Tribune offerte à nos contradicteurs naundorfistes – Epilogue

Grâce à un ami qui nous en a informé, nous avons découvert l’information dont nous avons fait état dans ce post d’hier : 

Incroyable ! BRH maintient encore et toujours que Naundorff était bien Louis XVII !

Puisque la lecture de l’échange qui a suivi sur cette page confirme qu’il existe aujourd’hui encore des naundorffistes, aussi bien sur le site de Tribune Histoire –  Affaire Louis XVII ,  que sur  celui de l’Institut Louis XVII , nous pensons qu’il est opportun, voire même nécessaire, de publier aujourd’hui l’argumentation que nous avons développée dans l’annexe III ( pp 307-317 ) de notre livre LOUIS XVII, AUTOPSIE D’UNE FAUSSE VERITE : l’affaire Louis XVII : réalité, uchronie ou chimère ?

En couleur notre argumentation ; en italique et en couleur ambre : les citations extraites du livre de Jean-Pascal Romain Louis XVII Roi de Thermidor.
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ANNEXE III : A L’ORIGINE DE LA THEORIE NAUNDORFFISTE

En résumé, il y aurait eu, dans le même temps ou à des dates plus ou moins rapprochées, une inhumation d’un substitué à Louis XVII mort au Temple, associée à celle d’un cercueil vide de tout contenu humain ; c’est en quelque sorte « cette bière rompue » qui serait en fait celle dans laquelle aurait été caché « Louis XVII-Naundorff », exfiltré du Temple et qui aurait été mise au jour au cours de l’une ou l’autre des diverses fouilles clandestines, qui auraient eu lieu sous la Révolution, l’Empire ou la Restauration, en un lieu situé « à gauche de la croix » ( selon le texte de l’argumentation de Jean-Pascal Romain ) et non dans la fosse commune.
Dans un premier temps, il convient de rappeler que Jean-Pascal Romain s’associe pleinement et sans réserve aux conclusions de la critique historique, selon lesquelles « les sources documentaires contemporaines de l’inhumation de « Louis XVII », que nous avons répertoriées dans notre Chapitre IV ( Autres éléments de construction de notre modèle) apportent la preuve irréfutable qu’il n’y a eu qu’une seule et unique inhumation officielle au cimetière Sainte-Marguerite, le 22 prairial an III, en lien direct avec le décès de « Louis Charles Capet » survenu au Temple le 20 prairial an III.
Jean-Pascal Romain a complété ensuite son analyse de ces documents de base par celle des pièces que nous venons d’étudier sur la question des fouilles clandestines qui auraient eu lieu sous la Révolution, l’Empire et la Restauration.
Après confrontation de chaque source documentaire, où est mentionnée une hypothétique inhumation qui aurait eu lieu à la date du 24 prairial an III, avec le résultat de ses propres recherches relatives à l’identification des ossements exhumés en 1846 et 1894, notre historien est amené à condamner définitivement la théorie naundorffiste de l’évasion de « Louis XVII-Naundorff » qui aurait eu lieu le 10 juin 1795 !
« … /… On sait en effet, que, à la suite de Naundorff lui-même et de son premier historiographe et confident Gruau de la Barre, les naundorffistes avaient adopté pour l’évasion la date du 10 juin 1795.C’est, selon eux, dans le cercueil de l’enfant mort au Temple, deux jours plus tôt qu’aurait été emmené hors de sa prison le vrai Louis XVII endormi. Délesté durant le trajet de son contenu vivant, le cercueil enterré à Sainte-Marguerite aurait donc été vide, ou plutôt rempli de vieux papiers, suivant cette version à laquelle s’opposent toutes nos constatations précédentes. A la vérité, cette thèse naundorffiste de l’évasion, encore défendue avant les travaux de Sainte-Claire Deville a toujours constitué cependant un des points faibles du système.
…/…Nous aurions bien cru, en 1949, après avoir établi une première reconstitution des événements du Temple, et en particulier de ce dossier de Sainte-Marguerite, dont on vient de lire la dernière et la plus complète version, que l’imposture de Naundorff en sortait vraiment démontrée. »
D’où ce récapitulatif exposant en 4 points les conclusions de Jean-Pascal Romain :
1. « L’enfant mort au Temple le 8 juin 1795 a bien été enterré au cimetière Sainte-Marguerite sur l’emplacement de la fosse commune près de la rue Saint-Bernard
2. C’est le cadavre de cet enfant que Pierre Bertrancourt a changé de cercueil et inhumé à nouveau près de la chapelle de la Communion de l’église Sainte-Marguerite
3. Tout ce que nous savons de cet enfant et de son squelette, …/… l’identifie parfaitement au prisonnier du Temple visité par Harmand de la Meuse le 19 décembre 1794 et autopsié par Pelletan et ses collègues le 9 juin 1795.
4. Les fouilles qui ont eu lieu sous la Restauration et où furent trouvées « la boîte de plomb » et la « pierre (sic !) rompue » ont eu lieu avant l’enquête des commissaires Simon et Petit, et, vraisemblablement, suivant les indications de Voisin, près de la croix du cimetière »
Notez bien ce quatrième argument, car ce sera l’élément clef gravement erroné que Jean-Pascal Romain va utiliser en toute bonne foi, pour tenter de sauver la crédibilité de la thèse défendue en personne par Naundorff !
« Or, toutes ces circonstances [d’une double inhumation avec exfiltration de « Louis XVII – Naundorff » à la date du 10 juin 1795, selon le schéma décrit ci-dessus] sont en absolue contradiction avec tous les documents et témoignages se rapportant à l’inhumation du 10 juin 1795. »
C’est clair et définitif ! Exit la théorie naundorffiste de l’exfiltration du Temple de « Louis Charles Capet – Naundorff » à la date du 10 juin 1795 !
Suite à ce jugement sans appel, et dans ce qu’il estime être la logique de toute l’argumentation qui l’a conduit à ce constat, Jean-Pascal Romain écrit, après avoir admis la validité du témoignage de Voisin du 28/01/1815, identique à celui de mars 1816 qui a été rejeté par la critique historique :
« Nous sommes donc obligés d’admettre qu’en dehors de l’enterrement officiel de « Louis-Charles Capet » le 10 juin 1795, un autre enterrement de « Louis XVII » aurait eu lieu d’une façon quasi clandestine, à une date et dans des circonstances qu’il reste à déterminer, en ajoutant que le cercueil enterré par Voisin dans ces étranges circonstances, aurait contenu, au lieu d’un cadavre, la boîte de plomb remise au ministre Decazes. »
Et Jean-Pascal Romain poursuit, par une véritable bascule intellectuelle qui constitue la charnière de sa théorie ; en faisant référence aux fouilles clandestines, qui pour lui ont été effectivement réalisées, Jean-Pascal Romain va rendre crédible une autre version de la théorie naundorffiste, selon laquelle « Louis XVII – Naundorff » aurait été exfiltré du Temple à la fin du mois de mars 1795 :
« Nous avions indiqué que ces fouilles n’avaient pu avoir lieu qu’au premier emplacement indiqué par Voisin – près de la croix du cimetière – où semblait avoir eu lieu secrètement une première inhumation de Louis XVII, différente et évidemment antérieure à celle du 10 juin 1795.
Par ailleurs, on comprend qu’il n’existe guère, dans les récits de Naundorff d’allusion se rapportant au cimetière de Sainte-Marguerite où il n’a, de toute façon, jamais été. Il n’en est que plus saisissant de lire dans un récit de Naundorff à Gruau de la Barre, sur lequel nous reviendrons plus longuement, les lignes suivantes :
« Deux de mes amis conduisirent au cimetière la voiture qui renfermait le cercueil, et dans laquelle, au fond, on avait pratiqué un coffre rempli de vieilles paperasses. Pendant le trajet, l’ami qui était avec moi me retira du cercueil, me déposa dans le coffre, et mit les vieilles paperasses, préparées pour cette fin, dans le cercueil, afin de conserver son poids, et le donna ensuite aux fossoyeurs pour l’enterrer. » (Intrigues dévoilées, t.1, p 488) »
Quelles que soient les différences de détails, si normales pour un témoignage de seconde main donné si longtemps après l’évènement – il n’est pas question de la boîte de plomb ni de la pierre rompue – il n’en demeure pas moins au crédit de Naundorff une étrange concordance entre son récit et un fait réel, révélé, bien après sa mort, par la note de police conservée aux Archives Nationales et celle de Mme Chauvet de Beauregard. »
Avant de poursuivre la présentation de la théorie de Jean-Pascal Romain, nous sommes obligé d’exprimer immédiatement notre incompréhension la plus totale devant la position prise par un historien, à qui nous devons tant par ailleurs ! Nous sommes en effet stupéfait par la rupture logique incompréhensible qui existe dans la démonstration qui suit et par l’aberration qu’elle révèle !

