16 octobre 1793, si mystérieusement conservée et retrouvée, est selon nous un faux destiné à faire attester par la Reine que son fils était toujours prisonnier au Temple, après son hallucinant acte d’accusation d’inceste qu’il aurait signé le 6/10/1793 … ] 

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Addendum 18 h 30 

Il est très important de noter que l’expression utilisée par Madame Royale dans son Mémoire  » Il était extrêmement engraissé  » concerne la période où la Reine n’est plus au Temple ! Il est écrit de manière explicite «   : Le changement de vie et les mauvais traitements rendirent mon frère malade à la fin d’août. Simon le faisait manger horriblement  …/… Il était extrêmement engraissé … »   

Faisons un point de situation pour vérifier si notre modèle est toujours pertinent ou doit être corrigé, voire même abandonné ! ( suite 2)

« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »
De l’art poétique (1674) – Chant I Nicolas Boileau

 Après avoir observé une pause, pour cause de triduum pascal, il convient maintenant de reprendre nos réflexions et investigations sur ce dossier. Nous avions conclu notre précédent message par  un rappel d’échanges sur l’un de nos défunts forums  et par ces lignes : 

D’où notre hypothèse, selon laquelle cette estampe rend compte de la présence au Temple le 7/10/1793 d’un substitué à Louis XVII ; le dessin fait par David sera repris par Carteaux, sous la forme d’une peinture sur émail, à l’origine de cette estampe  :  

Louis Charles de France, né le 27 mars 1785 : fils de Louis XVI, mort prisonnier en la Tour du Temple à Paris, le 8 juin 1795… : [estampe] / gravé d’après le tableau original

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Nous avons conclu que ni Madame Royale, ni Madame Elisabeth n’avaient signé les 2 PV du 7/10/1793 ! Aussi reformulerons-nous la question toujours en suspens de la manière suivante :

Qu’en est-il de leur confrontation avec  » Louis XVII  » attestée par ces archives ? 

Arrivé à  ce point de notre réflexion, et si nous voulons être aussi rigoureux que possible  il existe plusieurs hypothèses : 

1 / Si on fait confiance au témoignage de Madame Royale dans son Mémoire et au silence du PV de l’interrogatoire de Madame Elisabeth par le Tribunal Révolutionnaire, cette double confrontation n’a pas eu lieu ! C’est une pure invention des révolutionnaires qui étaient maîtres du Temple le 7/10/1793 !

Mais alors comment expliquer l’existence de l’estampe ci-dessus et de la légende qui l’accompagne, qui atteste qu’il s’agit de « Louis XVII », remis à la garde de Simon depuis le 3 juillet 1793 au soir ? 

De deux choses l’une : 

  • 1.1 Ou bien ces PV rendent  compte de 2 confrontations qui n’ont pas existé et ont été intégralement inventées ! 
  • 1.2 Ou bien ces PV rendent compte de 2 confrontations réelles qui ont eu lieu !
    Mais de même que Louis XVII a été remplacé par  un substitué, n’est-on pas obligé de faire l’hypothèse que Madame Royale et Madame Elisabeth auraient été elles aussi remplacées par deux femmes ?

Et c’est alors qu’il nous revient en mémoire une hypothèse a priori hallucinante, selon laquelle Chaumette et Hébert auraient pu introduire des prostituées au Temple ; c’est grâce au site de référence – malheureusement disparu – de recherches historiques dédiées à la mémoire de Robespierre ( NEA Royet)  que nous avions découvert la proximité habituelle de Chaumette avec des prostituées  ! D’où notre hypothèse que deux d’entre elles auraient eu à  » s’occuper de  » Louis XVII « , en vue d’établir l’acte insensé d’accusation d’inceste contre  » sa mère  » , que seul l’enfer a pu imaginer et sur lequel étaient branchés les fourneaux du père Duchesne !   

Dès lors, qu’est-ce qui interdit de faire l’hypothèse que deux prostituées auraient été substituées à Madame Royale et à Madame Elisabeth, pour assurer un simulacre de confrontation devant les révolutionnaires, qui ont ensuite signé les PV ?Nous ne doutons pas qu’une telle hypothèse puisse apparaître complètement absurde et insensée aux yeux de nos lecteurs, mais n’est-ce pas Chaumette qui a organisé un mois plus tard, le 10 novembre 1793, l’hallucinante profanation de Notre Dame de Paris, en installant des prostituées sur les autels, pour y représenter les nouvelles déesses de la Révolution ?

Si nous osons présenter une telle hypothèse, ce n’est pas sans avoir au préalable relu quelques-unes des sources documentaires qui seules peuvent nous permettre de comprendre ce qui nous semble inimaginable !

Mais après tout, en quoi est-ce plus inepte et absurde que le contenu de ce document du 6/10/1793,  unique dans toute l’histoire de l’Humanité, signé par  » Louis Charles Capet  » et par lequel il accuse  » sa mère «   d’actes incestueux commis à plusieurs reprises entre le 21 janvier 1793 et le 3 juillet 1793 ?

Voici donc quelques suggestions de lecture que nous proposons à ceux qui s’interrogeraient sur notre état de santé mentale – comme un contradicteur nous l’a écrit un jour sur un forum dédié à cette affaire Louis XVII –  pour avoir osé développer l’hypothèse ci-dessus :
Galerie historique des contemporains, ou Nouvelle biographie … ,
Tome premier – Auguste Wahlen, imprimeur-libraire, 1818 – 472 pages
( voir l’article Chaumette ) 

Souvenirs de la terreur de 1788 à 1793 par M. Georges Duval, Volume 4 ( p 161 ) 
Werdet, 1842 – 384 pages

Histoire du Directoire, Volume 1 Plon, 1863 – 508 pages p 188
Adolphe Granier de Cassagnac

Face à ces hypothèses, qui peuvent faire vaciller la  raison, il n’existe, nous semble-t-il , que 3 arbitrages possibles  :
  1. soit on adopte la 1 ère hypothèse selon laquelle Madame Royale et Madame Elisabeth ont menti, l’une de manière explicite, l’autre par son silence ! Dans ce cas il y aurait bien eu une double confrontation avec  » Louis XVII  » ! Mais pour les raisons que nous avons déjà développées, il nous est impossible de l’admettre !  
  2. soit on adopte la 2 ème hypothèse pour l’un des deux motifs hypothétiques suivants : 
    1. Madame Royale n’a pas menti et a pu embrasser son frère avec qui elle n’a eu ensuite aucune confrontation 
    2. Madame Royale n’a menti que partiellement en affirmant avoir embrassé tendrement son frère, avant son interrogatoire, qui a eu lieu sans aucune confrontation avec lui ; 
  3. soit on est obligé d’admettre qu’il est impossible de faire le moindre arbitrage, car la réalité historique dont rendent compte les PV des 6 et 7 octobre 1793 nous semble inexplicable …
    Il conviendrait alors de passer à un autre dossier, non sans avoir conclu qu’il existe bel et bien une énigme Louis XVII, contrairement à ce que nous enseigne la théorie officielle de la mort légale de Louis XVII, présentée dans l’estampe à l’origine même de toute notre réflexion …

Poursuivons la jusqu’à son terme logique en considérant maintenant l’autre hypothèse : 

2 / Si on fait confiance aux PV des 6 et 7 octobre 1793 et non plus aux témoignages de Madame Royale et de Madame Elisabeth qui nient, de manière différente certes, la réalité d’une confrontation avec leur frère et leur neveu, pourquoi donc a-t-il existé une controverse historique de près de deux siècles, qui serait terminée depuis le 8 juin 2004 ?  

Et si les PV des 6 et 7 octobre 1793 rendent compte de la réalité historique, comment peut-on expliquer qu’on ait pu assister au cours de ces dernières semaines encore à une campagne médiatique inouïe, construite sur l’imposture du décryptage  » scientifique  » de la lettre du 4 janvier 1792 de la Reine Marie-Antoinette à Fersen ? Et cela, juste avant la conclusion définitive que prétend apporter la publication du livre d’Evelyne Farr, selon lequel Fersen a été non seulement l’amant de la Reine Marie-Antoinette, mais aussi le père du duc de Normandie, déniant ainsi toute légitimité royale au soi-disant Louis XVII des royalistes, et abandonné de tous, sous le nom de « Louis Charles Capet  » dans  » sa chambre « , selon le roman de Françoise Chandernagor ? 

