Tribune offerte à nos contradicteurs naundorfistes – Epilogue (2)

Voici la suite de l’argumentation que nous avons développée dans l’annexe III ( pp 307-317 ) de notre livre LOUIS XVII, AUTOPSIE D’UNE FAUSSE VERITE : l’affaire Louis XVII : réalité, uchronie ou chimère ?

En couleur notre argumentation ; en italique et en couleur ambre : les citations extraites du livre de Jean-Pascal Romain Louis XVII Roi de Thermidor ou d’autres sources citées.
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*** Argument 3 : rôle témoin de Laurent, commissaire civil du Temple !
Compte tenu de l’enjeu du débat et des conclusions que nous en tirerons, en contradiction radicale avec celles de Jean-Pascal Romain, nous croyons nécessaire de reprendre la transcription complète, qu’il en donne, de l’extrait du long récit de l’évasion de Naundorff, rapporté par Gruau de la Barre, dans ses Intrigues dévoilées (t.1. pp 488-489) qui confirme et complète celui de l’Abrégé des Infortunes :
« Deux de mes amis conduisirent au cimetière la voiture qui renfermait le cercueil, et dans laquelle, au fond, on avait pratiqué un coffre rempli de vieilles paperasses. Pendant le trajet, l’ami qui était avec moi dans la voiture, me retira du cercueil, me déposa dans le coffre et mit les vieilles paperasses préparées pour cette fin dans le cercueil, afin de conserver son poids, et le donna ensuite aux fossoyeurs pour l’enterrer. Mes amis se hâtèrent de retourner à Paris. La voiture roulait au galop des chevaux, et la rapidité du mouvement me réveilla de ma léthargie artificielle. Mon ami me donna quelque liqueur à boire, pour me fortifier, et m’habilla en fille. Nous descendîmes de la voiture pour en prendre une autre qui nous transporta dans une maison du faubourg Saint-Germain, où je fus confié à une amie de Joséphine. C’est dans cette maison que j’ai revu le bon et fidèle Laurenz, et que je vis aussi Joséphine de Beauharnais. Lors de leur première rencontre, elle demanda à Laurenz, en ma présence comment on s’était débarrassé de l’enfant mort. Laurenz lui répondit que le petit infortuné, dans la nuit d’après ma sortie de la Tour, avait été enterré dans le jardin du Temple ; et afin de faciliter les moyens de le retrouver, en cas de besoin, il désigna à Joséphine le lieu précis de la tombe. »
Et sans aucune autre base documentaire que celle des dires de Naundorff, rapportés par Gruau de la Barre, Jean-Pascal Romain va considérer ce témoignage comme étant crédible, parce qu’il serait compatible avec l’hypothèse d’une évasion de Louis XVII fin mars 1795, date à laquelle l’ont conduit ses propres recherches, faites à partir de l’étude des archives disponibles sur l’histoire de la Tour du Temple et des témoignages rapportés par la tradition naundorffiste !
Pour Jean-Pascal Romain, l’arrestation et l’emprisonnement de Laurent, dès le 5 prairial an III (ou 24 mai 1795), rendaient en effet absurde et irrecevable la version d’une évasion de « Naundorff-Louis XVII » en juin 1795, à quelque date que ce soit le 8, le 10 ou le 12 juin !
Et on lit ceci (pp 429-431) dans le « Louis XVII » de Xavier de Roche :
« Mon père [de Xavier de Roche NDLR], qui aurait aujourd’hui près de cent-dix ans, avait beaucoup connu dans les premières années du présent siècle ( XXème siècle] un prêtre fort savant et très distingué, le R.P. Coubé, ancien jésuite devenu Chanoine du Chapitre métropolitain de Paris. C’est par le Père Coubé que nous eûmes connaissance du témoignage de Joly de Fleury. Le grand-père paternel du R.P. Coubé, l’avocat Coubé de Maynadal, fut député du Tarn à l’Assemblée Législative, en 1791-1792. »
Suivent plusieurs lignes où il est question d’un secret que la Reine Marie-Antoinette, prisonnière au Temple aurait révélé au député du Tarn, au sujet du fameux nævus maternus, qui devait permettre de reconnaître son fils en cas de besoin … Mais il n’y a pas un seul mot – bien évidemment – en ce qui concerne le seul problème qui nous intéresse ici : l’évasion de Louis XVII dans un cercueil en 1795 ! Après cela, Xavier de Roche poursuit :
« L’ancien législateur [Coubé de Maynadal] disait souvent à ses fils : « Comment voulez-vous que je doute de l’enlèvement de Louis XVII ? Mon ami Joly, en qui j’ai pleine confiance, m’a dit « Vois-tu, c’est moi, moi-même, qui l’ai emporté dans mes bras. (1) »
Il s’agissait de Jean-François Joly …C’est donc lui qui, fin mars 1795, vint au Temple et retira, du cercueil préparé pour le substitué, de ce cercueil que Voisin laissa non cloué une heure au pied de l’escalier de la Grande Tour, le corps chaud et vivant du petit Roi. Le retira-t-il au pied même de l’escalier, ou plutôt dans le corbillard, pendant le trajet vers le cimetière, les deux éventualités peuvent s’envisager, mais le résultat est identique et garanti par le témoignage du Législateur Coubé »
« Le témoignage Coubé-Joly de Fleury recoupe celui de l’ancienne nourrice du Duc de Berry, Madame Delmas née Guyot, femme courageuse et d’une exemplaire fidélité à la Famille Royale, qui déclara en 1835 :
