La piste d’une exfiltration de Louis XVII par un souterrain reliant la Tour du Temple à l’église Saint Nicolas des Champs …(3) [ MAJ 16/04 ]

Par application des principes de notre  » heuristique Louis XVII « , et dans la suite logique de la découverte de notre ami Albert Fagioli, reprenons l’hypothèse de Michel Jaboulay d’une exfiltration de Louis XVII au soir du 3 juillet 1793,  jusqu’à ce que nous puissions la valider ou au contraire devions l’abandonner !…Dans ce cas, les révolutionnaires qui avaient arraché Louis XVII aux bras de sa mère, qui venait de l’habiller, auraient utilisé ensuite le souterrain reliant la Tour du Temple à l’église Saint-Nicolas-des-Champs … Compte tenu des conflits existant entre les factions révolutionnaires au sein du CSP, du CSG et de la Commune, il est tout à fait vraisemblable que la faction ( Hérault de Séchelles, Danton dans notre modèle ) ait souhaité éviter de passer par tous les points de contrôles situés dans l’Enclos du Temple …

Cette piste offre un indice ambivalent qui est à la fois favorable et radicalement opposé à cette thèse ! 

Favorable en ce sens que le prêtre Pierre Joachim Vauclempute, prêtre de l’église saint-Nicolas-des-Champs,  guillotiné en 1794 à cause de sa foi catholique, disposait d’une relique avec du sang de Louis XVI ! …

Opposé en ce sens qu’ayant été chassé de l’église en 1791, il n’avait plus la garde des lieux indispensable pour permettre l’exfiltration de Louis XVII, en pleine nuit du 3 au 4 juillet 1793 …

Mais en réponse à cette objection, si comme nous le pensons, ce sont les révolutionnaires et en particulier Hérault de Séchelles qui l’ont organisée, ils avaient l’autorité nécessaire pour se faire ouvrir l’église en pleine nuit, sous certaines conditions faciles à imaginer  …

Il convient donc de rechercher qui étaient les prêtres jureurs en place à Saint-Nicolas-des-Champs en juillet 1793 et ce qu’ils sont devenus ! S’ils ont été guillotinés en 1794 pour une raison ou pour une autre, ce serait un nouvel et précieux indice en faveur de notre nouvelle hypothèse …

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Les martyrs de la foi pendant la Révolution française, ou martyrologe des pontifes, prêtres, religieux, religieuses, laïcs de l’un et l’autre sexe, qui périrent alors pour la foi, Volume 4 (Livre numérique Google)

Chez Germain Mathiot, 1821

VAUCLEMPUTE Pierre Joachim,  prêtre habitué de l église paroissiale de Saint Nicolas des Champs à Paris où il étoit né en 1760 avoit été forcé en 1791 par les partisans de l Eglise constitutionnelle à ne plus exercer son ministère dans cette Eglise. Il aima mieux perdre la place qu il y occupoit que de la conserver en prêtant le coupable serment de la constitution civile du clergé.

Cher à beaucoup de catholiques et digne de leur confiance comme de leur estime il continua néanmoins d exercer pour eux en particulier le saint ministère Il en remplit avec ardeur les fonctions à leur égard se dévouant tout entier à leur salut jusqu à l époque où la persécution alla chercher des victimes sacerdotales jusque dans les réduits les plus cachés.

Il avoit en 1793 choisi un asile dans le quartier presque désert de la rue des Postes mais les ennemis acharnés du sacerdoce, ayant appris qu il étoit le directeur spirituel de quelques réunions de catholiques et qu il leur disoit la messe, les confessoit et les excitoit à la ferveur par ses exhortations puissantes, s étoient mis à sa poursuite.

Ils découvrirent sa retraite et Vauclempuite en fut arraché par leurs satellites. Dans les perquisitions qu ils firent chez lui ils trouvèrent parmi des reliques de Saints un petit paquet de papier sur lequel étoit écrit Sang de Louis XVI . Ce fut pour les persécuteurs un nouveau grief contre Vauclempute. Après être resté quelques jours dans les prisons il se vit amener devant les juges du tribunal révolutionnaire le 12 nivose an II ( 1er  janvier 1794) .  On l’ y accusa d avoir fait des rassemblemens en différentes maisons pour y entretenir le fanatisme religieux et d être auteur d une conspiration tendant à tromper le peuple en présentant à plusieurs personnes du sang supposé être celui du tyran pour  appitoyer sur son sort afin de parvenir par ce moyen à provoquer au rétablissement de la royauté à exciter la guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l autorité légitime.

Vauclempute étoit bien éloigné de démentir en présence des juges et du public les sentimens religieux qui lui avoient inspiré les actions qu on lui reprochoit en les travestissant toutefois avec cette perfide atrocité. Il fut condamné en conséquence à la peine de mort.  L’auteur de ce livre intitulé Glaive vengeur de la République dont nous avons déjà parlé ( V. Saulnier ) disoit comme témoin oculaire, à propos de Vauclempute, malgré le ton d impiété généralement répandu dans cet ouvrage

« Cet ecclésiastique alla au supplice avec la contenance d un homme entièrement détaché des affections de ce monde et dont l esprit cherchoit a percer le rideau qui dans l instant alloit se lever entièrement pour lui Il n entra dans aucun rapport de conversation avec les quatre autres personnes qui étoient avec lui sur la charrette parce qu elles affichoient une gaîté philosophique que cet auteur lui même trouvoit ridicule puisqu il ajoute Leurs singeries sembloient être importunes à Vauclempute « 

Le jeune et vertueux Bimbenet qui étoit alors dans les prisons de la Conciergerie parla de la mort de ce prêtre dans un billet qu il écrivit à un de ses frères le 5 janvier 1794.

Bimbenet  » Le 1 de ce mois dit il à dix heures du soir un de nos intimes a été jugé à mort pour ses étrennes Depuis trente mois que ce respectable homme étoit chassé de son poste il n avoit pas cessé un instant de se sacrifier pour les fidèles Il étoit âgé d environ 32 à 33 ans Dès qu il fut descendu du tribunal pour attendre l heure du supplice il demanda son bréviaire au guichet où il passa la nuit Il nous le fit remettre le lendemain parle concierge et il nous écrivit deux mots où il nous marquoit entre autres choses qu il avoit passé la nuit fort tranquillement et qu il étoit comblé de consolations Je n ai pas de peine à le croire lorsqu on a vécu comme lui le moment de la mort paroît fort doux Il est maintenant où nous espérons aller sous peu Il nous a promis dans son écrit qu il ne nous oublieroit pas. J’ai quelques reliques de lui que je garde bien précieusement et que je vous ferai passer lorsque j aurai le bonheur de le suivre »