,  Marie-Antoinette et le comte de Fersen

En tout état de cause, et dans l’attente de toute preuve contraire, rien ne nous oblige à abandonner notre modèle, selon lequel Louis XVII aurait pu être exfiltré du Temple, entre le 3 juillet et la nuit du 2 au 3 septembre 1793, par Danton et Hérault de Séchelles …
En effet les PV des 6 et 7 octobre 1793 auraient eu pour finalité d’attester que Louis XVII était non  seulement présent au Temple à cette date, mais aussi de détruire jusqu’à sa légitimité morale par son accusation contre sa mère  du 6/10/1793 !
Et on rappellera ce fait si curieux mis en valeur par Jean Raspail, dans son roman SIRE, que nous avons déjà eu l’occasion de souligner ici  

Pourquoi donc, le 16 septembre 1793, la Convention a-t-elle décrété, toutes affaires cessantes, la destruction de la Sainte Ampoule, si Louis XVII, fils du Roi Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette, qui s’était inclinée devant lui le matin du 21 janvier 1793, était toujours prisonnier au Temple ?

 

Faisons un point de situation pour vérifier si notre modèle est toujours pertinent ou doit être corrigé, voire même abandonné ! ( suite 1)

 « Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »
De l’art poétique (1674) – Chant I Nicolas Boileau

Après mûre réflexion, reprenons notre argumentation développée hier sur cette page  , en la complétant sur un point absolument crucial, où nous allons nous heurter de manière radicale et absolue à toute la tradition historique admise depuis Eckard et Beauchesne ! Pour cela nous nous appuirons sur la référence parmi les références de toute la tradition royaliste la plus pure, qu’est le livre  Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI, écrit par Mme la Ctesse d’Armaillé (2e édition, Perrin 1886 ) où on peut lire l’intégralité du roman inventé par Beauchesne sur la mort légale de Louis XVII au Temple.

Parfaitement conscient du risque que nous prenons, nous allons choisir une hypothèse qui nous semble aussi cohérente que possible, parmi toutes celles qui peuvent se présenter à l’esprit,  en étant prêt à nous incliner, sans aucune difficulté, devant toute preuve contraire irréfutable, qui nous serait opposée ; c’est très volontiers que nous reconnaîtrions notre erreur si elle nous permettait de progresser dans notre recherche de la vérité sur le destin de Louis XVII !  

Face à la contradiction radicale existant entre le Mémoire de Madame Royale et les PV du 7/10/1793 au sujet de sa confrontation avec  » Louis XVII » , suivie de celle de Madame Elisabeth avec son  » neveu » , force est donc de chercher à répondre à la question :

 » Qui ment, par omission ou de toute autre manière   » ? Est-ce Madame Royale ? Est-ce le rédacteur des deux  PV authentiques du 07/10/1793  ? Ou tous les deux ?

Pour mémoire, voici un extrait des fac-similés  des  PV du 7 octobre 1793, que nous devons à notre regretté ami Michel Jaboulay ! 

      

En guise de préalable, il nous semble tout d’abord impossible que Madame Royale ait pu signer Thérèse Capet, expression typiquement révolutionnaire, alors qu’elle a conclu son Mémoire en signant par ses prénoms Marie, Thérèse, Charlotte ! On remarquera en outre la faute d’accent très significative sur le second « é ». 

Quant à l’impossibilité que Madame Elisabeth ait pu signer Elisabeth Capet nous pensons être en droit de l’étayer par plusieurs arguments sérieux, dont nous ignorons s’ils ont été déjà présentés par la critique historique. 

C’est ici que nous allons nous appuyer en particulier sur le livre de la comtesse d’Armaillé, en raison du roman de la rencontre de Madame Royale avec son frère du 7/10/1793,  qu’elle a repris de toute la tradition royaliste du XIX ème siècle construite sur Eckard et Beauchesne. 

On sait tout d’abord que Madame Elisabeth signait sa correspondance privée avec ses deux prénoms Elisabeth-Marie, mais ce qui nous semble décisif ce sont les citations suivantes extraites du livre de la comtesse d’Armaillé, cité ci-dessus et numérisé sur Gallica, qui nous autorisent à conclure que ce n’est pas Madame Elisabeth qui a signé le PV de sa prétendue confrontation avec son neveu ! Cela nous semble impossible !  

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<< p 482 ( dernière nuit de Madame Elisabeth )

 » Ses réponses sont nettes et fermes, et la signature apposée au bas de chacune des pages de l’interrogatoire est de son écriture ordinaire. De plus, on voit qu’elle s’est refusée à joindre à son nom celui de Capet, exigé par la Révolution  » 

p 484 ( dernier interrogatoire )

Le président Dumas à l’accusée : Quel est votre nom ?
R. — Elisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de Louis XVII, votre Roi (2).

(2) Cette fière et noble réponse n’est pas citée au Moniteur, qui dit seulement Elisabeth-Marie. Elle fut distinctement entendue par des témoins qui la rapportèrent à Beauchesne, et on verra plus loin que le président Dumas ne l’oublia pas.
Voy. aussi Ferrand, Eloge funèbre, p. 126. Edition de 1795 (rare).

p 487

Enfin, on l’a vue, depuis le supplice mérité du » plus coupable des tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette, au fils de » Capet, les hommages de la royauté, et les prétendus honneurs du trône. »

p 492

L accusée Elisabeth, dont le plan de défense est de nier tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir qu’elle a bercé le petit Capet de l’espoir de succéder au trône de son père, et qu’elle a ainsi provoqué la royauté ?
R. — Je causais familièrement avec cet infortuné qui m’était cher à plus d’un titre, et je lui administrais, sans conséquence, les consolations qui me paraissaient capables de le dédommager de la perte de celui qui lui avait donné le jour.
D. — C’est convenir, en d’autres termes, que vous nourrissiez le petit Capet des projets de vengeance que vous et les vôtres n’avez cessé de former contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris d’un trône brisé, en l’inondant de tout le sang des patriotes. >>

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Mais alors, si ni Madame Royale, ni Madame Elisabeth n’ont signé les PV du 7/10/1793, dont l’authenticité est irréfutable, qu’en est-il de leur confrontation avec  » Louis XVII  » ? 

Comment en effet imaginer que Madame Elisabeth ait pu ne rien dire sur cet événement,  lorsqu’elle a été interrogée sur son comportement à l’égard de Louis XVII ( voir l’extrait de la p 492 ci-dessus ), lors  de sa comparution devant le Tribunal révolutionnaire et ait même  osé se présenter sous l’identité  » Elisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de Louis XVII, votre Roi (2) », si elle avait été confrontée au pauvre adolescent complètement dévoyé que les révolutionnaires lui auraient présenté le 7/10/1793 ! N’est-ce pas impossible, alors qu’une tradition historique révolutionnaire prétend qu’elle aurait dit «  oh le monstre ! » face aux accusations hallucinantes qu’il aurait proférées devant elle ? N’aurait-elle pas clamé son indignation devant le jouet humain que serait devenu « Louis XVII » entre les mains des révolutionnaires, alors qu’elle savait qu’elle allait mourir sur l’échafaud, en véritable martyre de la religion catholique et royale capétienne ? Ce silence de Madame Elisabeth, ajouté aux autres indices  présentés supra, ne nous oblige-t-il pas à faire l’hypothèse qu’il n’y a pas eu de confrontation avec son neveu, comme écrit dans le Mémoire de Madame Royale, qui n’en fait aucun état ? Mieux même, ne peut-on pas faire l’hypothèse que Madame Elisabeth ne savait pas ce qu’était devenu son neveu depuis la séparation du 3 juillet 1793 au soir et qu’elle n’avait plus, depuis ce jour-là, que les informations que Madame Royale a rapportées dans son Mémoire, selon ces citations ?  