*** Argument 1 : Jean-Pascal Romain écrit tout d’abord :
« Nous avions indiqué que ces fouilles [clandestines] n’avaient pu avoir lieu qu’au premier emplacement indiqué par Voisin – près de la croix du cimetière – où semblait avoir eu lieu secrètement une première inhumation de Louis XVII, différente et évidemment antérieure à celle du 10 juin 1795. »
Or ce témoignage de Voisin, faisant état d’une inhumation survenue le 24 prairial an III, au lieu du 22 prairial est irrecevable !***

[ *** en note 276 de bas de page 308 nous avons écrit

Nous pourrions ouvrir ici une parenthèse purement théorique en référence à notre étude critique de la documentation présentée par l’abbé Savornin, à l’occasion de l’examen de la controverse ouverte par Me Maurice Garçon, au sujet de l’erreur de date du « 4 prairial an III », que Lucien Lambeau lui-même nous a invité à lire comme étant le 22 prairial alors qu’il s’agit en fait de lire « 24 prairial » !… Nous craindrions de lasser nos lecteurs en voulant examiner toutes les conjectures possibles ! Nous nous contenterons d’affirmer qu’il est impossible qu’il y ait eu successivement 2 inhumations, une secrète, le 22 prairial et une autre le 24, comme l’exigerait la validité d’un modèle, fruit d’une pure spéculation intellectuelle faite en toute bonne foi, dans un souci d’analyse critique extrême. Fin de la note 276 de bas de page 308 ]

En outre il n’existe aucune précision du lieu où Voisin aurait inhumé secrètement le cercueil vide de « Louis XVII » !
*** Argument 2 : Dans le souci évident de ne vouloir rien négliger dans son étude de la thèse naundorffiste, et par un extraordinaire et invraisemblable paradoxe, associé à un remarquable scrupule d’honnêteté intellectuelle, Jean-Pascal Romain va réinterpréter la déclaration initiale de Naundorff sur son évasion du Temple et la défendre contre la version erronée qu’il a éliminée, et qu’il attribuera à des auteurs naundorffistes malheureusement trop zélés.
Jean-Pascal Romain reprend alors l’idée d’une double inhumation, née du témoignage irrecevable de Voisin, en portant à plus de 2 mois le délai de deux jours, qui aurait séparé l’inhumation secrète du cercueil vide d’où « Naundorff-Louis XVII » aurait été extrait, de celle de l’inhumation d’un substitué à Louis XVII mort au Temple le 8 juin 1795 et inhumé le 10 juin 1795 ou 22 prairial an III.

[ A suivre ]

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