Tribune offerte à nos contradicteurs naundorfistes – Epilogue (3)

Voici la suite de l’argumentation que nous avons développée dans l’annexe III ( pp 307-317 ) de notre livre LOUIS XVII, AUTOPSIE D’UNE FAUSSE VERITE : l’affaire Louis XVII : réalité, uchronie ou chimère ?

En couleur notre argumentation ; en italique et en couleur ambre : les citations extraites du livre de Jean-Pascal Romain Louis XVII Roi de Thermidor ou d’autres sources citées.
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Plaidoirie de Me Jules Favre devant la Cour d’appel de Paris pour les héritiers de feu Charles-Guillaume Naundorff, décédé en Hollande, et inscrit sur les registres de l’état-civil de la ville de Delft comme Charles-Louis duc de Normandie, fils du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette, appelants contre M. le comte de Chambord, intimé-défaillant, suivie de l’arrêt̂ de la Cour ( Haarlem, Pays-Bas : J.J. van Brederode ; Paris : L. le Chevalier, 1874).
Me Jules Favre n’a pas hésité en effet à étayer son argumentation en faveur de Naundorff, en utilisant les Mémoires de Napoléon et les fouilles clandestines qui auraient été réalisées sous son règne. Grâce à la citation extraite de sa plaidoirie, nous allons faire une nouvelle et dernière découverte, qui nous permettra de classer définitivement la revendication de Naundorff, comme elle le mérite !
On lit pp 248-249, cet extrait des Mémoires de Napoléon (t. I) :
« Ce n’est point qu’au moment de la mort de Louis XVII un autre bruit ne se soit propagé : on prétendit que le Dauphin avait été enlevé de sa prison, du consentement des comités ; qu’un autre enfant, mis à sa place, avait été promptement sacrifié, victime d’une politique odieuse, afin que l’on pût nier la remise du roi de France à ses serviteurs ; et, bien que la parole eût été tenue, en annuler l’effet par le bruit de cette mort.

Joséphine, dès l’époque de notre mariage, me parut convaincue de l’exactitude de ce second récit ; elle se croyait très avant dans cette intrigue, et m’en parla avec bonne foi, me désignant à qui le Prince avait été remis, en quel lieu on le cachait, et en quel temps on le ferait reparaître.
Je levais les épaules, et, dans ce récit, je ne pouvais voir que la simplicité d’une femme crédule ; plus tard, je voulus savoir ce qu’il en était réellement. Je me fis d’abord présenter le procès-verbal des hommes de l’art ; je fus surpris de cette phrase: « On nous a présenté un corps qu’on nous a dit être celui du fils de Capet » ; ce qui ne voulait pas dire positivement que c’était celui du Dauphin ; d’ailleurs aucune autre pièce ne constatait l’identité. Je fis faire des fouilles au cimetière de Sainte-Elisabeth, au lieu indiqué de la sépulture du cadavre … La bière, encore assez bien conservée, ayant été ouverte en présence de Fouché et de Savary, se trouva vide.»
Or nous avons vu que ces fouilles clandestines, admises comme historiquement établies par Me Jules Favre, n’auraient pu être réalisées, selon l’hypothèse la plus favorable, que durant la période de juin 1810 au mois de mars 1814. A l’évidence, le texte ci-dessus incline à penser que la fouille a été ordonnée par Napoléon au lieu indiqué sur le document qu’il a fait rechercher dans les archives de la police ; ce n’est donc pas sur la base de la déclaration de Voisin du 28 janvier 1815 que la fouille clandestine aurait pu permettre de mettre à jour une bière rompue et vide.
Or toute l’argumentation naundorffiste sur l’évasion de « Naundorff-Louis XVII » dans une bière, que ce soit dans la version de l’évasion du 12 juin 1795 ou dans celle de fin mars 1795, est fondée, avant toute autre considération, sur la découverte d’une bière vide à l’emplacement désigné par Voisin dans sa déclaration du 28/01/1815, dans laquelle on ne trouve aucune mention précise d’un lieu quelconque ; rappelons une fois encore que la proximité avec la croix du cimetière n’apparaît pour la première fois que dans le rapport des commissaires Simon et Petit de mars 1816, consécutif à la visite faite in situ avec Voisin et selon ses dires du moment, qu’il modifiera d’ailleurs dans sa lettre à Bellanger du 30 juin 1816.
Le tissu de contradictions de tous ordres aussi bien internes, par rapport à l’ensemble des sources documentaires proposées par la tradition naundorffiste, qu’externes par rapport à la réalité historique la mieux établie, nous oblige à conclure qu’il ne reste rien de crédible du système Naundorff.
Exit l’hypothèse de l’identité de Karl-Wilhelm Naundorff avec Louis XVII que nous complèterons par deux autres arguments clefs, sortant du cadre strict de cette recherche, mais qui fondent par ailleurs notre intime conviction :
• L’enfant prisonnier du Temple et visité par Barras, au matin du 10 thermidor an II, ne pouvait pas être Louis XVII, puisqu’il a été interdit à Madame Royale de le rejoindre, comme l’aurait exigé logiquement le changement politique survenu avec la chute de Robespierre.
• Pour pouvoir être exfiltré en 1795, « Louis XVII – Naundorff » aurait donc dû vivre caché dans un appartement secret du Temple, dès le 3 juillet 1793 ou peu après ! Or il aurait été impossible à qui que ce soit et à plus forte raison à un enfant de survivre au terrible hiver 1793-1794 et pire encore à celui de 1794-1795, en étant caché dans un lieu nécessairement secret, sans chauffage.
Mais voici que les tenants de la thèse naundorffiste tentent une dernière manœuvre désespérée pour sauver leur théorie de son anéantissement définitif !