 » Nous montions souvent sur la tour. Mon frère y montait tous les jours et le seul plaisir de ma mère était de le voir passer de loin par une petite fenêtre. Elle y restait des heures pour guetter l’instant de voir cet enfant si chéri. Ma mère n’en savait des nouvelles que très peu, par les municipaux et par Tison; qui descendait les jours de blanchissage, voyait Simon [ et par ] là en savait des nouvelles.  …/… [ plus loin ] Nous savions un peu de nouvelles de mon frère par les municipaux, mais cela ne dura pas longtemps. …/… [ et après la description des mauvais traitements  infligés par Simon ] …/… Il était extrêmement engraissé …/… « 

D’où notre hypothèse, selon laquelle cette estampe rend compte de la présence au Temple le 7/10/1793 d’un substitué à Louis XVII, dont le dessin fait par David sera repris par Carteaux sous forme de peinture sur émail, à l’origine de cette estampe  :  

Louis Charles de France, né le 27 mars 1785 : fils de Louis XVI, mort prisonnier en la Tour du Temple à Paris, le 8 juin 1795… : [estampe] / gravé d’après le tableau original

btv1b6950160v

…/… A suivre …/…

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Addendum : 22 h 30

Avant de poursuivre nos réflexions, il nous semble opportun de vous proposer un extrait des archives de notre premier forum MSN de 2006, mises à notre disposition par notre archiviste du Roi Louis XVII !…

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 Envoyé : 29/08/2006 17:19 par Fleurdelys
J`ouvre une nouvelle discussion sur Madame Elisabeth, J`ai fait une étonnante trouvaille sur Gallica, c`est  la première fois que je lis un interrogatoire de Madame Elisabeth ; je donne un extrait :  Depuis plusieurs mois, elle n`a entendu ni chansons ni jurements retentir dans l`appartement du second étage, elle est montée maintes fois aux combles de l`escalier de la garde de robe, et jamais depuis la fin de janvier elle n`a aperçu l`enfant.
Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici telle qu`elle se trouve dans les actes de toute sa vie.
Je vous rappelle que le texte que je viens de citer est celui de Beauchesne dans la revue des questions historiques, cinquième volume, livraison du 1er  janvier 1868.
                                     Fleurdelys
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Envoyé : 29/08/2006 17:56 par François-Marie
Merci beaucoup , chère FleurdeLys , de nous rappeler ces pièces capitales qui établissent la grandeur et la sainteté de Madame Elisabeth . Vous avez mentionné comment elle signe : Elisabeth-Marie , ce qui suffit à enlever son authenticité au  procès-verbal de la soi-disant confrontation du 7 octobre avec Louis XVII . Vous avez noté aussi la sublime réponse faite à Dumas qui lui demande qui elle est : » Elisabeth-Marie de France , soeur de Louis XVI , tante de Louis XVII , votre Roi « . Cette réponse , qui vaut à elle seule une condamnation à mort , est authentifiée par Dumas lui-meme qui , après avoir prononcé la condamnation , ironise en reprenant l’identité « Elisabeth de France « . Les médiocres ironisent toujours sur la grandeur …
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Envoyé : 30/08/2006 14:38 par   Fleurdelys
Cher François-Marie
Moi aussi, J`ai des doutes sur les signatures  des PV du 6 au 7 octobre 1793 de Madame Elisabeth et Madame Royale, pourquoi ont-elle signé le nom de Capet ? il y a des anomalies sur un des PV,  Madame Royale a signé Thérése Capet, alors que son vrai nom est Marie- Thérèse, c`est à ce demander si c`est vraiment elle qui l’a signée ?
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Envoyé : 13/04/2008 14:51 par François-Marie
Permettez-moi de signaler au Gaulois du 11 mai 1894 un très beau texte signé Louis de Meurville écrit à l’occasion du centenaire de la mort de Madame Elisabeth .
Ce texte présente notamment l’intérêt de retracer la genèse de la condamnation , d’abord empêchée malgré Hébert , puis finalement concédée sur les  instances de Collot d’herbois , par Robespierre.
Il décrit avec une intense émotion les derniers instants , avec la mise à mort aux côtés de la Princesse d’une vingtaine d’autres victimes , tandis que le jeune Montmorin , âgé de 18 ans , attendant son tour , ponctue chacun des chocs du couperet d’un noble et sonore :  » Vive le Roi ! » … Grandeur !
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Envoyé : 11/11/2008 18:32 par François-Marie1
A noter sur Gallica les Mémoires de Madame Elisabeth de France annotés et mis en forme par Barghon de Fort-Rion ( 1858)

Faisons un point de situation pour vérifier si notre modèle est toujours pertinent ou doit être modifié, voire même abandonné !

Louis Charles de France, né le 27 mars 1785 : fils de Louis XVI, mort prisonnier en la Tour du Temple à Paris, le 8 juin 1795… : [estampe] / gravé d’après le tableau original

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En poursuivant notre réflexion et nos investigations engagées sur cette estampe, nous avons été conduit à reprendre les archives de notre ancien forum MSN Groupes et à y ajouter le texte des PV, dont Emile Campardon nous a donné la transcription ( pp 72-81), dans son livre récemment numérisé sur Gallica en 05/2012  :

Marie-Antoinette a la conciergerie du 1 er août au 16 octobre 1793 suivies de notes historiques et du procès imprimé de la reine par M. Émile Campardon  ( chez Jules Gay, 1863 – 352 pages ) 

Ce faisant nous avons réalisé que nous avions commis une erreur en n’accordant pas suffisamment d’importance à la confrontation de  » Louis XVII  » avec Madame Royale, lorsque nous nous sommes rallié en 2004/2005 à l’interprétation de Michel Jaboulay des PV des 6 et 7 octobre 1793, signés par «  Louis Charles Capet «   et à sa théorie sur la présence d’un substitué à Louis XVII dès cette époque ; c’est cette erreur que nous allons corriger en faisant une analyse de la seule réalité documentaire dont nous pouvons disposer aujourd’hui,  avant toute interprétation !  

 « Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. »
De l’art poétique (1674) – Chant I Nicolas Boileau

1 /  Il convient en premier lieu de considérer qu’il existe une première contradiction radicale dans le contenu des archives authentiques et irréfutables dont nous disposons aujourd’hui !

1.1 Ce sont d’une part les PV des interrogatoires de  » Louis Charles Capet  » seul du 6/10/1793, et ensuite de Madame Royale et de Madame Elisabeth confronté à  » Louis Charles Capet  »  du  7 octobre 1793.  ( voir Emile Campardon, Jean-Pascal Romain et Michel Jaboulay ) 

1.2 C’est d’autre part le Mémoire de Madame Royale où elle écrit avoir eu juste le temps d’embrasser tendrement son frère, avant qu’on le lui arrache des bras ; on ne trouve donc aucune confrontation avec lui, et il en est de même pour sa tante, interrogée après elle par les révolutionnaires, en dehors de toute présence de son frère !

2 / A cette contradiction radicale incluse dans les textes des archives officielles, sur laquelle est construite la théorie de la mort légale de Louis XVII au Temple, attestée par l’acte de décès ci-après, s’en ajoute donc une nouvelle, celle de la contradiction iconographique entre l’estampe présentée en introduction de cet article et le portrait de «  Louis XVII  » conservé au Musée Carnavalet !

acte-de-décèscarnavalethttp://jjric.free.fr/res3plein.img/DJX28.jpg     btv1b6950160vVoilà donc en résumé ou en raccourci ( vieux tic royaliste bien connu )  la réalité archivistique et iconographique qui constitue la base même de l’énigme Louis XVII !

Car il y a bien énigme n’est-ce pas, en raison de cette double contradiction interne existant dans le contenu même des documents les plus officiels sur lesquels est construite la théorie encore dominante de la mort légale de Louis XVII au Temple, le 20 prairial an III ou 8 juin 1795 ? 

D’où la question que tout passionné, fasciné par cette énigme pour les motifs les plus divers, est en droit de se poser : 

quel a été le véritable destin de Louis XVII, caché par cette double et irréfutable contradiction, si on admet que la cohérence est le premier principe sine qua non de l’existence de toute réalité, de quelque ordre que ce soit ! 

Après avoir présenté les pièces du débat toujours en cours, l’alternative est simple :

  • soit passer à un autre dossier de notre énigme, sans chercher à conclure quoi que ce soit, si ce n’est que nous sommes incapable d’arbitrer la double contradiction exposée ci-dessus ;
  • soit tenter de trouver une explication cohérente, qui permette de faire un arbitrage qui tiendra également compte de tout ce que nous pouvons savoir par ailleurs ! Ce sera notre option en vue de présenter un nouveau modèle que nous proposerons à la critique de tous nos lecteurs, avec les réserves d’usage et dans l’attente de toute preuve contraire devant laquelle nous nous inclinerions si elle était irréfutable.  

En considérant la faiblesse de la traçabilité historique du portrait de  » Louis XVII  »  peint par Vien fils, nous prendrons le risque de négliger l’argument d’autorité que constitue le fait qu’il soit conservé au Musée Carnavalet ; nous lui préférerons l’autre portrait de  » Louis XVII  » de l’estampe qui a appartenu à la collection de Vinck, où on lit une légende qui développe toute la théorie officielle toujours en cours.

On pourrait même se demander aujourd’hui  si le portrait peint par Vien fils, autour duquel nous avons longuement échangé sur nos forums précédents, ne serait pas un leurre destiné à discréditer l’autre portrait, puisqu’il est permis d’affirmer qu’il y a eu une volonté délibérée de cacher ce qui a été un véritable secret d’Etat durant la Révolution, et jusqu’à la Monarchie de Juillet, voire même au-delà ! … Il est en effet évident pour nous que ni l’un, ni l’autre ne peuvent prétendre représenter Louis XVII, ni même un enfant de 8 à 10 ans, mais un substitué à Louis XVII !   

