Vers la résolution de l’énigme Naundorf (25) ?

Le Moniteur Viennois du 07 juillet 1928

Successivement, Lepitre et Lebœuf, membres de la Commune qui « ont témoigné au prisonnier un zèle menaçant pour le plan qu’il a conçu », vont être mis sous les verrous. « Le 19 novembre, paraîtront devant le Tribunal révolutionnaire les municipaux dont il est urgent de purger le Temple, Dangé, Lebeuf, Lepitre, Vincent, Bugneau, Moelle, Michonis et Jobert. Après ceux-là le déblaiement du Temple se poursuit activement. Tison, attaché au service de Madame Elisabeth est séquestré dans la petite tour, « au secret absolu, sans que Chaumette et Hébert, qui ont intérêt à l’escamoter, daignent publier quel est son crime ». Mathey, le concierge ; Danjou, le coiffeur ; Le Baron, le porte-clefs ; Rémy, le chel-d’ofiice ; Maçon, collè- gue de Rémy ; Mauduit, l’administrateur ; Turgy, l’ancien domestique de Louis XVI ; sont congédiés les uns après les autres. « On cherche, manifestement à évincer tous ceux qui, attachés au service de la prison depuis le début de la captivité, ont vu depuis plus d’un an grandir le Dauphin ». Finalement Simon et le chef de la bouche, Guagnié, qui partira le 17 septembre 1794, demeurent seuls « ( G. Lenotre. Le Roi Louis XVII, pp. 184 à 198 et 223).

Ceux qui remplacent les partants, Caron, Lermouzeau, Vandebourg, ignorent le Dauphin, et ne pourront contrarier les desseins de Chaumette. Bientôt, Simon lui-même, et Coru, l’économe, sont mis en demeure d’opter entre leurs mandats à la Commune et les emplois qu’ils exercent au Temple. Chaumette a cessé de s’intéresser à Simon qui est devenu un témoin gênant. Sûr d’être renvoyé du Temple comme l’ont été les autres employés de la prison, Simon opte pour son mandat et déménage le 19 janvier 1794. Coru l’imite et disparait aussi. On ignore comment Simon prit congé de son prisonnier. « Tout ce qu’il est possible de constater, dit M. Lenotre, c’est que le Dauphin et lui se quittèrent bons amis ». Et une chose et certaine, c’est qu’à la fin de janvier 1794, le fils de Louis XVI était bien portant. Deux documents officiels en font foi ; l’un est la décharge de la garde du prisonnier qui fut donnée à Simon par les quatre municipaux Legrand, Lasnier, Cochefer et Lorinet, d’où il résulte que les époux Simon « leur ont exhibé la personne dudit Capet en bonne santé ». ( Collection d’autographes de M. Georges Cain (Document cité par M. Lenotre) (Louis XVII, p. 200). L’autre est l’enregistrement au Moniteur du 3 pluviôse au II de la déclaration de Lasnier, d’après laquelle Simon et sa femme « ont remis cet enfant en bonne santé ». (Moniteur 3 pluviôre an II. Document cité par M. Ad. Lanne Louis XVII, p. 96). ) Simon parti, Louis XVII lut enfermé au deuxième étage de la Tour, et à défaut d’un gardien permanent, capable de répondre de son identité, il n’en eut plus d’autres désormais, que les commissaires de la Commune, qui, par groupe de quatre, se relayaient toutes les vingtquatre heures. « Les quarante-huit sections de Paris fournissant chacune six commissaires, c’était donc sur la tête de deux cent quatre-vingthuit personnes, constate Louis Blanc, la plupart de basse extraction, et n’ayant jamais vu le Dauphin que reposait cette prétendue garantie, imaginée par le Comité de Sûreté générale ». ( Louis Blanc. Histoire de la Révolution) Cette absence de garantie ne pouvait être que voulue et préméditée. L’attribution de la responsabilité du prisonnier à des gardiens temporaires, justifiait le régime cellulaire. Et le régime cellulaire facilitait la substitution d’un remplaçant au prisonnier dont on préparait le départ. La découverte de la supercherie pouvant être retardée de tout le temps nécessaire à la mise en sûreté du Dauphin, le renouvellement quotidien du personnel de garde devait rendre impossible l’établissement des responsabilités encourues. Ainsi s’explique la claustration, en apparence, inexplicable, du Dauphin, au départ de Simon.

Depuis quelque temps déjà, Robespierre tenait pour intolérable la Commune et l’espèce de dictature du ruisseau qu’elle exerçait dans Paris. Etait-il au courant des plans de Chaumette à l’égard du prisonnier du Temple ? Rien ne le prouve, mais il est permis de le croire. Quoiqu’il en soit, sa décision prise, en un tournemain, « Hébert, son général, Rosin, Clootz, Momoro, Vincent, et quelques jours après eux, Chaumette fut envoyé à la mort. D’hébertiste, la Commune devint robespierriste, et Payan, créature de l’Incorruptible, y remplaça Chaumette, en qualité » d’agent national, pourvu des mêmes fonctions et de la même autorité qu’exerçait précédemment le procureur général exécuté.

La troisième période de l’emprisonnement de Louis XVII au Temple qui correspond à sa mise au secret, fut marquée de graves incidents qui déjà préparent le dénouement. Dès le 25 avril 1794, c’est-à-dire douze jours seulement après l’exécution de Chaumette, l’agent de Lord Grenville, ministre des Affaires Etrangères de la Grande Bretagne, adressait à Londres l’indication, suivante, au sujet de la politique du dictateur : « Le Roi est beaucoup mieux traité depuis quelques temps. On ne doute pas que dans la position actuelle des choses, Robespierre (sic) n’ait un de ces deux projets : d’emmener le Roi dans les provinces méridionales si les armées s’ approchent de Paris (il s’agit des armées ennemies qui occupent le Nord de la France), et c’est là le projet du Comité ; ou d’emmener le Roi à Meudon et de faire son traité personnel avec la puissance qui s’approchera de Paris et c’est là le projet dont on accuse Robespierre. » (The manuscripts of T. B. Fortescue. Francis Drake to Lord Grenville. T. 2. p. 64. (Texte français). Londres 1894).

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Ici aussi, nous ne croyons pas opportun de discuter l’argumentation du Moniteur Viennois, étant impatient d’en arriver, au plus vite, au point de rupture que nous pressentons, avec la question de la date et des modalités de l’évasion de  » Louis XVII-Naundorf  » … sauf extraordinaire surprise ! 

Nous soulignerons toutefois combien nous avons été surpris de lire que pour le Moniteur Viennois les certificats révolutionnaires de janvier 1794 ne sauraient être frappés de suspicion légitime, pour reprendre une expression chère à Michel Jaboulay ! 

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