« J’atteste sous la foi du serment que le jeune Prince a été enlevé dans une bière. Il était encore au Temple lorsque le jeune enfant de l’hôpital mourut et cette mort est cause de l’évasion du Prince » (1) .
« Le transfert de l’enfant d’un cercueil dans un autre » coffre avait été effectué « dans le trajet du Temple au cimetière ». Dès que le cortège fut entré pour procéder à l’inhumation que dirigeait Voisin (ordonnateur des Pompes funèbres, à ne pas confondre avec le capitaine du même nom), tandis que le fourgon attendait devant la porte refermée, une voiture de maraîchers, couverte d’une bâche, qui attendait de l’autre côté de la rue Saint-Bernard, virant de bord, se mit en marche et vint à la rencontre du fourgon (en stationnement) qu’elle croisa.
Deux royalistes déguisés en maraîchers la conduisaient. En un instant, le coffre qui renfermait le Dauphin passa du fourgon dans la charrette, les deux royalistes repartirent en hâte, remontant le fleuve comme pour s’en aller dans la campagne, et ils rejoignirent la rive gauche, emmenant le Dauphin rue de Seine n° 6, où ils arrivèrent à une heure très avancée de la nuit.
Les quatre porteurs avaient reçu des instructions des Comités avec défense de les communiquer à leur directeur. Voisin, en effet, crut toujours avoir enterré le Dauphin ».
Ces renseignements provenaient d’un député de l’Indre-et-Loire à la Convention, député qu’on n’a pas pu identifier avec certitude, mais qui pourrait être soit Albert Ruelle (qui participa, durant tout l’hiver 1794-1795 et le printemps 1795 aux tractations avec les Vendéens, au moment du traité dit de la Jaunaie, et fut rappelé pour « modérantisme »), soit Charles-Albert Pottier, membre du Comité de Législation de la Convention qui, exilé en 1816 comme régicide, s’installa avec Reverchon à Nyon, dans le Canton de Vaud. Ces renseignements furent recueillis par la famille Abraham, de Vouvray, qui les rapporta à M. Arthur Schmid (2) .
Ce premier enterrement, à Sainte-Marguerite, d’un substitué fut donc, en fait, l’enfouissement d’une bière vide, puisque le malheureux substitué avait été subrepticement inhumé près de la Tour, que son cercueil avait servi de véhicule d’évasion lors de l’enlèvement du petit Roi hors du Temple et qu’y fut substitué, à son occupant bien vivant, une masse de pierres et de papiers, « pour faire poids » et aussi sans doute avec un procès-verbal de l’opération. Cela explique la nature des objets retrouvés lors des diverses fouilles clandestines qui eurent lieu par la suite : des « pierres rompues » et des papiers que s’appropria le Ministre de la Police et que l’on refusa de montrer à la Duchesse d’Angoulême. . . . »
Suit ensuite la confirmation du témoignage du R.P Coubé par un autre jésuite le R.P. d’Aquin, visiblement de seconde main, si ce n’est même de troisième main que nous ne retiendrons pas en l’absence de toute référence de sources documentaires ; s’y ajoute enfin un récit prêté à la veuve Simon, lorsqu’elle était aux Incurables, et qui est en contradiction avec les témoignages relatifs à l’évasion de « Naundorff-Louis XVII » dans un cercueil !
Par contre, il nous semble intéressant de souligner cet extrait de la p 431, révélateur des relations qui ont pu exister entre Naundorff et ses fidèles :
« Il est à noter que dans les années 1834-1836, alors que « Naundorff » résidait à Paris, il fut en relations d’amitié avec M Coubé, fils du Législateur et père du jésuite. »
Il n’est donc pas étonnant qu’on lise en conclusion, page suivante (p 432) après que Xavier de Roche ait développé la théorie de la mort du substitué à Louis XVII, à la fin du mois de mars 1795 :
« …Laurent le fait clandestinement inhumer, sur un lit de chaux, au pied de la Tour et utilise pour faire sortir du Temple le petit Roi (toujours reclus dans les combles) le cercueil – non cloué – prévu pour le malheureux substitué : à la sortie du Temple, l’ancien Ministre de Louis XVI, Jean-François Joly de Fleury reçoit l’enfant royal, tandis que le 31 mars Laurent démissionne sous un prétexte ( la mort de sa mère) et quitte le Temple où il est remplacé par Lasne. Le squelette du substitué nuitamment inhumé au pied de la Tour sera retrouvé par d’Andigné en 1801 »
C’est effectivement dans l’enclos du Temple que le Général d’Andigné a découvert les restes de celui qui pourrait être un substitué à Louis XVII, dont rien d’ailleurs n’établit qu’il soit décédé, fin mars 1795 ! Mais même en admettant que ce soit ce corps, qu’on aurait inhumé nuitamment et secrètement dans l’enclos du Temple, comment aurait-on pu organiser ensuite un autre enterrement tout aussi secret d’un cercueil vide au cimetière de Sainte-Marguerite, d’où aurait été extrait « Louis XVII-Naundorff », dont il n’existe nulle part le moindre écho contemporain?
Poser la question n’est-ce pas y répondre selon la formule en usage ? Aussi terminerons-nous cette étude avec la plaidoirie de Me Jules Favre, dans le procès intenté en 1874 par les héritiers de Naundorff au Comte de Chambord, que nous avons déjà évoqué.
( A suivre )

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