Cet arbitrage en faveur d’un des deux portraits étant fait, nous rappellerons les éléments en pointillés de sa traçabilité historique :     

  • un exemplaire de l’estampe a appartenu à l’une des collections de la Duchesse de Berry (Château de BRUNNSEE STYRIE) et ensuite en 1913 à SAR Madame la Princesse Béatrice de Bourbon Parme, Comtesse Lucchesi-Palli ( source Christian Crépin ) ; il nous semble impossible que ce portrait de  » Louis XVII  » ait pu se retrouver dans de telles collections princières, s’il avait été le simple fruit d’une invention quelconque d’un artiste et sans aucun intérêt historique majeur !
  • en l’absence de toute contestation connue, nous croyons être en droit de faire l’hypothèse suivante qui justifie pleinement l’intérêt que lui a accordé Madame la duchesse de Berry : cette estampe gravée à partir d’une peinture sur émail  – destinée par sa nature à représenter  un personnage historique de manière aussi pérenne que possible – aurait été faite en 1795-1799 par Carteaux, selon un dessin réalisé par David au Temple, le 7 octobre 1793, lors des interrogatoires de Madame Royale et de Madame Elisabeth ! 

A l’évidence, le physique de l’adolescent qui y est représenté renvoie à l’évocation faite par Madame Royale dans son Mémoire,  au sujet de  » son frère  » qui aurait engraissé ! Et c’est ici que nous nous heurtons au noeud gordien de cette énigme Louis XVII, qu’il faut bien essayer de trancher ; sauf à admettre que cette énigme est désormais insoluble, et qu’il convient d’attendre désormais une intervention de la Divine Providence, qui seule pourra la résoudre dans l’hypothèse même où elle pourrait intéresser le destin de la France comme d’aucuns peuvent le penser ! 

On comprendra facilement qu’il nous soit impossible d’opter pour un tel abandon, qui serait en contradiction avec toutes les recherches faites jusqu’à maintenant et alors que la fréquentation sur ce site oscille entre 1500 et 2500 connexions/jour, d’après les statistiques fournies par notre hébergeur.

Nous allons donc prendre le risque mesuré de choisir une hypothèse aussi cohérente que possible, parmi toutes celles qui peuvent se présenter à l’esprit ! Et si d’aventure on nous propose un argument contraire irréfutable, c’est sans aucune difficulté que nous nous inclinerions en reconnaissant notre erreur , pour pouvoir en tirer profit !  

Face à la contradiction radicale existant entre le Mémoire de Madame Royale et les PV du 7/10/1793 au sujet de la présence de  » Louis XVII  » et de la confrontation successive avec lui de l’une et de l’autre, force est donc d’arbitrer la réponse à la question :

 » Qui ment, par omission ou toute autre manière   » ? Est-ce Madame Royale ? Est-ce le rédacteur des deux  PV authentiques ? Ou tous les deux ?

En guise de préalable, il nous semble impossible que Madame Royale ait pu signer Thérèse Capet, qui est une expression typiquement révolutionnaire, alors qu’elle a conclu son Mémoire en signant par ses prénoms Marie, Thérèse, Charlotte ! De même pour Madame Elisabeth qui aurait signé Elisabeth Capet, ce qui aurait été une manière de se soumettre à la volonté des révolutionnaires ; cela nous semble impossible d’autant plus que Madame Elisabeth signait non seulement sa correspondance privée par Elisabeth-Marie mais c’est également ainsi qu’elle a signé  le PV de son premier interrogatoire, avant de déclarer ensuite s’appeler   » Elisabeth-Marie de France, sœur de Louis XVI, tante de Louis XVII, votre Roi  » ( Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI, par Mme la Ctesse d’Armaillé (2e édition, Perrin 1886 ) 

Une fois posé ce préalable, il nous semble parfaitement vraisemblable que l’un ou l’autre des révolutionnaires présents aient pu signer  » Thérése Capet  » [ avec une faute d’accent sur le second « é » ]  et ensuite «  Elisabeth Capet  » au terme de l’interrogatoire, comme on peut le voir sur ce fac-similé du PV du 7 octobre 1793, que nous devons à notre regretté ami Michel Jaboulay ! 

      

…/… A suivre …/… 

Proposition d’une nouvelle hypothèse iconographique pour illustrer notre modèle de l’exfiltration de Louis XVII

Chers amis, 

Au vu du contexte politique et économique dans lequel nous vivons, il semblerait que le temps dont nous pouvons espérer disposer raisonnablement, pour pouvoir travailler avec la liberté et la sérénité requises,  se fasse de plus en plus court …

Aussi croyons-nous opportun de vous proposer un nouveau modèle qui tienne compte de nos derniers échanges développés autour des questions d’ordre iconographique, tout en ayant à l’esprit qu’il s’agit d’un ensemble de faits et d’hypothèses qui doivent être validées ou infirmées !

Notre ami François-Marie vient de nous envoyer cette photo prise au musée Carnavalet en janvier 2014, dont le contenu sert de légende au célèbre tableau de Vien, exposé maintes fois sur ce site.

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Le Musée Carnavalet, gardien avec la Commission du Vieux Paris, de la mémoire de la question Louis XVII n’est donc sûr de rien, puisqu’il est écrit sous le nom de  » Louis XVII ( 1785 – 1794) … Ce portrait aurait été peint  [ par Joseph-Marie Vien, dit le Jeune ( 1762-1848 ) ] au Temple, sur l’ordre de la Convention. « 

Or il est absolument certain que Louis XVII avait les cheveux blonds, et nous avons acquis la certitude que Louis XVII n’a pas été inhumé au cimetière Sainte-Marguerite le 10 juin 1795, ou 22 prairial an III comme l’attestent les preuves avancées dans le livre  » Louis XVII Autopsie d’une fausse vérité « !

Nous ignorons dans quelles circonstances, et en particulier à quelle date précise, le peintre Vien le Jeune aurait peint son tableau censé représenter Louis XVII.

Nous avions fait précédemment l’hypothèse que ce tableau aurait été celui du premier substitué à Louis XVII et qu’il aurait été peint durant l’été 1793 ! Aujourd’hui nous croyons devoir abandonner cette hypothèse et la remplacer par celle que nous vous présenterons dès que possible, afin de tenir compte de l’ensemble des informations collectées autour de cette estampe ( voir cette page et ses commentaires )  et auxquelles nous croyons devoir accorder un minimum de crédit :  

Louis Charles de France, né le 27 mars 1785 : fils de Louis XVI, mort prisonnier en la Tour du Temple à Paris, le 8 juin 1795… : [estampe] / gravé d’après le tableau original

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 En réponse à une objection pertinente qui nous a été faite par un éminent contradicteur qui se reconnaîtra facilement, nous rappellerons que nous conservons la période du 3 juillet au soir jusqu’à la nuit du 2 au 3 septembre 1793 comme fenêtre d’exfiltration de Louis XVII par Danton et Hérault de Séchelles, même si la théorie de Michel Jaboulay, pour une évasion au soir même du 3 juillet, mérite la plus grande considération !

En effet si on admet que l’adolescent ( d’une dizaine d’années ) représenté sur la gravure ci-dessus a été confronté à Madame Elisabeth le 7 octobre 1793, alors que Louis XVII n’avait que 8 ans, on nous oppose que Marie-Antoinette aurait pu voir son fils, et donc le reconnaître, durant la période du 3 juillet au 2 août 1793, selon le mémoire de Madame Royale ! …

A suivre …/… 

Les interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793, au Temple – Archives de Michel Jaboulay

Ainsi que le savent nos plus anciens lecteurs, c’est grâce à l’argumentation et aux observations absolument inédites de Michel Jaboulay sur les PV des 6 et 7 octobre 1793 signés par  » Louis Charles Capet  » que nous avons pu construire notre modèle de l’exfiltration de Louis XVII, durant la période du 3 juillet 1793 au soir à la nuit du 2 au 3 septembre 1793 ; mais avant de le présenter à nouveau à l’attention de nos nouveaux lecteurs, voici les archives de Michel Jaboulay, telles qu’elles ont été publiées sur le défunt site du Musée Louis XVII ! 