Dans le cadre d’échanges sur Internet, survenus récemment n’a-t-on pas lu en effet ceci :
« On peut sincèrement admettre que ces théories de l’évasion dans un cercueil vide ont été imposées au « prétendant » par son entourage… »
On ne peut qu’être étonné par une telle argumentation qui fait fi de toutes les règles de la recherche historique, où en l’absence de la moindre trace documentaire pouvant l’étayer, son auteur pense et raisonne à la place du personnage historique étudié, qui aurait donc accepté de mentir en accréditant une version contraire à la réalité dont il pouvait avoir lui-même connaissance, sur un point crucial de sa propre histoire ! Comment admettre un tel raisonnement ? Sauf à accepter, comme certains esprits ont pu en présenter l’hypothèse, que « Louis XVII-Naundorff » aurait été gravement perturbé par les évènements révolutionnaires et ses conséquences directes sur sa famille et sur lui-même …
En effet la version que Naundorff savait erronée aurait été étayée par des témoins, dont la bonne foi n’a pas été contestée, et qui attestaient son identité avec Louis XVII, évadé du Temple ! Cette contradiction ne discrédite-t-elle pas la théorie naundorffiste pour tout esprit considérant que la cohérence interne de tout système est une condition sine qua non de sa crédibilité ?
Aussi comment ne pas conclure que l’énigme Naundorff n’a pu naître et se développer que grâce à un concours véritablement extraordinaire de circonstances, plus ou moins lié à une formidable conspiration, destinée à occulter la vérité sur l’exfiltration de Louis XVII du Temple, dont elle serait en quelque sorte un sérieux indice ?
Et peut-être n’est-il pas interdit de faire l’hypothèse que la théorie de la double inhumation aurait pu être forgée à l’origine, dans un milieu qui aurait eu connaissance de la découverte d’une bière vide, lors d’une fouille clandestine dans la fosse commune où le cercueil de « Louis XVII » avait été inhumé le 22 prairial an III ?
Si on peut comprendre que Naundorff ait pu devenir, en son temps, un véritable leurre pour des esprits qui se sont trompés en toute bonne foi, car traumatisés par le chaos qui a suivi la Révolution, il nous est impossible aujourd’hui d’accepter la théorie du regretté Michel Jaboulay, qui aurait pu encore nous inviter à y adhérer ; nous développerons nos raisons dans notre prochain ouvrage, après avoir levé définitivement dans ce livre – pensons-nous – toutes les hypothèques qui pesaient sur la recherche de la vérité sur le destin de Louis XVII après le 3 juillet 1793.
Rien dans les sources documentaires les plus sûres, disponibles à ce jour, ne permet d’imaginer raisonnablement que Louis XVII aurait pu être exfiltré du Temple, avant de réapparaître à Paris le 26 mai 1833, sous l’identité de Karl-Wilhelm Naundorff.

[ Le texte de ces derniers paragraphes a été légèrement modifié par rapport à celui que vous avez peut-être pu déjà lire dans cette édition …

ou que nous aurons peut-être le plaisir de vous dédicacer, lors des 45 èmes Journées Chouannes …

Journées Chouannes 2015 Les 5 et 6 Septembre  

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