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Ulysse Moussali écrit que David était présent à l’interrogatoire du 6 octobre 1793 et qu’il a apposé deux fois sa signature sur le procès-verbal.Cette affirmation est fausse. Il confond la déposition de l’enfant du 6 octobre 1793 en présence de Hébert mais pas de David, et la double confrontation du 7 octobre 1793, contre Madame Royale puis contre Madame Elisabeth, qui se déroula en présence de David mais sans Hébert. La double signature des témoins mentionnée par l’auteur se trouve en réalité sur le procès-verbal du 7 octobre.On peut facilement en déduire que l’auteur était davantage critique d’art que véritable historien. Néanmoins, tel qu’il est, ce texte fournit une base de discussion intéressante.Donc, récapitulons :
1 – La déposition de l’enfant est du 6 octobre : Hébert était présent, mais pas David.
2 – La double confrontation est du 7 octobre : David était présent, mais pas Hébert.
La supposition qui est faite pour justifier la présence regrettable de David ce jour-là paraît plausible. En tout état de cause, qu’il en ait parlé ou non par la suite, sa présence ne saurait être niée car sa signature figure, nette et très lisible, au bas de chacune des deux confrontations. Certes, il est toujours gênant de voir cet artiste de talent fourvoyé dans une aventure aussi dégradante, et on comprend les efforts de certains pour l’en exonérer. Mais, sans aucun doute, il était présent.
int53 – La signature de l’enfant est la même :- sur la déposition du 6 octobre,- les deux confrontations du 7 octobre et,- sur la déposition du 26 octobre (fac-simile dans le Louis XVII de Xavier de Roche, p. 426 ; image ci-contre ), ce qui est fondamental, mais jamais évoqué. Or, le 26 octobre, il n’y avait aucune raison de violenter, de saoûler ou de int6droguer l’enfant. Ce qui prouve a contrario qu’il était dans son état normal les 6 et 7 octobre.On remarque (voir ci-contre) que ces quatre signatures sont alignées ce qui exclut toute cosommation d’alcool ou de drogue par l’enfant.
4 – Ces signatures révèlent des différences fondamentales dans le tracé de plusieurs lettres et cette anomalie ne peut être attribuée à un enfant qui écrivait à la perfection, par réflexe, car son apprentissage de l’écriture était encore tout frais.Le caractère hésitant du tracé, de même que la position insolite de certaines lettres notamment le p, révèlent l’illetrisme du signataire et vraisemblablement la connaissance de ce seul nom. Il faut noter en outre que le Dauphin écrivait d’une écriture penchée. L’enfant qui trace ces quatre signatures écrit droit : ce n’est pas la même écriture.
5 – Les minutes des confrontations montrent que l’enfant était totalement lucide et dans un état parfaitement normal. Il intervenait librement et à propos en prenant même un malin plaisir à contredire les femmes qu’il avait en face de lui et ce trait de caractère, qui n’appartient pas à Louis XVII, prouve que nulle contrainte n’était exercée sur l’enfant.C’est aussi le réflexe d’un enfant normal, chez un enfant assis dont les pieds ne touchent pas le sol, de balancer les jambes tel que décrit.
6 – Un enfant de 8 ans saoul ou drogué aurait été physiquement incapable d’assister, lucide, à trois heures de confrontation et encore moins de tenir une plume.La cause est entendue : l’enfant qui a subi dépositions et confrontations n’était pas Louis XVII . C’est la clef qui ouvre le mystère du Temple.Mais pour tous ceux qui donnent la préférence à une autre solution, quelle qu’elle soit et quel que soit leur camp, il est impératif d’absoudre le fils de Louis XVI de cette abominable déposition et des confrontations qui ont suivi : d’où la nécessité de prétendre qu’il était saoul ou drogué, voire les deux. On cite à ce sujet une phrase prêtée à Madame Royale : A la fin il commençait à se désennivrer. Malheureusement, cette phrase ne se trouve pas dans les mémoires de Marie-Thérèse Charlotte de France, le seul texte de sa main où elle pourrait se trouver.

Qui plus est, la simple lecture des minutes des confrontations prouve à elle seule que l’enfant qui les a vécues était parfaitement lucide. Il suit parfaitement le déroulement de la conversation et intervient à plusieurs reprises de son propre chef, sans y être invité, et chaque fois pour contredire la femme qu’il a en face de lui. On a même ses mimiques en fin de confrontation avec Madame Royale : Il dit en la regardant…, et il oblige ainsi Marie-Thérèse à admettre qu’elle connaissait l’architecte Renard, ce qu’elle venait justement de nier.Comment cet enfant pourrait-il être saoul, drogué ou même violenté ?
Reste une objection majeure provenant de Marie-Antoinette elle-même qui semble accréditer par son testament la présence de Louis-Charles au Temple à cette époque. Ce sentiment provient d’une lecture superficielle : en réalité, le testament de la Reine ne prouve nullement la présence de son fils. En effet, on remarque, dans ce document émouvant, qu’elle dit mon fils quand elle parle des promesses que son père a exigées de lui parce que, dans ce cas, elle est certaine qu’il s’agit bien du Dauphin. Mais quand elle
aborde la question de la déposition, elle n’emploie plus que cet enfant . S’agit-il du même ? Rien ne le prouve. La Reine parle de pardon : pourquoi ne l’adresse-t-elle pas nommément à son fils, alors qu’il est la personne au monde qui en aurait le plus besoin si la déposition était vraiment de son fait ? Et par la suite, elle ne le désigne plus que par il.
Une mère peut-elle être plus évasive ? Comment aussi parle-t-elle d’envoyer un courrier à Madame Élisabeth et un courrier à Madame Royale, sans être sûre de la réception et sans même envisager de s’adresser à son fils. C’est bien, au contraire, la preuve qu’elle savait parfaitement qu’il n’était plus au Temple, sans pour autant le compromettre. Enfin, ajoutons que :
1 – La Reine, mieux que quiconque, sait que son fils est « le Roi ». D’après l’étiquette (même si elle n’est plus officiellement en usage) et protocolairement, c’est au Roi qu’elle doit s’adresser en premier. La Reine n’est pas femme à y manquer, elle qui s’est inclinée devant lui et l’a salué de ce titre le matin même où la tête de Louis XVI est tombée. Or, elle passe outre, ce qui tend à prouver qu’elle ignore où le joindre c’est-à-dire qu’elle sait qu’il n’est plus au Temple.
2 – Hébert a emporté avec lui la déposition de l’enfant le 6 octobre et l’a lue au tribunal le 14 octobre. Les minutes du procès de la Reine ne révèlent aucune mention de la double confrontation du 7 octobre. La
Reine ignore donc cet événement. C’est pourquoi Marie-Antoinette parle de l’outrage subi par Madame Élisabeth, mais ne dit mot des réactions possibles de sa fille qui, autant qu’elle sache, ignore ces accusations. En effet, dans sa déposition, l’enfant met en cause la tante, mais pas la soeur (ce n’est d’ailleurs certainement pas un enfant de 8 ans qui a prononcé le mot copulation ).Or Fouquier-Tinville n’a pas demandé cette confrontation qui n’a donc pas servi contre la Reine. Elle n’est pas davantage dirigée contre Madame Élisabeth car, le cas échéant, il n’aurait pas été nécessaire d’obtenir, moins de trois semaines plus tard, la nouvelle déposition du 26 octobre qui servira à charge contre elle. Elle n’a pas davantage été utilisée contre Madame Royale qui n’est jamais passée en jugement. La double confrontation n’a donc aucune justification judiciaire.
Elle fut donc imaginée dans un autre but. Lequel? Et qui en fut le maître d’oeuvre? A l’époque, le maître absolu du Temple, c’est Chaumette. Ce génie du mal a vite compris que l’assassinat du Roi ne suffisait pas à éradiquer la royauté. Le vrai germe tueur qu’il fallait introduire dans le sang de la vieille monarchie était le doute quant à la survivance de Louis XVII parce que, dès lors, les successeurs désignés par la loi salique, n’étant plus sûrs de leur légitimité, se condamnaient à l’insignifiance et à la disparition. C’est donc lui qui organisa cette mascarade dès le lendemain de la première déposition, afin de faire avaliser un substitué par la propre famille royale. Qui, après cela, oserait prétendre que cet enfant n’était pas
le fils de Louis XVI ? Et alors, tout devient clair. Simple machiavélisme ou démence, la supercherie germée dans les cerveaux révolutionnaires a atteint son but puisque personne n’a contesté l’identité de l’acteur principal, par candeur ou par intérêt.C’est ce même procédé qui avait déjà été employé pour tromper sur l’identité du même enfant en le faisant visiter par une délégation du Comité de Sûreté Générale le 7 juillet 1793, cette même délégation qui autorisa enfin les promenades de l’enfant. Tous
les chercheurs répètent, les uns après les autres, que Drouet en était, faisant mine de le considérer comme une garantie de l’identité de l’enfant.
Pourtant, il suffit de relire avec attention le récit de l’équipée de Varennes pour constater que cet individu n’a jamais approché le Dauphin pendant ces sinistres journées. C’est donc un pur mensonge.
3 – La Reine a écrit qu’elle a appris par le plaidoyer que sa fille était séparée de Madame Élisabeth. Ceci ne prouve pas qu’elle avait connaissance de la double confrontation qui, rappelons-le, n’a reçu aucune
exploitation judiciaire alors même que l’enfant avait obligé les deux  femmes à avouer certains faits. Si même elle avait eu connaissance des paroles de sa fille, elle ne pouvait en inférer que les deux femmes étaient séparées. C’est l’évidence que les enquêteurs devaient interroger séparément les deux femmes s’ils voulaient les mettre en difficulté. Cette mention de la Reine ne peut donc provenir que d’une fausse interprétation de quelques mots prononcés au cours du plaidoyer. D’ailleurs, si les deux femmes avaient été réellement séparées les avocats de Marie-Antoinette se seraient empressés de l’en informer.En conclusion peut-on dresser le portrait robot de l’enfant du Temple qui dut soutenir les séances des 6, 7 et 26 octobre ?

a) Physiquement, il ressemblait beaucoup au petit Roi. Marie-Thérèse écrit dans son Mémoire qu’il n’avait pas pris de taille mais beaucoup engraissé . Ce qui, en trois mois de temps, serait invraisemblable s’il s’agissait du même enfant.

b) Il était aussi intelligent que Louis XVII.

c) Il est probable, qu’entre le 3 juillet (date de l’enlèvement de Louis-Charles à sa mère) et le 6 octobre dont nous venons de parler, bien chaperonné surtout par Hébert et Chaumette, il a eu le temps de connaître le personnel du Temple.

d) Il n’aimait pas la famille royale et particulièrement les princesses. Cela transparait de son attitude à l’égard de Marie-Thérèse qu’il considère d’un regard mauvais en la mettant en difficulté à propos de l’architecte Renard.

e) Il connaissait le parler et les chants révolutionnaires. Il n’eut pas à les apprendre pour les brailler
dès son arrivée au Temple. Certains des gardiens en étaient choqués… mais tout de même avec circonspection.L’enfant fut donc choisi et préparé avec soin pour tenir le rôle qu’on lui destinait et qu’il tint brillament. Sans doute, en fut-il fier sur le moment, mais il ne pouvait pas échapper au pressentiment de son destin. C’est ce que semble confirmer l’historien Lenotre qui rapporte que l’enfant, intelligent et lucide, aurait dit à Simon :
Emmène-moi, sans quoi ils me feront ce qu’ils ont fait à mon père .Quand le petit Roi fût-il sorti du Temple ? Les thèses sont multiples mais l’une d’elle l’emporte par sa logique, sa simplicité et sa cohérence. Elle sera bientôt exposée ici-même.

Michel Jaboulay

Les interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793, au Temple

Pour répondre à la demande de notre ami François-Marie, voici la transcription des PV authentiques des interrogatoires des 6 et 7 octobre 1793 que nous devons à Jean-Pascal Romain, dans son livre posthume  Louis XVII Roi de Thermidor  ( François-Xavier de Guibert, janvier 1995, pp 189-196 ) 

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LE PÈRE DUCHESNE ET LOUIS XVII

Les pages qui vont suivre sont assurément parmi les plus pénibles de cette histoire, et l’on éprouve quelques difficultés à croire que des hommes qui tenaient en leurs mains de si grandes responsabilités aient pu si bassement violenter une âme d’enfant, simplement parce que cet enfant était le Roi de France et qu’il fallait bousculer sur la guillotine la tête sanglante de sa mère : la Reine Marie-Antoinette.

Les faits sont là, pourtant. Il suffit de s’effacer loyalement devant les textes et les documents pour voir la terrible et mes­quine réalité apparaître.

Nous ne nous excusons pas auprès du lecteur. Ces textes sont des documents de nos Archives nationales, de celles de pays étrangers, des dépositions de témoins oculaires. Si nous les avons reproduits, c’est que toute une part des mystères du Temple devient incompréhensible dès qu’on cache ou qu’on déforme les circonstances qui ont abouti à faire de l’enfant de Marie-Antoinette — au moins en apparence — l’accusateur de celle-ci.

Les agissements du citoyen Hébert expliquent les contradic­tions apparentes du comportement de Simon vis-à-vis de son prisonnier. Ils nous aident à mieux saisir ce que fut l’« atmo­sphère » humaine de cette étrange période de la Terreur et nous permettent de comprendre comment et pourquoi on en vint par la suite, en 1794, à d’autres agissements, non moins criminels, à l’égard de Louis XVII et, sans doute, de sa soeur.

L’étude de ces textes nous amène aussi à comprendre que ce drame du Temple, qui palpite étrangement au coeur de la Révo­lution Française, n’est pas seulement de la toute « Petite His­toire » ; c’est aussi un miroir révélateur où se démasque tout un aspect humain — ou inhumain — de la psychologie révolutionnaire, et à sa lumière, bien des épisodes s’éclairent et se dégagent des simplifications partisanes.

Comme Antoine Simon, combien de terroristes sont loin d’être les « monstres » tout d’une pièce inventés, après coup, par la littérature néo-royaliste de la Restauration. Mais aussi, com­bien de « grands ancêtres », comme Hébert, apparaissent petite­ment différents des « héros » de la légende républicaine.

UN SINGULIER INTERROGATOIRE

« Le Quinzième Jour du Premier Mois de l’An Second de la République française, Une et Indivisible,

« Nous, Maire, Procureur Syndic et Membres de la Commune de Paris, nommés par le Conseil Général de la dite Commune pour prendre des renseignements sur différents faits qui se sont passés au Temple, et recevoir les déclarations à cet égard, nous sommes rendu au Temple et arrivés dans la dite Tour et nous étant présentés au Conseil du Temple et sommes montés à l’ap­partement du premier occupé par Louis Charles Capet pour entendre ses déclarations au sujet des propos et des événements dont il peut avoir connaissance : Il nous a déclaré que, l’hyver dernier, pendant qu’il habitait l’appartement de ses Mère, Tante et Soeur, un particulier nommé Dangé étant de garde auprès d’eux en qualité de Commissaire du Conseil, un jour qu’il l’ac­compagnait à la Promenade sur la Plateforme de la Tour, il le prit dans ses bras, l’embrassa et lui dit je voudrais bien vous voir à la place de votre Père : Nous a déclaré pareillement qu’un autre particulier nommé Toulan, étant aussi de garde à la Tour à la même époque les dites femmes l’enfermèrent, lui déclarant, avec sa Soeur, dans une des Tourrelles pendant une heure et demie un peu avant que l’on allumât la chandelle, et que pen­dant ce temps il s’est entretenu avec les dites femmes, et qu’il n’entendit pas le sujet de leur conversation ; que dans une autre circonstance il entendit dire par le dit Toulan à sa Mère et à sa Tante que tous les soirs il enverrait aux environs du Temple un Colporteur à dix heures et demie du soir pour lui faire crier toutes les nouvelles qui pourraient les intéresser ; que par suite de cette promesse il s’apperçut que les dites femmes ne se cou­chèrent qu’à onze heures passées et montrèrent de l’humeur de n’avoir point entendu les cris accoutumés du dit Colporteur ; Il a déclaré encore que Quatre Particuliers nommés Lepître, Bruneau, Toulan et Vincent pendant la durée de leur service dans les Appartements avaient coutume d’approcher les dites femmes, et de tenir des conversations avec elles, à voix basse. Déclare en outre qu’ayant été surpris plusieurs fois dans son lit par Simon et sa femme chargés de veiller sur lui par la Commune à commettre sur lui des Indécences nuisibles à sa santé, il leur avoua qu’il avait été instruit dans ces habitudes pernicieuses par sa Mère et sa Tante et que différentes fois elles s’étaient amusées à lui voir répé­ter ces pratiques devant elles et que bien souvent cela avait lieu lorsqu’elles le faisaient coucher entr’elles ; que de la manière que l’Enfant s’est expliqué, il nous a fait entendre qu’une fois sa Mère le fit approcher d’elle qu’il en résultat une Copulation et qu’il en résulta un gonflement à un de ses testicules connu de la citoyenne Simon pour lequel il porte encore un bandage et que sa Mère lui a recommandé de n’en jamais en parler, que cet acte a été répété plusieurs fois depuis ; Il a ajouté que Cinq autres Particuliers nommés Moêlle, Lebeuf, Beugnot, Michonis et Jobert conver­saient avec plus de familiarité que les autres Commissaires du Conseil avec sa Mère et sa Tante ; que Petion, Manuel, Bailly et La Fayette s’étant comporté très mystérieusement aux Thuilleries avec les femmes il estimait qu’il existait une correspondance directe avec ces Quatre hommes et les Commissaires du Temple, depuis la détention de ces femmes au Temple, que dans l’intervalle de ces conférences on l’éloignait ; Il nous a déclaré qu’il n’avait rien de plus à nous faire connaître. Le Citoyen et la Citoyenne Simon nous déclare avoir appris ces faits de la bouche de l’Enfant qu’il les leur a répété plusieurs fois, et qu’il les pressait souvent de le mettre à portée de nous en faire la déclaration. Après avoir reçu la présente déclaration y avons posé notre Signature conjointe­ment avec le Citoyen Hébert Substitut du Procureur Syndic de la Commune qui est survenu. À Paris dans la Tour du Temple les jours et an que dessus. »                           Louis Charles Capet

Pache                                                                       Chaumette

Hébert                  Friry                                         Séguy

Substitut             Commissaire du  Conseil       Commissaire de  service au Temple

Heusse                                 D.E. Laurent

Auditeur de police                     Commissaire du Conseil Général

Simon

(Musée des Archives Nationales — reproduit en fac-similé par Gustave Bord — Autour du Temple -T. IV, Pièce n° 1).

1793-10-06-LCC

 

L’image ci-contre ( et celles qui suivront ci-dessous ; cliquer sur elles pour les rendre plus lisibles ) sont extraites ( après divers traitements automatisés ) des archives de Michel Jaboulay, publiées sur le site devenu inaccessible du musée Louis XVII.

 

 

 

 

CONFRONTATIONS ET TÉMOIGNAGES

On sait que c’est le lendemain 7 octobre 1793 que Louis-Charles Capet fut confronté avec sa soeur, puis avec sa tante.

Le 8 octobre, à midi, écrit Madame Royale, comme nous étions occupées à faire nos chambres et à nous habiller, arrivè­rent Pache, Chaumette et David, membres de la Convention, avec plusieurs municipaux. Ma tante n’ouvrit que quand elle fut habillée. Pache, se tournant vers moi, me pria de descendre. Ma tante voulut me suivre, on le lui refusa. Elle demanda si je remonterois ; Chaumette l’en assura, en disant : « Vous pouvez compter sur la parole d’un bon républicain ; elle remontera. » J’embrassai ma tante, qui étoit toute tremblante, et je descendis. J’étois très embarrassée : c’étoit la première fois que je me trou-vois seule avec des hommes ; j’ignorois ce qu’ils vouloient ; mais je me recommandai à Dieu. Chaumette, dans l’escalier, voulut me faire des politesses ; je ne lui répondis pas. Arrivé chez mon frère, je l’embrassai tendrement, mais on l’arracha de mes bras, en me disant de passer dans l’autre chambre. Chaumette me fit asseoir ; il se plaça en face de moi. Un municipal prit la plume, et Chaumette me demanda mon nom.

[***  On lit sur le manuscrit original que nous devons à notre ami et archiviste du Roi Louis XVII, Christian Crépin : 

 » Arrivé chez mon frère, je l’embrassai tendrement Mme Simon me l’arracha (et) me dit de passer dans l’autre chambre. Chaumet me dit de m’y asseoir  ce que je fis il s’assit en face de moi … NDLR

  • Ce fut alors Hébert qui m’interrogea ; il commença ainsi :
  • Dites la vérité. Cela ne regarde ni vous ni vos parents. «— Cela ne regarde pas ma mère ?

« — Non, mais des personnes qui n’ont pas fait leur devoir. Connaissez-vous les citoyens Toulan, Lepître, Breno, Brugnot, Merle, Michonis ?

« — Non.

« — Comment, vous ne les connaissez pas ?

« — Non. Monsieur.

« — Cela est faux, surtout pour Toulan, ce petit jeune homme qui venoit souvent pour le service du Temple.

« — Je ne le connais pas plus que les autres.

«— Vous souvenez-vous d’un jour où vous êtes restée seule dans la tourelle avec votre frère ?

« — Oui.

«— Vos parents vous y avoient envoyés pour parler plus à leur aise avec ces gens-là.

«— Non, monsieur mais pour nous accoutumer au froid. «— Que fites-vous dans cette tourelle ?

«— Nous parlions, nous jouions.

« — Et, en sortant, vous êtes-vous aperçue de ce qu’ils portoient à vos parents ?

« — Je ne m’en suis pas aperçue. »

Chaumette m’interrogea ensuite sur mille vilaines choses dont on accusoit ma mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si indignée, que, malgré toute la peur que j’éprouvois, je ne pus m’empêcher de dire que c’étoit une infamie. Malgré mes larmes, ils insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n’ai pas comprises ; mais ce que je comprenais étoit si horrible, que je pleurois d’indignation. Il m’interrogea ensuite sur Varennes, et me fit beaucoup de questions auxquelles je répondis le mieux que je pus, sans compromettre personne. J’avois toujours entendu dire à mes parents qu’il valoit mieux mourir que de compromettre qui que ce soit. Enfin, mon interrogatoire finit à trois heures : il avoit commencé à midi. Je demandai avec cha­leur à Chaumette à être réunie à ma mère, lui disant avec vérité que je l’avois demandé plus de mille fois à ma tante. « Je n’y puis rien, me dit-il. — Quoi ! Monsieur, vous ne pouvez pas l’obtenir du conseil général ? — Je n’y ai aucune autorité. » Il me fit ensuite reconduire chez moi par trois municipaux, en me recommandant de ne rien dire à ma tante, qu’on alloit aussi faire En arrivant, je me jetai dans ses bras ; mais on nous sépara, et on lui dit de descendre. »

(Journal de Madame Royale. Éd. Imbert de Saint-Amand, pp. 118-119.)

int1Voici maintenant le passage du procès-verbal relatant l’in­terrogatoire de Marie-Thérèse, qui concerne les « infamies » dont on accusait Marie-Antoinette et Madame Elisabeth.

D — Si lorsqu’elle jouait avec son frère il ne la touchait pas, où il ne fallait pas qu’elle fut touchée ; si on ne faisait pas sauter son frère sur une couverture et si sa mère et sa tante ne le faisait pas coucher entre elles.

R — Répond que non.

Et de suite avons fait venir Charles Capet. Et l’avons invité à nous déclarer si ce qu’il a dit hier relativement aux attouche­ments sur sa personne était vrai.

R — A persisté dans ses dires les a répété et soutenu devant sa soeur et a persisté à dire que c’était la vérité.

D — Interpellé une seconde fois de déclarer si cela était vrai ; a répondu oui cela est vrai, sa soeur a dit ne l’avoir pas vu.»

Concernant ensuite l’interrogatoire de sa tante, Madame Royale écrit :On lui fit les mêmes questions qu’à moi, sur les personnes qu’on m’avoit nommées. Elle dit qu’elle connaissoit de nom et de visage les municipaux et autres qu’on lui nommoit, mais que nous n’avions aucun rapport avec eux. Elle nia toutes corres­pondances au dehors, et répondit avec encore plus de mépris aux vilaines choses sur lesquelles on l’interrogea. Elle remonta à quatre heures. Son interrogatoire n’avoit duré qu’une heure, et le mien trois c’est que les députés virent qu’ils ne pouvoient pas l’intimider, comme ils avoient espéré faire d’une personne de mon âge ; mais la vie que je menois depuis quatre ans, et l’exem­ple de mes parents, m’avoient donné plus de force d’âme » (op. , p. 119).

int3Voici maintenant le texte intégral du procès-verbal de l’inter­rogatoire de Madame Elisabeth :

  • Et de suite avons fait descendre Elisabeth Capet et lui avons demandé si elle connaît les citoyens Dangé, Toulan, Lepitre, Brunot, Vincent, Moêlle, Lebeuf, Beugnot, Michonis, Jobert.
  • R — Répond qu’elle les connaît de vue et de nom comme Laurent, Seguy, Simon, Heussée, ci-présent.
  • D — Demande si elle se rappelle avoir vu Dangé prendre Charles dans ses bras, l’embrasser, en lui disant je voudrais vous voir à la place de votre frère.

«R — Qu’elle ne s’en est pas aperçue.

  • D — Si elle se rappelle une soirée où il faisait froid et que l’on avait enfermé les deux enfants dans une des tourelles, tandis qu’elles s’entretenaient avec Toulan et Lepitre.
  • R — Qu’elle ne s’en rappelle pas.
  • D — A quelle époque, à peu près, Toulan avait promis de faire venir un colporteur aux environs de la tour, à l’effet d’y crier les nouvelles qui pourraient les intéresser.
  • R — Que jamais Toulan, ni aucun autre, ne leur a fait une pareille promesse.
  • D — Sur ce, Charles Capet amené et interpellé de déclarer les faits, a dit persister dans ses dires, alors il s’élève une discussion entre les deux et l’enfant soutient qu’il a dit la vérité.

« à elle lue la déclaration de Charles au sujet des indécences mentionnées en la pièce en date du quinze présent mois.

R — Qu’une pareille infamie est trop au dessous et trop loin d’elle pour pouvoir y répondre, que d’ailleurs l’enfant avait cette habitude longtemps auparavant et qu’il doit se rappeller qu’elle et sa mère l’en ont grondé plusieurs fois.

  • Charles interpellé de s’expliquer à ce sujet atteste qu’il a dit la vérité.

« à elle Lu le reste de la déclaration de Charles sur le même sujet, et dans laquelle il persiste ajoutant qu’il ne se rappelle pas les époques, mais que cela arrivait fréquemment. Répond que comme cela ne regarde qu’elle, elle ni répondra pas plus qu’au reste, et qu’elle croit devoir être, par sa conduite à l’abri du soupçon.

  • Charles interpellé de déclarer qui l’avait instruit le premier dans cette pratique.
  • R — Les deux ensemble.
  • Et sur l’observation à lui faite par sa tante, qu’il avait com­mencé une autre phrase, répond toutes deux ensemble.
  • D — De déclarer si cela arrivait le Jour ou la nuit.
  • R — Qu’il ne s’en souviens pas, mais qu’il croit que c’était le matin.

« à elle demandé si c’était Renard, architecte, qui conduisait la marche à travers les corridors lors de la fuite pour Varennes.

  • Réponds qu’elle est descendue par l’escalier de son apparte­ment ; qu’elle n’a point traversé de corridor et que Renard n’était pas avec elle.

« à elle demandé si elle a vu la voiture de La Fayette, Charles dit qu’elle ne peut l’avoir vu parce qu’elle n’était pas encore dans la voiture ; elle répond qu’elle l’a vu en passant, à pied, au moment où elle partait de la petite cour appellé des princes pour gagner sa voiture.

« à elle demandé si elle se rappelle avoir vu entre les mains de Jobert officier municipal une petite boite remplie de petites figures de cire qu’il disait être l’ouvrage de sa fille.

  • Répond qu’elle s’en souvient.
  • Lecture à elle faite du présent interrogatoire, a déclaré conte­nir vérité, y a persisté et signé et paraphé avec nous le présent clos le jour et an que dessus trois heures et demie de relevée, avec trois ratures approuvées. »

Élisabeth Capet. Louis-Charles Capet

Seguy, David, Pache, Chaumette, Daujon

Heussée (administrateur de la police)                                D. E. Laurent

(Gustave Bord, op. cit., T. IV).

Parmi les signataires des procès-verbaux du 7 octobre on remarque la signature du municipal Daujon.

« Ce fut ce même Daujon, écrivait son collègue, le municipal Goret, qui remplit les fonctions de secrétaire, lorsqu’on fit subir, dans le Temple, un interrogatoire au jeune prince, au sujet des propos calomnieux et infâmes qu’on avait répandus sur le compte de la Reine. Voici, mot pour mot, ce que Daujon me rapporta de cet interrogatoire, et j’observe que je le regardais comme un homme digne de foi.

« Le jeune prince, me disait-il, était assis sur un fauteuil, il balançait ses petites jambes dont les pieds ne posaient point à terre. Interrogé sur ces propos en question, on lui demanda s’ils étaient vrais ; il répondit par l’affirmative. Aussitôt, Madame Elisabeth, qui était présente, s’écria : « Oh ! le monstre !» —« Pour moi, ajouta Daujon, je n’ai pu regarder cette réponse de l’enfant comme venant de lui-même, je ne l’ai regardée, ainsi que tout l’annonçait dans son air inquiet et son maintien, que comme lui ayant été suggérée, et le résultat de la crainte des châtiments ou mauvais traitements, dont on avait pu le menacer s’il ne la faisait pas. J’ai pensé que Mme Elisabeth n’avait pas pu s’y tromper, non plus, mais que la surprise de cette réponse de l’enfant lui avait fait jeter son exclamation » (Lenotre, Marie-Antoinette, p. 48).

Et c’est Daujon lui-même qui écrivit, dans une relation auto­graphe les lignes suivantes :

« Je l’ai entendu aussi, ce fils, accuser sa mère et sa tante, de ce qu’à peine se permettraient des amants qui s’estiment ; je l’en­tendais, je l’écrivais… et moi aussi je disais : je n’en crois rien. » (Cf. Lenôtre, op. cit., p. 71.)

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Archives de Michel Jaboulay

Nous lisons – avec un peu de retard – une information que nous n’avions encore jamais lue, exprimée d’une manière aussi explicite et à laquelle nous ferons une objection immédiate, bien qu’elle soit compatible par ses conséquences avec notre modèle, selon lequel Louis XVII aurait été exfiltré du Temple entre la soirée du 3 juillet 1793 et la nuit du 2 au 3 septembre 1793 !   

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Re: Archives de Michel Jaboulay

Message par François » Jeudi 03 Mars 2016 19:43:27

Il est essentiel de rappeler que Madame Royale, seul témoin crédible parmi les survivants des événements d’octobre 1793, rapporte bien son interrogatoire et celui de sa tante dans ses mémoires, mais nullement une confrontation avec son frère. Elle dit seulement l’avoir rencontré très engraissé à son arrivée chez Simon, mais la mère Simon a aussitôt séparé les enfants. On comprend qu’il ne s’agissait pas de Louis XVII et que la mère Simon voulait éviter que Mme Royale eût le temps d’en prendre conscience.
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Si on admet qu’il est impossible que ce soit Louis XVII qui ait signé l’accusation d’actes incestueux contre «  sa mère « , commis à plusieurs reprises, entre le 21 janvier 1793 et le 3 juillet 1793, en présence et sous les yeux de Madame Elisabeth, et qu’il est tout aussi impossible que ce soit lui qui ait été confronté à Madame Elisabeth le 7 octobre 1793, comment la mère Simon aurait-elle pu arracher des bras de Madame Royale celui qu’elle embrassa tendrement et qui a osé ensuite défier  » sa tante  » comme le rapporte la tradition historique désormais établie ? 

” Die Dunkelgräfin ” ou ” La comtesse des Ténèbres ” (4)

C’est avec un retard coupable, que nous publions les informations ci-dessous reçues par courrier privé de la Présidente du CEHQL17  ; n’ayant pas l’esquisse de l’esquisse d »une compétence dans ce dossier nous reproduisons ces précisions en priant Mme Laure de la Chapelle de bien vouloir nous pardonner le délai pris pour les publier ! 

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*1*   une forte probabilité est qu’elle ( comtesse des Ténèbres ) ait été une fille illégitime de l’empereur d’Autriche Joseph II, comme le révèle la baronne d’Oberkirch dans ses Mémoires. Elle fut enterrée sous le nom de Sophie BOTTA, probablement son vrai nom. Je voudrais à ce propos signaler l’existence du marquis Anton de BOTTA ADORNO, ancien ministre plénipotentiaire de l’impératrice Marie Thérèse d’Autriche, mère de Joseph II. Diplomate dans les Pays-Bas autrichiens, (pensez au compagnon batave de la comtesse,Cornelius van der Valk) le marquis appartenait à une très ancienne famille italienne (Italie du Nord, sous la domination autrichienne)

Ne faudrait-il pas chercher dans cette direction ?

*2*  Voici quelques éléments supplémentaires sur le marquis Anton Joseph de Botta Adorno. Issu d’une noble –et très nombreuse –  famille gênoise, il dut lutter contre sa ville d’origine qui avait exilé son père pour une tentative de coup d’état.

Engagé dans l’armée autrichienne, il combattit aux côtés du prince Eugène de Savoie et fut nommé généralissime des armées austro-hongroises et sardes. On le retrouve gouverneur des Pays-Bas en 1748 et 1749, puis ministre plénipotentiaire de l’impératrice Marie-Thérèse pour les Pays-Bas de 1749 à 1753. En 1753, il reçut le jeune comte de Mercy-Argenteau (Pimodan, Mercy-Argenteau p.28) Plusieurs membres de sa famille le rejoignirent dans son choix politique pro-autrichien : son frère Alexandre mourut d’ailleurs à Vienne. Qui pourrait être , parmi les Botta Adorno, le père d’une jeune fille qui aurait eu un enfant illégitime de l’empereur Joseph II ? La recherche sera peut-être ardue, mais l’hypothèse me semble vraisemblable, car elle réunit des données viennoises et hollandaises, présentes dans les Mémoires de Madame d’Oberkirch.